mercredi 12 avril 2017

Nia Diedla : Entre photographie et poésie Itinéraires des Photographes voyageurs Bordeaux

NIa Diedla : Maleza au festival  Itinéraires des photographes voyageurs  à Bordeaux
Nia Diedla (source)

Un jour j’ai trouvé un jardin
Un jardin minuscule qui se cachait
dans un cageot de pommes.
J’ai posé mes pieds dedans…


                                                        Poème de Nia Diedla

NIa Diedla : Maleza au festival  Itinéraires des photographes voyageurs  à Bordeaux
Photographie et poème de Nia Diedla
Pour ce rendez-vous poétique que nous avons le jeudi avec Asphodèle, j’ai envie de vous proposer d’entrer dans l’univers photographique de Nia Diedla. Et oui, car chaque image de la jeune photographe Nia Diedla est poème et chaque texte qu’elle écrit est image. Et la poésie naît de « cette communion » entre la photographie et le mot.

"J'ai des images qui poussent dans ma tête...

Parfois, il me manque la langue pour les nommer

Parfois, il n'existe pas le mot, et je l'invente

Parfois..."

Nia Diedla Maleza ou le journale de mes racines au festival itinéraire des photogrpahes de Bordeaux
Nia Diedla : Triptyque

Au festival photographique de Bordeaux Itinéraire des photographes voyageurs, Nia Diedla présente un travail intitulé Maleza, le journal de mes racines. La photographe est née à Santiago du Chili en 1979 et vit actuellement à Paris, entre deux pays, entre deux langues qu’elle « habite », entre le passé de ses aïeules qu’elle explore et son présent, entre le réel et l’imaginaire.

Mes aïeules quittèrent l’Europe en bateau, j’ignore lequel, et en quelle année. Mais ce que je sais, c’est que jamais elles ne revinrent. Sans doute, un peu d’elles est resté ici…Je les imagine comme de l’herbe sauvage, de celle qui pousse partout, et où je pousse moi aussi maintenant. La Maleza est sauvage, d’une beauté étrange et féminine, elle pousse dans des endroits où on ne l’attend pas, d’où on l’arrache, mais elle revient toujours, sans renoncer. Une fleur qui n’est pas une et pourtant qui l’est aussi.

NIa Diedla : Maleza au festival  Itinéraires des photographes voyageurs  à Bordeaux
NIa Diedla : Maleza

La Maleza, cette fleur sauvage, mauvaise herbe qui croît partout et lance ses racines si profondément dans la terre que l’on ne peut l’en extirper, c’est la métaphore de ses ancêtres mais aussi, bien sûr, d’elle-même. Car Nia Diedla l'affirme. Elle aime la métaphore, et les images de l’exposition groupées en diptyque ou triptyque nous le confirment tout en nous murmurant son histoire, ses histoires…


NIa Diedla : Maleza au Festival Itinéraires des photographes voyageurs à Bordeaux
Nia Diedla :

Femme-arbre, nervure de la colonne vertébrale, matière, tissu de la manche comme une feuille séchée, osmose entre la femme et l'arbre, rameaux, racines, vaisseaux sanguins qui se ramifient, envahissent le sol, le tapissent, le colonisent, irriguent les bronches, les poumons. Miracle de la vie qui surgit du passé pour se réincarner dans le présent.

NIa Diedla : Maleza au festival  Itinéraires des photographes voyageurs  à Bordeaux
Nia Diedla  : Le poème photo ou la photo poème
Maleza ou le journal de mes racines...

Elles poussaient de mes pieds, de mes bras, sortaient 
par ma bouche, et par mes lèvres, caressaient mes joues, tiraient 
mes cheveux... Nues, sauvages, elles tissaient leur maison dans 
mes poumons, dans mes bronches.. Sans eau, elles s'étalaient 
sur ma peau, dans mes yeux, même sur ma langue. Elles étaient 
là, et pourtant personne ne pouvait les voir...  Ces racines
étaient les miennes, j'avais trouvé ma maison, et elles me 
tenaient debout.

Entrer dans l'univers de Nia Diedla, c'est se pencher sur ses images miniatures, intimistes, que l'on doit scruter pour qu'elles nous révèlent leurs secrets. Ainsi au fond de ce miroir vous pourrez découvrir si vous êtes attentif le visage effacé du passé, fantôme évanescent qui affleure à la mémoire des choses.


Nia Diedla ou le journal de mes racines au festival Itinéraire des photographes  voyageurs de Bordeaux
Nia Diedla : Diptyque du miroir et de l'arbre (source)

Face au miroir, l'arbre dialogue, renversé, abattu, déraciné, semble-t-il, enfouissant ses ramures au plus profond de la terre tandis que sa racine, fragile, pointe vers le ciel, bouleversement des perspectives qui réflète l'exil, le choc des cultures, de l'Europe au Chili, de l'Ancien Monde au Nouveau Monde, d'un continent à l'autre. Etrangeté. Quant à l'arrachement, il est là, marqué par ce petit liseré de dentelle, métaphore de la rupture.


Nia Diedla  : Maleza ou le journale de mes racines au festival itinéraire des photogrpahes de Bordeaux
Nia Diedla : Diptyque du miroir et de l'arbre (source)

Car l'exil est toujours une fracture profonde de l'être. Tout comme ses aïeules, mais ayant accompli le chemin inverse, Nia Diedla, elle aussi, est une femme coupée en deux, au double visage, une femme-fleur, une Maleza, Une fleur qui n’est pas une et pourtant qui l’est aussi.

Nia Diedla photographe chilienne
Nia Diadla Maleza

Itinéraires des photographes voyageurs Bordeaux

du 1er au 30 Avril 2017
NIA DIEDLA
 Maleza
 Arrêt sur l’image galerie
Du mardi au samedi de 14H30 > 18H30
45 cours du médoc, 33300 BORDEAUX



26 commentaires:

  1. Je passe en coup de vent et je reviendrai dans la soirée pour mieux apprécier.

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  2. Claudia, j'aime beaucoup ces réseaux, ces ramifications, cet arbre universel et intime. Texte et noir et blanc sont magnifiques. Merci.

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    1. Heureuse que tu aimes, oui, c'est vrai un arbre universel et intime.

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  3. Quel univers que celui de cette photographe-poète (ou l'inverse) ! C'est impressionnant et ton billet est aussi subtil que les infimes ramifications de ses racines imbriquées, emmêlées mais pourtant distinctes. La photo du miroir est magistrale ! J'aime beaucoup beaucoup ! ;) Merci pour cette belle découverte...

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    1. Oui, un bel univers ! Cela a été un de mes coups de coeur du festival de Bordeaux avec les photos de ma fille, bien sûr ! Ce qui ne signifie pas que je n'ai pas aimé les autres artistes qui tous, présentaient un travail de qualité. Mais avec Nia Diedla la poésie de son travail photographique m'a immédiatement séduite et aussi le dialogue instauré entre les images en diptyque et entre le mot et la photographie.

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  4. C'est magnifique, tout ce que j'aime, textes et photos.

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  5. De toute beauté et infailliblement plus beau lorsqu'on a les images et les mots en direct devant soi. Un faible pour le diptyque du miroir et de l'arbre.

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    1. Oui, là je les ai mis l'un après l'autre mais effectivement dans l'exposition le miroir et l'arbre se répondaient, d'où enrichissement de l'un par l'autre. Dans l'accrochage il y a eu une erreur et le miroir apparaissait vide, ce qui ne m'a pas du tout gênée. C'était évident qu'il symbolisait l'absence et la mort si bien qu'il était toujours aussi signifiant.

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  6. Quel billet! Et quelle découverte pour moi! C'est splendide! Et j'ai le même faible que Thérèse!

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    1. Splendide, oui ! Moi aussi, j'aime beaucoup le miroir et l'arbre mais aussi le diptyque des nervures (la nuque de la jeune fille et les racines) et la première avec les baies rouges sur le visage.. Euh! Enfin toutes !

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  7. Merci Claudia. Magnifique, sublime, de toute beauté, et quelle finesse!
    La femme-arbre est... Sans mots. Un regard qui s'éternise dans le triptyque, également.
    Merci ;

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    1. J'aime ton enthousiasme ... que je partage!

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  8. C'est une découverte pour moi aussi que l'univers créatif de cette photographe-poète.
    Son travail est splendide.

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    1. Pour moi aussi ce fut une découverte. Ce que l'on ne voit pas dans les photos publiées ici c'est la taille qu'elles ont dans l'exposition, tout petites comme une invite à y pénétrer, un jardin secret.

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    2. Ah! Je me posais aussi la question sur la taille.

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  9. Jolie découverte, ClaudiaLucia. Merci pour ce partage insolite.
    Image-poème et texte-image, un méli-mélo très réussi, même si je préfère ses textes à ses images, plus doux à mon goût.
    J'aime toujours autant tes performances à mêler la Peinture et la Littérature-Poésie.
    Gros bisous à vous deux

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    1. C'est qu'il n'y a pas que douceur dans le thème de l'exil! Il y a l'arrachement, la fracture, la difficulté de s'implanter,de survivre. D'où la métaphore végétale, la racine, l'arbre, l'herbe. L'exil est souvent violent; on quitte rarement son pays pour le plaisir !
      Bises à toi aussi.

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  10. Très chouette, j'aime beaucoup. Merci pour le partage.

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  11. Etrange, poétique, j'aime l'apparition de la couleur avec ces fruits rouges

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  12. C'est vrai, c'est surprenant l'introduction de cette couleur vive dans le noir et blanc de l'ensemble. Des fruits rouges,la résurrection et la vie ?

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