mardi 25 mars 2014

Olivier Py, le FN, Vilar, Hugo, Brecht, Shakespeare et nous...



Avignon : pour le deuxième tour, une triangulaire avec le FN en tête!

FN : 29,63 PS :29, 54 UMP : 20,91

Olivier Py

Olivier Py le directeur du Fesitval d'Avignon déclare :

 (…) Je ne vois pas comment le Festival pourrait vivre à Avignon avec une mairie Front national, ça me semble inimaginable. »

Il pense donc qu'il partirait en cas de victoire du Front National et que l'Etat devrait délocaliser le festival. Alain Timar, directeur du théâtre des Halles, à Avignon, le rejoint en affirmant : Mes valises sont prêtes.

Deux prises de position sans ambiguïté, fermes et courageuses et qu'il faut saluer.

MAIS....

Gérard Gélas du Théâtre Le Chêne Noir et Danièle Vantagioli du Théâtre le Chien qui fume, deux salles permanentes d'Avignon disent, au contraire, qu'il faut organiser la résistance face à l'idéologie Front National : Il faut rester à Avignon et se battre pour eux (les jeunes)

Ces prises de position viennent de personnes qui s'opposent avec courage à la montée des idées de l'extrême-droite et sont pourtant entièrement opposées.

 Alors dans le cas où une ville tombe aux mains du FN, les acteurs culturels doivent-ils choisir de partir ou de rester? Le débat est ouvert.

Victor Hugo : Le théâtre est une tribune

Mais pour moi, il est résolu! Le capitaine doit-il quitter le navire quand il coule? Le théâtre n'a-t-il pas une mission éducative à accomplir?  Est-ce normal de faire un désert culturel d'une ville où les enfants des quartiers défavorisés accèdent déjà difficilement à la culture? Est-il licite de ne pas utiliser le théâtre comme un vecteur de réflexion et de débats : “Le théâtre est une tribune”, disait Victor Hugo et aussi : « Une pièce de théâtre, c’est quelqu’un. C’est une voix qui parle, c’est un esprit qui éclaire, c’est une conscience qui avertit ».


Jean Vilar au festival d'Avignon

En souhaitant partir et délocaliser le festival d'Avignon, Olivier Py ne va-t-il pas à l'encontre des idées de Jean Vilar à qui il rend pourtant hommage dans sa programmation? Celui-ci disait :

Je crois que tout grand créateur est un pouvoir de contestation. 

Expliquer, donner à voir et à comprendre, persuader, entraîner, séduire et, en définitive, donner la vie. N'est-ce pas là le destin même de notre métier ? 


Et je pense  aussi à Shakespeare 

Hamlet:  "Le théâtre a pour objet d'être le miroir de la nature, de montrer à la vertu ses propres traits, à l'infamie sa propre image…."








Et pour finir je laisse la parole à Bertold Brecht

Celui qui combat peut perdre mais celui qui ne combat pas a déjà perdu.

Berthold Brecht par Michael Mathias Prechtl

29 commentaires:

  1. Pour éviter le désastre le plus simple serait d'aller voter en masse, même si la lassitude....enfin, c'est un commentaire peut être optimiste, je ne connais pas la réalité locale ni les chiffres.

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    1. Tu as raison et j'espère que c'est ce qui se fera; mais ce qui m'intéresse, c'est le débat lui-même. La question reste posée d'une manière générale pas seulement à Avignon.

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  2. J'aurais plutôt tendance à penser comme toi, mieux vaut rester et tenir face au FN (le mieux étant quand même que dimanche ils ne gagnent pas...)

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    1. Oui, il me semble que partir équivaut à une fuite.

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  3. Pas facile... j'espère que les avignonnais vont se mobiliser dimanche ! Je comprends la position d'Olivier Py, qui ne supporterait pas qu'une municipalité FN mette son nez dans la programmation. On avait eu un conseil régional (ou général ?) en Rhône-Alpes qui devait composer avec l'extrême-droite il y a quelques années, et pour la culture, ce n'était pas facile... La réaction des uns et des autres doit dépendre aussi du degré d'indépendance par rapport aux subventions municipales...

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    1. Les subventions de la ville ne sont pas très importantes. Peut-être peut-on s'en passer. La question est théorique parce que, en effet, j'espère bien que le FN ne passera pas!

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  4. C'est vrai que c'est un débat délicat... Merci de le proposer sur ton blog, et pour toutes ces citations qui le nourrissent ! :) Difficile pour ma part d'avoir un avis tranché, je comprends (du moins j'essaie) les enjeux des positions des uns et des autres : rester ou délocaliser le festival. Les deux solutions me paraissent bonnes quant on les considère comme une forme de résistance face au FN. Si les organisateurs décidaient de maintenir le festival à Avignon en fermant les yeux sur la situation politique, ça m'aurait vraiment gênée. Là, toute cette effervescence montre bien cette imbrication formidable entre théâtre et politique chère à Vilar. Je pencherais plutôt en faveur de rester à Avignon et de composer un "théâtre de la résistance", d'aller jusqu'au bout, quitte à ne plus avoir les subventions municipales. Après, il me semble que le débat a des enjeux bien plus grands que la simple décision de rester à Avignon ou non : quelle que soit la décision qui sera adoptée, il me paraîtra important de ne pas en rester là. Que les énergies mobilisées restent engagées dans ce débat.

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    1. *quand on les considère, sorry pour cette faute !

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    2. Oui ce sont de toutes façons des formes de résistance, c'est pourquoi elles sont toutes respectables et cela pose effectivement d'une manière générale les rapports du théâtre, de l'art, à la politique.Après, je suis d'accord avec toi, le débat déborde sur autre chose et le problème ne sera pas résolu même si Avignon n'est pas FN dimanche!

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  5. Pour moi la culture est un culte, une religion de l'Art.
    Il y a eu séparation de l'Église et de l'État et l'État continue à subventionner les écoles confessionnelles. Donc il devrait être possible de séparer le Festival de la politique, tout en lui maintenant des subventions...

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    1. A mon avis, le théâtre et l'art, en général, ne sont jamais dégagés de la politique. Dans les régimes nazi et soviétique, l'art devait servir la politique et ceux qui ne la servaient pas se retrouvaient dans des camps de concentration, au goulag, ou en exil. Même Victor Hugo a dû fuir quand la dictature s'est installée en France avec Napoléon III. A Orange, l'arrivée du FN a bien montré comment et combien l'art est subordonnée à la politique.

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  6. Epineuse question. Je comprends les arguments des uns et des autres. Dans la même situation, j'aurais du mal à trancher.

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    1. Tant que la parole est libre, il faut l'utiliser. après il sera trop tard, c'est ma conviction.

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  7. Je vote pour Tilia.
    Treve de plaisanteries. On peut s'arranger et dialoguer quand meme! Il y en a deja beaucoup qui ont baisse ou qui baissent les bras pour bien des choses. A chacun sa p;tite action personnelle pour un meilleur collectif. Regardons a notre porte et avancons. Je pense que nos voisins s'etaient leve du pied gauche quand nous avons voulu nous presenter a notre arrivee dans le quartier... il faudrait que je fasse une deuxieme tentative.

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    1. Dialoguer avec le FN? N'oublions pas les idéologies qu'il défend, bâties sur la haine et le racisme. Il ne s'agit pas de relation de bon voisinage. Le problème va bien au-delà, tu ne crois pas?

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  8. merci pour ton charmant passage sur mes pages
    bisous
    nélinha

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  9. Ma première réaction est de penser que celle d'Olivier Py est la bonne; il n'y a pas d'arrangement possible ni envisageable avec le FN . Mais qu'il ne soit pas trop pressé de s'exiler, il éveillera les consciences et développera de nouveaux soutiens en tentant de prolonger le festival sur son lieu actuel, peut-être réussira t-il à faire à faire plier la nouvelle mairie. En espérant que ce problème n'existe plus dimanche soir!

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  10. Je ne connaissais pas cette citation de Brecht.... Très juste.

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  11. il y a un article dans le Monde là dessus qui critique l'attitude de Py

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    1. Il est en effet très critiqué dans les médias mais je préfère quelqu'un comme lui qui réagit plutôt que ceux qui font le gros dos, ont une attitude ambiguë ou indifférente!

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  12. Ta réflexion est très intéressante et j'aime beaucoup la façon avec laquelle tu amènes les questions. Pour ma part je ne saurais pas trancher... C'est vrai qu'en premier lieu j'aurais plutôt penser que c'est parfait comme réaction mais après la lecture de ton billet, en effet, je m'interroge... Et j'adore cette dernière citation de Brecht... C'est tellement juste... Cette montée du FN fait très peur mais en même temps je comprends les gens qui sont totalement dégoûtés à la fois par la droite et la gauche... Mais voter le FN n'est franchement pas la solution à cela ;0) Bisous

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  13. Moi aussi je comprends pourquoi les gens par écoeurement ont voté pour Le FN sans se rendre compte pour certains du danger que cela représente. Nos politiques de droite et de gauche sont les responsables mais ils sont trop occupés par leur ego, leur pouvoir, leur argent pour s'en rendre compte.

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    1. 100% d'accord avec toi... Il y a un tel décalage entre le monde politique et le peuple (si je puis dire peuple ;0) Il n'y a plus la moindre écoute envers les français... Comme tu le dis, bien trop occupée avec leurs petits problèmes... Et puis je crois que ça les arrange bien de noyer le poisson avec par exemple la vie intime du président, ou encore le mariage gay... Et pendant ce temps les vrais problèmes sont évincés... Mais bon, là je m'enflamme et ça ne sert à rien ;0) Bisous, bonne semaine

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    2. Tout à fait d'accord avec toi sur tout ! sauf pour le mariage gay où, là, je ne pense pas que ce soit anecdotique. C'était un problème de fond de notre société et heureusement -et pour une fois- le gouvernement a eu le courage d'aller jusqu'au bout.

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  14. Je ne pense pas que si on retire les subventions de la ville, le festival sera en danger : les subventions d’État, et internationales pourraient suffire. Le danger est ailleurs, dans une idéologie qui craint et donc refuse la liberté de création. Si je ne suis pas d'accord avec O. Py, sa réaction a au moins le mérite de mettre le sujet sur la place publique.
    J'ai entendu Jean-Michel Ribes qui disait que s'il soutenait Py dans son inquiétude, il n'était pas pour autant d'accord avec la menace de délocalisation (d'ailleurs doit-on punir tous les Avignonais à cause de ceux qui ont voté FN ?), et que les artistes et le théâtre en général devaient faire acte de résistance et jouer le rôle du loup (gentil ! ;) ) dans la bergerie.
    J'espère que dimanche soir les choses se seront apaisées...momentanément.

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    1. Tout à fait d'accord avec ce que tu dis. Demain la fin du suspense dans le bon sens, j'espère, mais tu fais bien d'ajouter "momentanément" car s'il n'y a pas de réactions intelligentes du côté de la gauche et de la droite, on est mal parti!

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