dimanche 25 octobre 2015

Carlo Goldoni : L'éventail


Carlo Goldoni
Contrairement à La Locandiera, Les Rustres, Il Campielo ou La trilogie de la Villégiature, je n’avais jamais lu et je n’ai jamais vu sur scène la pièce de Goldoni intitulée : L’éventail.
Comme le titre l’indique, c’est un éventail qui est le prétexte à l’intrigue; il suscite toutes sortes de quiproquos retentissants et en passant de main en main relance sans cesse l’action d'où toute une série de rebondissements. Un éventail donc qui va attiser la suspicion, les commérages, la jalousie, les ruptures, les scènes de ménage, les bagarres,  les crises de désespoir et …

Au départ, la pièce n’est qu’un simple canevas de Commedia dell’arte, sans dialogue écrit, que Goldoni avait proposé aux comédiens italiens. La pièce obtint peu de succès et Goldoni à qui elle était chère décida de la réécrire entièrement. De Paris où il résidait alors, il envoya le texte aux comédiens vénitiens qui la représentèrent avec succès  au Théâtre San Luca de Venise en 1765.

Le ressort comique est bien rôdé et le rythme rapide et enlevé, la critique sociale même si elle n’est pas nouvelle, est réussie et l’on retrouve ici les thèmes chers à Goldoni.

Dans un lieu unique, fermé, une place comme dans Il Campielo, (mais nous sommes dans un village du Milanais pas à Venise) se retrouve tout un échantillon de la société, du haut en bas de l’échelle :  les nobles, -  un comte de vieille noblesse mais désargenté et un baron, moins titré mais riche comme dans La Locandiera-, les commerçants ayant pignon sur rue, -l’apothicaire et l’hôtelier- , les petits commerces -mercerie, cordonnerie-, (là encore toute une hiérarchie apparaît au sein de la même classe sociale, les uns méprisant les autres et affirmant leur supériorité) et puis les serviteurs, et encore plus bas, les paysans comme la jolie Jeannine et son rustre de frère, Noiraud.
Et chacun joue son rôle social, le comte de Rocca-Marina, ruiné, offrant sa protection pour soutirer des faveurs aux uns et aux autres, est un personnage caricatural mais finaud, tirant toujours son épingle du jeu, bernant ses amis comme ses ennemis. Evariste, l’amoureux de Candide,  Couronné, l’aubergiste, Crépin, le cordonnier et le  baron del Cedro en feront les frais!
Chacun joue son rôle ou le refuse comme Jeannine qui est sous la coupe de son frère depuis que ses parents sont morts mais revendique (thème féministe que l’on retrouve souvent dans Goldoni) sa liberté et surtout celle de choisir elle-même son mari. Et comme c’est une fille de caractère, elle obtiendra ce qu’elle voudra!

Ces personnages avec leurs travers, leurs faiblesses et leurs qualités représentent donc la condition humaine et Goldoni, s’il fait rire parfois à leur dépens, ne les juge ni ne les condamne. Ce sont eux qui présentent l’intérêt de la pièce et si l’intrigue paraît légère, ne vous y fiez pas! elle est toujours nourrie chez Goldoni par la vérité des caractères et par une peinture des moeurs qui pour être malicieuse n’en est pas moins réaliste et vraie!

Dans la version Commedia dell’arte, le cordonnier Crépin était probablement Arlequin ou Carlin et  l’aubergiste Couronné, Brighella ou Scapin.

Carlin ou Arlequin
Brighella


Critique d’une représentation de L’Eventail dans Libé

« L’intrigue est aussi mince qu'implacable : la belle Candida laisse choir de son balcon un éventail qui se brise. Evaristo, son amoureux, lui en rachète un. Et imagine, plutôt que de le lui offrir en mains propres, de le confier à Giannina, la paysanne forte tête. Trois heures plus tard, l'objet aura volé de main en main et, tel un talisman malin, déclenché une suite de mini catastrophes.
De bagarres en quiproquos, de ruptures en ratages, l'éventail fonctionne comme le révélateur d'un monde qui se ment à lui-même. Lorsqu'il revient enfin entre les mains de Candida et que tout est bien qui finit bien, reste un fond de mélancolie, comme si, au jeu de la vérité, la communauté avait vacillé sur ses bases. »
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6 commentaires:

  1. je découvre cette pièce avec toi, merci!

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  2. merci de nous faire découvrir cette pièce!

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    1. Elle a beaucoup de similitudes avec Il Campielo.

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  3. Comme j'ai beaucoup aimé la locanderia, je note ce titre.

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