mardi 6 septembre 2011

Raymond Carver : Les trois roses jaunes


Le recueil Les Trois roses jaunes  réunit  plusieurs nouvelles de Raymond Carver extraites de dWhereI'm calling from et New and selected stories.  La dernière histoire qui raconte la mort de Tchékov donne son titre au recueil.
Après la lecture du premier récit intitulé : Cartons je me sens perplexe voire déçue. Bien sûr,  il y a quelque chose de poignant dans  l'histoire de cette femme qui ne peut se fixer nulle part et qui voit dans ses déménagements une manière de fuir le néant de son existence; terrible aussi la manière dont elle détruit la vie de son fils partagé envers elle entre amour et haine. Mais l'écriture me déroute, non pas parce qu'elle d'une grande sobriété mais parce qu'elle s'intéresse surtout à une foule de petits détails insignifiants qui paraissent sans relation avec ce qui se passe. Bon, je continue!
Débranchés : un homme et une femme sont réveillés dans la nuit par le téléphone, nuit d'insomnie où les époux, incapables de se rendormir, vont échanger des petits propos d'abord anodins (semble-t-il) mais qui finissent par exprimer toutes les craintes profondes que nous enfouissons au fond de nous, peur de la maladie, de la souffrance et de la mort... Une banale nuit d'insomnie, en somme!
Puis Intimité, d'une âpreté saisissante : un homme revient voir son ex-femme après quatre ans d'absence et elle reprend la liste de ses griefs comme s'il l'avait quittée la veille! L'accumulation, la violence de cette haine nous font frémir mais la femme s'interrompt brusquement à l'arrivée du second mari.
Menudo, le récit du mensonge, de l'infidélité conjugale et de la souffrance qui ne guérit jamais. L'éléphant : un homme, modeste ouvrier, exploité par sa famille, épouse, frère, enfants, ne reçoit jamais aucun amour ou respect en retour; le bout des doigts, une femme quitte son mari qui n'est préoccupé que par un détail, sans importance, il ne reconnaît pas l'écriture de sa femme sur la lettre qu'elle lui a écrite.
Et  enfin Les trois roses jaunes, la mort de Tchékov, tuberculeux, dans un hôtel, vue à travers l'embarras d'un jeune homme qui ne sait pas quoi faire du vase aux trois roses qu'il lui apportait et du bouchon de champagne qui a roulé à ses pieds. 
Un  recueil magnifique!
Et je crois que c'est cela la force de Carver, d'opposer ainsi les petites choses, la banalité quotidienne, à tout ce qu'il y a d'absolu dans l'existence humaine : la fin de l'amour enlisé dans la mesquinerie, la trahison, la séparation, les blessures qui ne se referment jamais, la souffrance, la maladie, la mort.
Si j'ai commencé par être surprise au début du recueil, je peux dire que j'ai refermé ce livre avec un sentiment de lourde tristesse et l'impression d'avoir rencontré un grand auteur capable de suggérer beaucoup, de nous remuer au plus profond de nous, avec l'air de ne pas y toucher.




 Challenge de Sabbio

10 commentaires:

  1. Très intéressant, il me tenterait bien :)

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  2. Oui, un très beau recueil de nouvelles. Carver est vraiment un grand écrivain. Il paraît qu'il travaillait énormément chaque nouvelle, au mot près! ET pourtant son style a l'air très simple.

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  3. J'ai envie de le relire !! je l'ai lu il y a des années, au moment de l’adaptation d'un de ces romans par Altman, mais je n'en garde qu'un souvenir diffus...

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  4. ah ! Carver ! je ne me lasse pas de ce grand écrivain.

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  5. @ Océane : l'adaptation d'Altmann, "Short cuts", il me semble! excellent!

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  6. @ lireau jardin : finalement on beaucoup d'écrivains en commun!

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  7. J'aime bien Carver (que je n'ai lu qu'en anglais) : des "historiettes" qui n'ont l'air de rien mais qui donnent à réfléchir. Je ne connais pas celles que tu présentes.

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  8. Oui des petites histoire de rien du tout,semble-t-il, mais dont on ne sort pas indemnes.

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  9. Il fait partie comme Cheever de ces auteurs que je me promet de lire depuis ....et je ne l'ai jamais fait
    je ne suis pas très tentée par les nouvelles alors du coup je ne me presse pas

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  10. @ dfominique : moi aussi je suis parfois un peu réticente envers les nouvelles. C'est un genre si difficile qu'il faut un écrivain de talent pour le réussir. Mais quand c'est réussi, c'est à l'égal de n'importe quel autre genre!

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