samedi 11 juin 2011

George Sand : L'Orgue des Titans


L'orgue du Titan, récit fantastique, donne son titre au recueil de contes de George Sand paru à l'école des Loisirs/ classiques. Tous sont issus de deux ensembles : Les contes d'un grand-mère et Les légendes rustiques.

Certains de ces récits témoignent du désir de l'écrivain de conserver les croyances populaires des paysans du Berry. Elle fait véritablement oeuvre d'ethnologue en explorant l'imaginaire collectif, en collectant, avec l'aide de son fils Maurice, les anecdotes qui sont colportées par voie orale, en comparant les manifestations du surnaturel avec celles d'autres provinces françaises en particulier de la Normandie. Ce faisant elle s'efforce de préserver le patrimoine culturel du Berry en fixant la mémoire des coutumes, des mentalités et des mots spécifiques du terroir. Sa démarche me rappelle un peu celle de Frédéric Mistral pour la Provence, très conscient lui aussi des richesses de son pays et désireux de conserver cette mémoire collective, précieuse, uniformisée sinon sacrifiée par le centralisme français. Ce recueil  témoigne de l'intérêt du romantisme pour le folklore et les traditions et aussi pour le fantastique.
C'est ainsi que nous nous aventurons dans le pays berrichon, affrontant les Flambettes ou Flamboires ou feux fous, ces météores bleuâtres que tout le monde a rencontrés la nuit.(Tiens! tiens! souvenir de mon enfance, je découvre les feux follets avec La petite Fadette!). Parfois, ce sont les Demoiselles du Berry qui nous tourmentent, cousines des Milloraines de Normandie, êtres d'un taille gigantesque. Nous rencontrons encore au détour d'un sentier, au fond d'un bois ou près d'un marais, les meneux de loups, vestige de la légende des lycanthropes ou loups garous ou encore le  Moine fou, Moine libertin ou Moine bourru qui donne de si mauvais conseils aux jeunes fiancés.
Ces contes-là ne font pas peur et ils sont même pour certains assez amusants car les esprits ne sont pas toujours les plus fins et les hommes leur jouent parfois de bons tours!
D'autres histoires présentent une tonalité différente et exploitent un fantastique étroitement lié à la nature toujours présente. Dans L'orgue du Titan, par exemple, la montagne douée de vie est la cause d'hallucinations visuelles et auditives. Le Géant Yeous, dernier récit du recueil en fait partie et tranche sur les autres contes par sa longeur. Il  pourrait même passer pour un court roman. C'est celui qui m'a le plus intéressée.
Yéous est une grande roche dressée qui vue de loin avait un peu l'air d'une statue énorme. Impressionnant par sa taille, il domine la maison de Miquelon, paysan qui vit et travaille à ses pieds et le considère comme un Dieu païen qu'il méprise. Le géant se venge en s'abattant sur la maison et en estropiant Miquelon. Celui est obligé de mendier sur les routes avec sa famille. A sa mort, Miquel, son fils, décide de reconquérir la terre de son père et n'aura de cesse de débarrasser la propriété des rocs qui la parsèment.
Le roman présente un curieux mélange entre réalisme et fantastique. Miquel qui ne veut pas s'avouer vaincu doit charrier des tonnes de pierres qui sont les restes du Géant effrondré, un travail physique démesuré. Mais la nuit, il voit les pierres s'animer et le corps du géant renaître. Le combat qu'il mène prend alors une autre dimension. C'est à la Nature elle-même qu'il se mesure, celle-ci apparaissant comme un Dieu tout puissant. Et le fait que, dans cette lutte, ce soit Miquel qui l'emporte par son intelligence, sa force et sa patience, en dit beaucoup, à mon avis, sur les idées de George Sand et sa foi en la grandeur de l'Homme.



Challenge George Sand sur une idée de George


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