vendredi 25 mars 2016

Shakespeare : Cymbeline

Cymbeline et Posthumus de Thomas Faed

La pièce de Shakespeare, Cymbeline, parue en 1611 a d’abord été considérée comme une tragédie, puis une comédie avant d’être classée parmi les romances tardives du dramaturge avec notamment Le conte d’Hiver, la Tempête, Les deux nobles cousins.
Il faut dire que l’intrigue est si complexe, les lieux si divers, l’ancienne Bretagne mais aussi la Bretagne élizabethaine, la Rome antique et l’Italie de la Renaissance, les personnages si nombreux … que la pièce semble correspondre à un genre nouveau, la romance, apprécié par le public en ce début du XVII siècle. En France, aussi, c’est l’époque du roman baroque comme l’Astrée d’Honoré d’Urfé .

Dame Ellen Terry dans le rôle d'Imogen

L’intrigue est enchevêtrée  et je ne vous en révèle que les grandes lignes :

Cymbeline, roi de (Grande)- Bretagne, a perdu ses deux fils qui lui ont été enlevés à l’enfance. Il veut faire de sa fille Imogène, son héritière et la marier à Cloten, fils de sa seconde épouse, la Reine. Mais Imogène se marie contre la volonté de son père à Posthumus, un gentilhomme pauvre. Ce dernier est exilé en Italie et Imogène reste sous la surveillance de sa marâtre la Reine, sommée d’épouser Cloten. Le royaume qui refuse de payer un tribut à Rome va de nouveau être envahi. La guerre éclate.

A Rome, Posthumus qui vante les qualités et la vertu de son épouse est attaqué par Jachimo qui prétend pouvoir obtenir les faveurs de la Belle. L’anneau d’or donné à Posthumus par Imogène sert de gage. Jachimo, ne parvient pas à séduire Imogène mais lui dérobe son bracelet comme preuve de sa victoire. Posthumus, fou de jalousie, commande à son valet, le fidèle Pisanio, de tuer son épouse. Imogene qui s’est enfuie de la cour, déguisée en garçon, pour chercher à rejoindre son mari, se réfugie dans une forêt et est recueillie par un vieux noble banni de la cour, Belarius, qui vit là avec ses deux fils. On apprendra vite qu’ils sont, en réalité, les enfants de Cymbeline. 
Ces deux fils conducteurs vont se rejoindre pour former un dénouement dont on ne sait jusqu’à la fin s’il va être tragique ou non.

Imogène dans la grotte de Belarius :  George Dawe

Ce qui est étonnant dans la pièce c’est sa ressemblance avec un conte traditionnel et en particulier avec Blanche Neige. La marâtre qui feint d’aimer sa belle fille en public, est odieuse. Elle demande à son vieux médecin une potion pour tuer la jeune fille. Le vieillard qui a percé les intentions de la reine fabrique une médecine qui donne l’apparence de la mort. Le serviteur Pisanio qui accompagne la fuite d’Imogène en forêt refuse de la tuer. Il lui donne la potion qui la plonge dans un profond sommeil. La jeune femme est retrouvée par Belarius et ses fils qui la croient morte et qui l’allongent sur un lit de fleurs. Vous avouerez que les similitudes sont évidentes.

Il y a aussi dans la pièce de nombreuses rappels des oeuvres précédentes : La potion qui provoque une mort apparente, c’est, bien sûr, Roméo et Juliette, le mari jaloux, aux pulsions meurtrières, c’est Othello, ou  Leonte d’un Conte d’Hiver ou encore Claudio accusant Hero dans Beaucoup de bruit pour rien. La bague comme gage d’amour que l’amoureux doit conserver envers et contre tout et qu’il finit par céder est une allusion à Portia et Bassano du Marchand de Venise. Quant au déguisement en garçon, on pense bien évidemment à Viola dans La nuit des rois mais aussi à Rosalinde dans Comme il vous plaira qui part se réfugier dans un forêt  où elle retrouve, comme Imogène, ceux qui ont été spoliés par le tyran. On voit donc la richesse de Cymbeline qui reprend les thèmes récurrents  chers au dramaturge.
Cymbeline présente toutes sortes d’invraisemblances, d’évènements irréels, d’effets artificiels si bien que la crédulité du spectateur est mise à rude épreuve. Il faut donc accepter de se plier aux conventions théâtrales et laisser de côté son sens critique pour pouvoir entrer dans la pièce. Il est certain que l’on a l’impression de partir un peu dans tous les sens et puis comme d’habitude l’ordre va surgir de tout ce désordre, l’univers retrouver un sens.
 Il va me falloir d’autres lectures de la pièce pour l’apprivoiser. Je m’y intéresse particulièrement car le 16 Octobre de cette année, je suis invitée à Londres par des amis et nous irons voir une adaptation de cette pièce au théâtre du Globe! Génial, Non? Oui, mais il va falloir que je comprenne la représentation en anglais!


Lecture commune avec Jeneen et Miriam ICI

QUI veut faire une autre lecture commune de Shakespeare avec moi? Je propose pour le 25 Avril : 
 PEINES D AMOUR PERDUES ou si vous l'avez déjà lue une autre comédie de Shakespeare au choix




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12 commentaires:

  1. Je me souviens de cette pièce que j'avais regardée il y a quelques temps ; elle figure dans mon DVD " Shakespeare comédies". j'avais aussi pensé à Blanche Neige lorsque le serviteur emmène la jeune fille dans la forêt et ne la tue pas.
    il y a beaucoup d'invraisemblances par ailleurs ( mais cela fait partie du genre entre conte et théâtre) . Tout de même lorsque le traître s'introduit dans la chambre de Imogen et reste longtemps tout près d'elle, cherchant à lui dérober un bijou, elle devrait s'éveiller!

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    1. Oui! beaucoup d'invraisemblances,en effet! Et même si c'est souvent le cas dans Shakespeare, dans cette pièce plus encore! Mais comme tu le dis, il faut l'accepter.

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  2. Comme d'habitude je profite de toi et de ta grande connaissance de Shakespeare

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    1. Grande connaissance, merci, mais c'est vite dit! Il y a encore tant de pièces à découvrir!

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  3. je n'avais jamais entendu parler ce cette pièce!

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    1. Ce n'est pas une des plus connues et elle a été certainement moins mise en scène que la plupart des grandes pièces, comédies ou tragédies.

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  4. Je suis en retard pour la lecture commun j en suis au 3eme acte je trouve cela un peu embrouille mon billet pour émail soir!

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    1. Prends le temps de le finir! ça peut attendre quelques jours! Quant à expliquer Cymbeline, effectivement c'est compliqué, jamais rien vu d'aussi embrouillé!

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  5. Bonjour Claudia. Je ne connais pas du tout cette pièce et j'étais persuadé que Cymbeline était un homme. J'avais fait une lecture commune de Coriolan qui s'était avérée assez pénible.Je ne sais pas vraiment lire du théatre, me semble-t-il. A bientôt.

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  6. Mais oui,Cymbeline est un homme, un roi; Imogène est sa fille. C'est vrai que lire du théâtre n'est pas facile et je me souviens que tu avais souffert pour Corolian. Malheureusement, c'est souvent le seul moyen de connaître ces pièces qui ne sont pas toutes jouées sur scène! Il en est de même pour Ibsen! Au début de la lecture j'ai du mal à m'y mettre et puis ensuite ça va, je me laisse entraîner.

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  7. Eh bien, après Love's labour lost découvert l'an dernier (lu en anglais, je n'y ai pas compris grand chose), voilà encore un titre que je ne connaissais pas du tout.

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    1. Et moi, j ene connais pas du tout, le titre dont tu parles! Et, oui, on ne connaît pas tout et on a encore bien des découvertes à faire sur cet auteur!

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