lundi 4 février 2013

El James , Cinquante nuances de Grey : Un coup de rage!




On m'a offert Cinquante nuances de Grey de El James pour la Noël. La première de couverture est belle, je ne sais ce que contient le livre*… et je me lance donc dans cette lecture du roman le plus vendu au monde en 2012.

Anastasia Steele dites Anna, une jeune étudiante un peu coincée, doit aller interviewer, Christian Grey, le patron d'une multinationale, pour le journal de son université. La rencontre a lieu. Evidemment, vous vous en doutez, Grey est jeune et beau "les cheveux sombres, "les yeux de braise" "la voix veloutée comme du chocolat noir", le sourire "secret" .. etc… Pour le reste, c'est le capitaliste dans toute son horreur, matérialiste, faiseur-de-fric, qui étale sa richesse, son avion privé et j'en passe, autoritaire, méprisant, et qui ne dit jamais merci à ses employés. Le genre de patron tête-à-claques, qu'on aimerait bien coincer entre deux délégations syndicales. Vous pensez que ces considérations vont doucher un peu l'ardeur de la demoiselle. Pas du tout! Elle défaille sous le regard "dominateur" et elle reçoit une décharge électrique chaque fois qu'elle lui serre la main. A concurrencer EDF!  La solution au problème du nucléaire!

cf p14, P24 p36 etc..."une fois de plus un courant me traverse comme si j'avais touché un fil électrique"..
Et la demoiselle, comme une héroïne de l'époque victorienne, de "rougir" p15 p16, de s'empourprer, de" s'embraser"  P34 etc…

BIEN! A ce stade de l'histoire - que je suis parvenue à  lire grâce à l'humour liée au décalage entre les actes et les pensées de la jeune Anna, ce qui permet de supporter la sottise du propos -  je m'arrête pour réfléchir à ma lecture :

 "Bien, me dis-je, j'ai compris, il s'agit d'un roman pour adolescentes romantiques! (Je n'ai rien contre les ados romantiques, elles m'attendrissent! j'en ai été une et j'en ai eu trois chez moi, mes filles!)

Mais… je ne crois pas que je pourrai continuer ma lecture longtemps! Je feuillette, je passe quelques chapitres…

Tiens! La demoiselle aimerait coucher avec le patron mais celui-ci a des scrupules et refuse! Je suis en plein Barbara Cartland!

je passe quelques chapitres.

Tiens! Il lui fait signer un contrat pour être sûr qu'elle ne se retournera pas contre lui ? Bizarre! Et l'imbécile (Anna) signe!

Je passe… Il l'amène alors dans une chambre pleine d'instruments sado-maso! Stupéfaction (de ma part). Il faut dire que de Barbara Cartland au marquis de Sade, l'écart est grand!

Mais me dis-je, la donzelle a compris, elle va se carapater loin de lui à toute la vitesse de ses petites pattes. Pas du tout!

Je passe ... : scène d'amour. érotisme soft.  Le sadique ne veut pas effaroucher une vierge. Et puis, lui aussi a été violé quand il était petit! Je suis émue!
Je saute à la fin du roman. La  pauvre fille le quitte (enfin!) parce qu'elle n'a pas pu supporter les méchants coups sur ses petites fesses dodues. Hélas! Elle voulait le tirer vers la lumière, son pauvre loulou, mais il est resté un ange noir!

Vous l'avez compris, ce roman m'a horripilée non parce qu'il traite de l'érotisme et des relations pervertis de la sexualité entre hommes et femmes  mais parce qu'il aborde ce sujet grave avec légèreté et sans réflexion comme pour le banaliser alors que les femmes sont victimes dans nos pays et partout de violences au quotidien. Je veux bien que le roman soit une source d'évasion mais là il me paraît carrément douteux.  Ajoutons-y le style bêtifiant, les personnages qui ne sont que des coquilles vides, des stéréotypes, et l'absence de contexte social ....

Oui, je crois rêver! Un roman aussi navrant est un best seller mondial** et une trilogie qui plus est! Lu par des millions de femmes! Ce n'est pas tant le niveau littéraire du roman qui m'afflige, ... enfin si tout de même! mais...! Je crois qu'il a été écrit par une écrivaine qui sait très bien ce qu'elle fait : une sorte de pastiche des romans Harlequin au départ, pour mieux "ferrer" sa lectrice plus tard avec un changement de registre, comme un pêcheur sa truite! Non, ce qui me met en colère, c'est que ce livre passe pour être une revendication féministe, un appel à la liberté sexuelle… Ce qui me met en rage, c'est de voir présenter comme une libération sexuelle pour la femme, le fait de se laisser dominer, subjuguer au point de perdre tous ses repères, par un mâle dominateur. Ce qui me met en ébullition c'est que l'on puisse introduire une confusion entre sexualité et masochisme ou sadisme! Et ce qui me fait passer par dessus bord, c'est que je ne peux m'empêcher de penser que les millions de mâles dominateurs dans le Monde, les sadiques, les violents, les violeurs, les machos, les bofs, les intégristes de tous bords, bref, tous ceux qui considèrent les femmes comme des paillassons, ont encore de beaux jours devant eux si j'en juge par cet engouement féminin pour cette "littérature" qui véhicule une image aussi méprisante de la femme!

.............................................................................

* Oui, je sais, je suis ignare comme me l'a dit ma fille, ne pas connaître El James!

** Erika Leonard, mieux connue sous le pseudonyme E. L. James, est l'auteur britannique de la romance érotique Cinquante nuances de Grey. En 2012, le magazine Time a nommé l'auteur dans sa liste annuelle : The 100 Most Influential People in the World.

35 commentaires:

  1. Si j'ai bien compris, tu l'as lu "à l'insu de ton plein gré". Le phénomène de librairie... (je me demande ce que tu vas dire à la personne qui te l'a offert)(^_^)
    Plusieurs blogueuses l'ont lu, je l'ai feuilleté en gare (tu vois où la bête se cache aussi), les trois volumes en anglais (eh oui, il y en a trois!) juste pour bien me convaincre que c'est du Harlequin.
    Espérons que bien des lectrices auront ta réaction face à tant de niaiserie et de mépris des femmes...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'expression est bonne! Quant à la personne qui me l'a offert , elle est pardonnée! Grâce à elle je mourrai moins bête! Ou comme dit Ys, je n'aurais plus l'air de sortir de l'oeuf!

      Supprimer
  2. Contente que quelqu'un d'autre, de solide, se soit penchee sur ce livre.
    :-)
    Aucune surprise.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour le "solide"!! Qui a été un peu ébranlée!

      Supprimer
  3. Ton billet me fait sourire (alors que par son propos, il ne devrait pas) : on dirait vraiment que tu sors de l'oeuf ! Ceci dit, ce qui me désole le plus je crois, c'est la pauvreté des fantasmes féminins. Il est clair que cette histoire démarque les livress/films eroticopornos masculins avec oie blanche et homme dominateur. C'est assez pathétique.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah! ça oui, je sors de l'oeuf! c'est ce que m'a dit ma fille qui connait le bouquin mais ne l'a pas lu, alors que moi, je ne connais pas mais je l'ai lu! Ceci dit si les femmes sont attirées par ce genre de fantasme, qu'elles s'adressent directement à l'original, le célèbre Marquis! Là oui! c'est un écrivain ! Un style... et quel style! Ceci dit ce n'est pas du sadisme à l'eau de rose comme El James!

      Supprimer
  4. Réponses
    1. Absolument pas! Bien sûr, j'avais vu le bouquin sur tous les rayons des supermarchés des livres, partout! mais je ne m'étais pas penchée sur son contenu! Quand un livre est "trop" connu, je me méfie toujours et cela ne m'attire pas. A tort, bien souvent! Le style m'a vraiment fait penser à la collection Harlequin! Aussi ai-je été éberluée quand je suis arrivée dans la chambre de tortures!

      Supprimer
  5. Bravo pour ce coup de rage ! ça m'énerve de voir les piles de ce bouquins dans les librairies ! Si encore ça amenait les lectrices vers de meilleurs livres ensuite... Je n'arrive même pas à me dire qu'il vaut mieux lire ça que ne pas lire du tout.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En général c'est ce que je me dis : "vaut mieux lire ça que ne pas lire du tout!" Mais là non! car ce n'est pas un livre anodin et ce n'est pas pour rien que l'auteure est classée parmi les 100 most influential people in the world. Je pense que les idées que ce livre véhiculent sont dangereuses, qu'elles peuvent même être pernicieuses.. je crois qu'il vaut mieux apprendre aux très jeunes filles (je pense que ce doit être cette tranche d'âge qui le lit) à se révolter plutôt qu'à se soumettre à la violence masculine, à se respecter plutôt qu'à se laisser piétiner!

      Supprimer
  6. Ce livre est partout, librairies, télé, radio ....
    une seule solution ne pas l'acheter, ne pas le lire ...je reprends l'expression de Keisha comme c'était à l'insu de ton plein gré tu es pardonnée

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu as raison mais il y a des millions de femmes qui l'ont lu! Je ne pense pas que la littérature doit être morale (ni l'art) et je suis pour la liberté de penser,d'expression, de créer. Mais là, ce n'est pas de la littérature, on a l'impression qu'il s'agit surtout de faire du fric en exploitant la fragilité de certaines femmes qui n'ont jamais entendu parler de féminisme sinon pour l'entendre dénigrer! La soumission des femmes, ça en arrange plus d'un et je ne parle pas seulement sur le plan sexuel mais économique, social et politique!

      Supprimer
  7. Ton billet soulève d'intéressantes problématiques. Je n'avais de toute façon aucune envie de lire ce roman, qui incarne tout ce que j'exècre en littérature.

    RépondreSupprimer
  8. Oui, j'ai hésité à en parler parce que mieux vaut ne pas faire de publicité à ce genre de livre! Mais comme de toutes façons il est lu et a un succès international, peut-être vaut-il mieux en discuter et attirer l'attention sur les problèmes que soulève ce bouquin. En même temps, il serait bien d'en parler avec celles qui le lisent. Hélas! personne ne se manifeste!

    RépondreSupprimer
  9. Tu fais bien de "passer par dessus-bord", il y a de quoi! Cette manière d'amener l'histoire vers des territoires obscurs tient du racolage sur la voie publique et l'image de la femme véhiculée par ce récit - oie blanche mais perverse dans le fond, sous-entendu "ne le sont-elles pas toutes?" - aurait du faire bondir journalistes, féministes, etc... Mais à part ton billet, je n'ai rien lu de vraiment virulent à l'égard de ce bouquin... Forcément, c'est un succès commercial, alors on est obligé de s'incliner, non?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le premier moment de surprise passée, j'ai eu un effet "soupe au lait"! Je suis d'accord avec toi sur l'image de la femme qui est véhiculée dans ce roman! peut-être faut-il se dire que c'est un effet de mode qui passera et qu'il ne faut pas le prendre au sérieux? Mais en même temps je vois trop de tentatives dans notre société pour entraver la liberté de la femme et l'amner à adhérer à son aliénation. Evidemment,ce n'est pas déclaré, c'est insidieux!

      Supprimer
  10. On me l'a offert aussi (et je l'ai très mal pris...) C'est plat, niais, ridicule... une belle perte de temps...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, une perte de temps mais enfin je ne l'ai pas lu en entier!! heureusement!

      Supprimer
  11. Non ?! sérieux ?! tu ne savais rien sur ce livre !!! C'est une horreur ! Quel dommage de dépenser des sous pour ça !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ben non! Je savais seulement qu'il avait un succès fou!

      Supprimer
  12. Bonjour Claudialucia, pas lu, pas envie et l'escroquerie de l'histoire est que chacun des trois volumes vaut 17 euros soit 17 x 3 = 51 euros (pour un roman, c'est exorbitant). Bonne journée.

    RépondreSupprimer
  13. Ah mon Dieu enfin !!!!! enfin quelqu'un qui aborde de façon pertinente ce truc (oui je n'ose même pas dire roman) ! Ce qui me désole depuis la sortie de ce truc ce sont tous les billets que j'ai pu voir apparaître un peu partout sur les blogs avec des avis négatifs en général mais j'avais l'impression que tout le monde le lisait et s'en défendait en le critiquant, toi seule je trouve à su dire exactement ce que je pressentais ! Non, je ne l'ai pas lu, non pas pour le côté pseudo érotique, mais parce que je ne veux pas cautionner ce genre de c... Même offert en SP, je l'ai refusé, pour moi ce n'est pas possible. Je me refuse même à le lire ne serait-ce que pour le dénigrer, pour moi c'est le summum de la non-littérature et je suis effarée du succès qu'il remporte. Et qu'on ne vienne pas me dire que lire ça c'est déjà lire et que cela amène des gens à la lecture, parce que là je vais vraiment m'énerver !

    RépondreSupprimer
  14. La lecture de ton billet vaut largement la lecture de ce roman ! Merci de m'avoir confortée dans l'idée que j'avais bien fait d'économiser 17 € ! N'est pas Sade qui veut !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En effet, Ce livre n'a rien à voir avec Sade; Il faut avoir du talent pour l'être.

      Supprimer
  15. Je rejoins l'avis de George, ce livre est lu par tout le monde et pourtant tout le monde semble le critiquer en mal. J'avoue ne pas comprendre pourquoi il a autant de succès dans ce cas. Pour ma part, ce n'est pas le genre de sujet qui m'attire et je n'ai même pas la curiosité d'en lire quelques passages "juste pour voir". Tu as eu du courage de t'y frotter !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non je ne critique pour me défendre de l'avoir lu! Mais je le critique parce que je l'ai lu sans savoir à l'avance ce que j'allais y trouver! Je ne suis pas attirée par la littérature érotique mais elle ne me choque pas. Mais là, il ne s'agit ni d'érotisme, ni même de pornographie, c'est une entreprise d'abrutissement de la femme et surtout des petites "jeunettes" encore modelables qui se feront avoir. Un style de "littérature" qui est là pour rendre la femme plus sotte et donc plus docile! La docilité de la femme était l'idéal du XIX siècle mais il l'est toujours au XIX ème!

      Supprimer
  16. Je suis dans le même cas que George et Aaliz, pas lu, pas envie et je me refuse à toute tentative. On a voulu me le refiler en SP, pas question !!
    je suis tout autant navrée par le message véhiculé par ce machin (dont il suffit de lire le résumé en plus de ton excellent billet), que par le trop grand nombre de lectrices qui se jettent dessus. Pire encore, je te conseille d'aller faire un tour sur babelio et de lire les billets positifs de (jeunes ?) blogueuses enthousiastes qui n'y voient qu'une histoire à l'eau de rose vaguement épicée !! Bigre, nous n'avons pas les mêmes valeurs ;-))

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'irai voir sur Babelio donc;je suis d'accord avec toi, ces lectrices se trompent en voyant dans ce récit "une histoire à l'eau de rose vaguement épicée". Quand j'avais leur âge, nous lisions Beauvoir! Je ne pense pas qu'elles se rendent compte qu'en lisant quand El James elles se font embarquer, manipuler!

      Supprimer
  17. Je me suis délectée de ton billet !!
    Je ne lirai jamais ce livre et tant pis si je meurs idiote.!
    Mireille (toujours nulle pour l'envoi d'un com.)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'était moi qui étais idiote de ne pas avoir lu de critiques sur ce bouquin... J'aurais peut-être pu l'échanger avant de le lire!

      Supprimer
  18. Ah que cela fait du bien de e relire, surtout pour une analyse et une critique si pertinantes!!! Je ne savais presque rien de ce roman à part que c'est une médiocrité littéraire sans nom qui connaît un succès fulgurant :(
    Déplorable succès malheureusement, tant sur l'exigence culturelle qu'en ce qui concerne l'imge et l'estime de soi des femmes de part le monde :(( Tout comme George je refuse de lire cet objet imprimé et suis remontée par tout cela.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a tant de bons bouquins; Voguons vers d'autres eaux!

      Supprimer
    2. Désolée pour mes réponses si tardives! Je ne suis plus avertie dans mon blog des commentaires que je reçois. je viens de les retrouver par hasard.

      Supprimer

Merci pour votre visite. Votre message apparaîtra après validation.