jeudi 7 juillet 2016

festival OFF d'avignon 2016 : Medina Merika de Abdelwaheb Sefsaf au théâtre Gilgamesh



Quand je vous dis que, au festival off d’Avignon, l’on ne va jamais tout à fait voir ce que l’on avait prévu! Hier, une invitation, dans la rue, pour Medina Merika et ce matin -pourquoi pas?- nous voilà au théâtre Gilgamesh pour voir cette pièce librement adaptée d’un roman de Orhan Pamuk, écrivain turc, Mon nom est rouge. Nous ne l’avons pas regretté!
Dans le roman policier de Pamuk, il est question du meurtre d’un homme dont le cadavre a été jeté dans un puits. L’action se passe au XVI siècle chez le Maître, un miniaturiste qui a accepté de traiter les miniatures à la manière de la Renaissance italienne allant ainsi contre la tradition, réveillant les fanatismes. Conflit entre l’Occident et l’Orient, entre la tradition et le modernisme, entre deux croyances et deux cultures opposées.
Le titre de la pièce Medina Merika de Abdelwaheb Sefsaf : Médina - le quartier ancien de ville- et Merika -l'Amérique- illustre cette opposition.

Abdelwaheb Sefsaf, français d’origine algérienne, nourri des deux cultures dans la banlieue de Saint Etienne, a adopté ce roman en conservant le thème central initial si actuel, en le transposant notre époque. Est né ainsi un spectacle intelligent, enlevé, original, interprété sur les chapeaux de roue par des comédiens et des musiciens inspirés où toutes les musiques orientales ou occidentales, modernes ou traditionnelles, les chants, les langues se confondent. Les danses aussi et notons au passage la grâce de la comédienne, la beauté de ses mains, dansant en ombre chinoise sur l’écran où sont projetées des vidéos qui servent de support au récit.

Celui-ci se déroule à plusieurs voix :

Ali, le Mort, père comblé et mari heureux de la tendre Lili, qui nous parle du fond de son puits et que l’adaptation contemporaine a transformé en cinéaste renommé, amoureux du cinéma américain, épris des idées nouvelles, dangereux aux yeux des traditionnalistes.

Le Borgne, l’assassin, qui a deux mobiles à son meurtre, l’amour de la belle Lili qui lui a préféré Ali et sa haine de ce qui n’est pas conforme à la religion traditionaliste.

Lili, la femme aimante, à la recherche de son mari disparu, fragile et forte à la fois et qui pose le problème de la femme orientale à la recherche de la liberté, de l’égalité et de sa consoeur occidentale qui n’est pas toujours plus heureuse dans un monde d’hommes dont elle ne fixe pas les règles et sur lequel elle doit s’aligner. Un Occident qui a bien des choses à se reprocher aussi, donnant sa bénédiction à l’assassinat par le peuple (les victimes s’érigeant en bourreaux) des dictateurs dont il veut se débarrasser.
Et puis il y le chien aussi, le chien qui parle et, si vous vous en étonnez, il vous répondra que vous gobez tout cru l’histoire du mort qui parle alors pourquoi pas du chien? Et oui, car il y a beaucoup d’humour dans cette pièce, un humour noir, bien sûr, (vous y apprendrez la différence entre un rat oriental et un rat occidental, entre le poids de la tête d'un innocent et celle d'un coupable!) avec un beau texte qui passe sans arrêt du rire aux pleurs, le comique et la tragédie se mêlant étroitement.

 Notons que les comédiens sont tous excellents et la mise en scène inventive remet en cause les rapports faussés entre l'Orient et l'Occident, entraînant un questionnement des deux côtés. Le spectacle qui baigne dans les deux cultures semble être une réponse car il ouvre la voie vers une possible entente qui réconcilie les différences et en révèle la richesse.



8 commentaires:

  1. comme quoi, de belles surprises!

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    1. Oui! Cela arrive souvent au festival d'Avignon!

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  2. Oh, une pièce inspirée de "Mon nom est rouge", peut-être mon roman préféré d'Orhan Pamuk ! La question de la représentation en peinture, la confrontation Orient-Occident et tradition-modernité y sont essentielles, au point que l'intrigue policière est loin à l'arrière plan dans mes souvenirs de lecture. A relire, certainement.

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    1. Oui, c'est vrai, le roman policier est un prétexte, comme très souvent, pour traiter d'autres questions sociales ou de civilisation comme ici.

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  3. Bonjour Claudia,

    Merci pour ce très beau témoignage en ce début de festival.
    L'équipe de Médina

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    1. Et merci à l'équipe pour ce spectacle intéressant et riche !

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  4. Merci beaucoup pour cet article. Nous sommes tous très touchés par votre analyse!
    Toma Roche

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  5. Moi aussi j'ai été très touchée et j'ai voulu en témoigner dans mon blog. Merci à tous!

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