samedi 25 avril 2009

Lucia Etxebarria : Amour, Prozac et autres curiosités




Cette fois, c'est par un roman : Amour, Prozac et autres curiosités  et non par un recueil de nouvelles comme  dans Aime-moi per favor que Lucia Etxebarria traite du thème de la femme et de son aliénation dans la société actuelle. Mais, d'un livre à l'autre, c'est toujours avec la même force, pour ne pas dire violence, avec le même franchise de ton, ne s'embarrassant d'aucun tabou lorsqu'il s'agit de parler de sexe, avec la même conviction qu'elle met en scène ses personnages : ici,  trois femmes, trois soeurs.

Le roman présente tour à tour le point de vue de chacune des soeurs dont le portrait se complète par la vision que les autres ont d'elle.

Cristina, la plus jeune, la plus belle, préfère travailler dans un bar plutôt que d'être exploitée comme éternelle stagaire dans une grande entreprise. Elle multiplie les expériences sexuelles mais s'agit-il vraiment de libération? Le retour vers son enfance nous l'apprendra. Elle se drogue à l'ectasy. Rosa, l'aînée, occupe une position importante, directrice financière dans une grande société mais elle doit se montrer supérieure aux hommes pour ne pas se faire évincer. Supérieurement intelligente, cérébrale, bien habillée,  riche, mais... seule. Anna a épousé un mari qui a réussi, a un petit garçon et s'applique à être une parfaite maîtresse de maison et une bonne mère puisqu'elle a tout pour être heureuse : une maison cossue, de beaux meubles qu'il faut éviter de rayer, des rideaux qu'il faut entretenir  méticuleusement et pourtant ... elle prend des drogues légales pour dormir du style prozac ou autres curiosités... Peu à peu sous les différences, se révèlent les failles de ces trois soeurs, les blessures du passé jamais refermées, leur condition de femme dans une société de mâles qui ne leur fait pas de cadeau.

On pourrait penser en voyant ces trois personnages qu'ils forment un échantillon soigneusement choisi par l'auteur pour explorer toutes les facettes de la condition féminine... et c'est vrai!  De là à dire que le roman est trop démonstratif, il n'y a qu'un pas. Mais c'est sans compter le  talent de Etxebarria qui balaie toute critique. Cristina, Rosa, Anna ne sont pas que des idées, elles sont vivantes, complexes, inattendues. L'humour noir et grinçant du roman souligne le tragique de chacune de ces vies et finalement emporte l'adhésion du lecteur.

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