mercredi 28 février 2018

Asa Larsson : Tant que dure la colère


Au nord de la Suède, à la fonte des glaces, le cadavre d'une jeune fille remonte à la surface du lac Vittangijàrvi. Est-ce son fantôme qui trouble les nuits de la procureure Rebecka Martinsson ? Alors que l'enquête réveille d'anciennes rumeurs sur la mystérieuse disparition en 1943 d'un avion allemand dans la région de Kiruna, un tueur rôde, prêt à tout pour que la vérité reste enterrée sous un demi-siècle de neige...
Après  Le Sang versé  et  La Piste noire, Åsa Larsson nous entraîne une fois encore dans une intrigue aussi complexe qu'envoûtante, où elle dissèque les recoins les plus obscurs de l'âme humaine.

Avec ce quatrième roman sur Rebecka Martisson, Asa Larsson écrit un roman que j’ai trouvé plus réussi, plus direct, que La Piste noire. Il faut dire que Tant que dure la colère a quelque 150 pages de moins et qu’il est débarrassé des longueurs que je reprochais au précédent.
Certes, il y a encore quelques critiques négatives et comme le roman m’a plu, je préfère commencer par celles-là et finir sur une note positive. Rebecka Martisson n’évolue pas beaucoup au niveau de ses sentiments; maintenant qu’elle a Mans pour amant, elle écourte la conversation chaque fois qu’il lui téléphone et s’étonne s’il n’appelle plus. D’autre part, et c’est un tic de l’écrivaine, chacun de ses romans doit absolument se terminer par un épisode tragique, particulièrement horrible, et c’est encore sur la pauvre Rebecka que cela tombe dans ce livre aussi ! Dans les cinq livres que j’ai lus sur elle, elle échappe quatre fois à la mort !  J’aimerais bien que Asa Larsson varie un peu plus la structure de ses romans en particulier du dénouement !

 L’histoire de Tant que dure la colère est très intéressante. Le récit est basé sur l’Histoire de la Suède et la collaboration des habitants avec l’Allemagne nazie. Dans l’année 1943 a eu lieu un évènement que le roman va nous révéler peu à peu.
Asa Larsson décrit des personnages du peuple très vivants, croqués d’après nature semble-t-il, comme la vieille Anni, grand-mère de la jeune victime Wilma, ou la grand-mère de Rebecka, ou encore les membres de l’horrible famille Krekula. Asa Larsson est très à l’aise pour décrire les gens, leur physique, leur mentalité, leurs habitudes. Ses portraits sont vrais et sonnent juste !
L’écrivaine utilise le surnaturel dans ce roman puisque c’est Wilma ou plutôt son fantôme, qui va suivre l’enquête et parfois l’orienter.  Cette idée est une réussite car elle introduit l’étrangeté dans le récit avec les corbeaux et les chats qui « voient » le fantôme, là où la plupart des humains ne distinguent rien. De plus, cela nous permet de connaître Wilma et son amoureux Simon, de revenir sur leur passé et donc de nous attacher à eux. C’est rare, en effet, de partager le point de vue de la victime et de s’identifier à elle !
Mais on voit aussi le point de vue de l’assassin et l’on se retourne sur son enfance sacrifiée et la souffrance qui a fait de lui un monstre. Il y a des passage très forts qui concernent ce personnage : ainsi, celui où il est face à un ours, confronté à la mort, et où il se sent enfin libéré.

« Puis l’ours se retourne, retombe à quatre pattes et s’en va lourdement.
Le coeur de ...? bat. C’est le battement de la vie. C’est le bout des doigts du chaman sur la peau du tambour. C’est la pluie sur le toit de tôle de son chalet de Saarisuanto, un soir d’automne quand on est au lit et que le feu crépite dans la cheminée.
Son sang coule dans ses artères. C’est l’eau de fonte qui se détache de la glace au printemps, qui coule sous la neige, qui grimpe au coeur des arbres, qui se précipite des falaises.
Son esprit entre et sort de ses poumons. C’est le vent qui porte le corbeau dans ses jeux, qui fouette la neige en vifs tourbillons dans la montagne, qui ride doucement le lac le soir puis s’apaise et le laisse retrouver son calme miroir. »
Oui, Asa Larsson écrit bien ! Je vous laisse juge ! 




13 commentaires:

  1. Tiens je suis passée à côté de cette auteure de polars... ça m'intéresse!

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    1. Très bien pour connaître le nord de la suède, le pays sami.

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  2. Oh mais tu es arrivée au bout de la série non ? Je suis impressionnée... Il faudra venir me donner tous tes liens pour le challenge, j'ai vu qu'il y a plusieurs billets ;-)
    J'ai enfin terminé le 2e de la série ! Me reste à lire déjà "Horreur boréale" pour continuer ensuite avec les autres. Mais pour le moment, je suis plongée dans Indridason et j'avance bien !

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    1. Oui, j'ai lu les cinq mais je suppose qu'il va y avoir une suite ! En fait, j'ai commencé par Le sacrifice de Moloch qui est le dernier.

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  3. Quand j'en aurai terminé avec Gamache au Canada, je me pencherai sur Rebecka. C'est sûr que sur des séries, il y en a qui sont plus faibles que d'autres, mais j'aime retrouver les personnages récurrents.

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    1. Moi aussi, j'aime les personnages récurrents mais je trouve Asa Larsson plus à l'aise dans les portraits des personnage secondaires.

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  4. Je vais lire l'opus 2 de Dans l'ombre !!! avant de me lancer dans une autre série ! Je note, si tu continues, c'est qu'elle doit avoir des qualités. J'ai l'impression que dans les romans nordiques, ils évoquent de plus en plus la période nazie...

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  5. Moi aussi je dois le lire ! Oui, elle a des qualités sinon je ne continuerai pas, en effet. Elle écrit bien et elle parle bien de son pays !
    Je suppose que la collaboration avec les nazis a dû être un sujet tabou pendant longtemps.

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  6. J'ai ri en lisant ce que tu écris sur le fait que l'héroïne échappe quatre fois à la mort ! Dans d'autres livres, de multiples assassinats se passent toujours dans le même minuscule village... Que faire contre le destin ?

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    1. Rien ! Dans certaines villes, c'est le massacre assuré ! Tout comme la pauvre Rebecka qui semble vouée aux catastrophes !

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  7. le thème de celui là me tente bien, plus que lorsqu'on est à la limite d'un certain fantastique

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    1. C'est mon préféré avec Le Sacrifice de Mollock.

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  8. Tu as bien raison de souligner la façon dont se terminent les histoires de la pauvre Rebecca qui échappe toujours à une mort atroce (le dernier épisode n'échappant pas à la règle) Elle est toujours éprouvée moralement et aussi physiquement, une vraie créature couturée de Frankenstein...
    J'ai bien aimé aussi cet épisode, avec comme toujours une incursion dans le passé qui explique le meurtre de ces pauvres enfants insouciants rattrapés par leur désir d'aventure
    C'est aussi l'histoire d'une rédemption (le fils) et d'une condamnation (celle de la mère) qui échappent à la loi des hommes

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