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mardi 6 octobre 2026

Bilan 7 : Les Deux George de la littérature mois de septembre

 George Sand par Delacroix
 

Le bilan du Mois de Septembre nous a réunies, Miriam et moi,  autour du voyage à Majorque. 
 Avec le récit d’un Hiver à Majorque, George Sand, « magnifique conteuse » présente une vision de l’île dont elle souligne la beauté et elle décrit l’intérêt de ses monuments. Mais bien vite, l’hiver épouvantable, les pluies torrentielles rendent ce séjour long et pénible. George Sand se plaint des habitants mais elle  continue à s’intéresser à l'Histoire et au contexte économique social des Baléares. 
Avec Histoires de ma vie, George Sand, racontant son séjour à Majorque, s’intéresse surtout à Chopin, malade, en proies à des  tourments métaphysiques. Elle décrit avec un talent de musicienne affirmée la richesse des préludes composés par Chopin dans ce couvent en ruines, hanté par les esprits des moines trépassés, sous une pluie diluvienne, 

Miriam s’est aussi intéressée aux rapports existant entre George Sand et Marie d’Agoult en lisant l'essai de Marie-Octave Monod : Daniel Stern, Marie d’ Agoult de la Restauration à la III République. Daniel Stern est le nom de plume de Marie d’Agoult que George a reçue avec Listz à Nohant.
 

Avec Le chêne parlant, court roman écrit pour ses petites-filles Aurore et Gabrielle, l’écrivaine écrit un livre d’initiation et de morale vantant le travail, le courage et le respect de la nature.

Une seul George Eliot ce mois-ci avec la lecture  de Le roman d’amour de Monsieur Gilfil, une des premières oeuvres de Eliot dans laquelle celle-ci nous tient en haleine avec un récit tendu où s’exacerbent les sentiments.  

Claudialucia

George Eliot : Le roman d’amour de Monsieur Gilgil

George Sand : Le chêne parlant roman pour enfant

Histoires de ma vie (6) : George Sand et Chopin voyage à Majorque


Miriam

Daniel Stern, Marie d’Agoult de la Restauration à la III République de Marie-Octave Monod

George Sand : Un hiver à Majorque

 Qui veut se joindre à nous en Octobre pour Daniel Deronda  de George Eliot ? ( 2 tomes)

                                                             Pour Jeanne de George Sand 

  

 

Bilan N°6  du mois d’août

 

Paul Huet exposition Face au ciel

 Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.

Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.

Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,  c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.

 

 Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 


George Sand : Consuelo


Histoire de ma vie (1) : George Sand


Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholicisme/Socialisme et Féminisme


Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau


Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac


Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques


Miriam : 

George Sand : Consuelo

Visite au musée de la vie romantique : Exposition Paul Huet


Sacha

George Sand : Mauprat

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 





 


jeudi 17 septembre 2026

Histoire de ma vie (6) George Sand et Chopin, Voyage à Majorque

 

Restitution du tableau de Sand et Chopin à Nohant par Delacroix. (le tableau original a été coupé en deux)


 

Dans le chapitre 6 de la quatrième partie de Histoire de ma vie, George Sand raconte son séjour à Majorque avec ses enfants et Frédéric Chopin. Elle relate son voyage mais rapidement car, dit-elle, elle y a consacré un livre entier : Un Hiver à Majorque. (Voir Ici le billet de Miriam sur ce livre) 

Elle va donc parler surtout du musicien «qui fut l’hôte des huit dernières années de ma vie de retraite à Nohant sous la monarchie. »

En 1838, après le jugement qui permet la séparation d’avec son mari, ses enfants lui sont entièrement confiés et elle décide de partir à Majorque, pensant y trouver un climat doux et propice pour éviter le retour des rhumatismes qui menacent la santé de son fils Maurice. Chopin lui manifeste alors son désir de les accompagner disant que le climat lui ferait du bien et le guérirait. Ils partent séparément mais il est décidé que Chopin la rejoindrait.

« J’avais choisi Majorque sur la foi de personnes qui croyaient bien connaître le climat et les ressources du pays, et qui ne les connaissaient pas du tout. »

Elle part en automne et fait un grand détour pour le plaisir du voyage. Elle s'arrête à  Lyon puis elle descend le Rhône jusqu’à Avignon où elle va saluer le souvenir de Pétrarque à la fontaine du Vaucluse, Nîmes, Perpignan où Chopin les rejoint. Ils prennent le bateau jusqu’à Barcelone et de Barcelone jusqu’à Palma. L’île leur paraît d’abord merveilleuse avec ses côtes escarpées et  dentelées au soleil du matin par les aloes et les palmiers. »

 

Majorque : Valldemossa
  

Mais l’hiver survient, entraînant des pluies torrentielles. Ils sont logés dans une vieille chartreuse qui lui paraît pittoresque et romantique et qui fait la joie des enfants et de leur mère « nous courions ensemble dans les cloîtres au clair de lune et lisant dans les cellules ». Elle donne des leçons aux enfants et elle écrit. Malgré le mauvais temps, Maurice, toujours en train de courir dehors, se fortifie et sa santé s’améliore.  On ne peut en dire autant de Chopin qui est malade présentant les premiers effets de son affection pulmonaire. "Le grand artiste était un malade détestable" car, s’il supporte la souffrance physique, il n’en est pas de même de l’inquiétude morale et des tourments de son imagination. Le cloître est pour lui peuplé de fantômes et lui inspire des terreurs insurmontables, des idées terribles. Et lorsqu’elle le laisse, elle le retrouve hagard, les cheveux dressés sur la tête, jouant des airs d’une grande beauté mais souvent  funèbres : 

"C’est là qu’il a composé les plus belles de ces courtes pages qu’il intitulait modestement des préludes. Ce sont des chefs-d’œuvre. Plusieurs présentent à la pensée des visions de moines trépassés et l’audition des chants funèbres qui l’assiégeaient, d’autres sont mélancoliques et suaves ; ils lui venaient aux heures de soleil et de santé, au bruit du rire des enfants sous la fenêtre, au son lointain des guitares, au chant des oiseaux sous la feuillée humide, à la vue des petites roses pâles épanouies sur la neige. 

D’autres encore sont d’une tristesse morne et, en vous charmant l’oreille, vous navrent le cœur. Il y en a un qui lui vint par une soirée de pluie lugubre et qui jette dans l’âme un abattement effroyable. Nous l’avions laissé bien portant ce jour-là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des objets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient débordé : nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de l’inondation, et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés de notre voiturin, à travers des dangers inouïs. Nous nous hâtions en vue de l’inquiétude de notre malade. Elle avait été vive, en effet, mais elle s’était comme figée en une sorte de désespérance tranquille, et il jouait son admirable prélude en pleurant. En nous voyant entrer, il se leva en jetant un grand cri, puis il nous dit, d’un air égaré et d’un ton étrange : « Ah ! je le savais bien, que vous étiez morts !

Quand il eut repris ses esprits et qu’il vit l’état où nous étions, il fut malade du spectacle rétrospectif de nos dangers : mais il m’avoua ensuite qu’en nous attendant il avait vu tout cela dans un rêve et que, ne distinguant plus ce rêve de la réalité, il s’était calmé et comme assoupi en jouant du piano, persuadé qu’il était mort lui-même. Il se voyait noyé dans un lac ; des gouttes d’eau pesantes et glacées lui tombaient en mesure sur la poitrine, et quand je lui fis écouter le bruit de ces gouttes d’eau, qui tombaient en effet en mesure sur le toit, il nia les avoir entendues. Il se fâcha même de ce que je traduisais par le mot d’harmonie imitative. Il protestait de toutes ses forces, et il avait raison, contre la puérilité de ces imitations pour l’oreille. Son génie était plein des mystérieuses harmonies de la nature, traduites par des équivalents sublimes dans sa pensée musicale et non par une répétition servile des sons extérieurs. Sa composition de ce soir-là était bien pleine des gouttes de pluie qui résonnaient sur les tuiles sonores de la Chartreuse, mais elles s’étaient traduites dans son imagination et dans son chant par des larmes tombant du ciel sur son cœur."

 

Frédéric Chopin par Delacroix

 

George Sand parle de la musique de Chopin avec sensibilité et profondeur et de même lorsqu’elle le compare aux autres musiciens. Elle-même connaît et aime la musique avec passion. Elle a appris le piano à Nohant avec sa grand-mère mais n’a jamais pu suivre des études poussées. Il n’en reste pas moins que c’est une musicienne dans l’âme et qu’elle a une connaissance profonde de cet art qui, pour elle, surpasse tous les autres. On retrouve cet amour de la musique dans des romans comme Consuelo et la comtesse de Rudolstadt, Les maîtres sonneurs, Lucrecia Fiorani, Le château des Désertes, Adriani.
 

"Le génie de Chopin est le plus profond et le plus plein de sentiments et d’émotions qui ait existé. Il a fait parler à un seul instrument la langue de l’infini ; il a pu souvent résumer, en dix lignes qu’un enfant pourrait jouer, des poèmes d’une élévation immense, des drames d’une énergie sans égale. Il n’a jamais eu besoin des grands moyens matériels pour donner le mot de son génie. Il ne lui a fallu ni saxophones ni ophicléides pour remplir l’âme de terreur ; ni orgues d’église, ni voix humaines pour la remplir de foi et d’enthousiasme. Il n’a pas été connu et il ne l’est pas encore de la foule. Il faut de grands progrès dans le goût et l’intelligence de l’art pour que ses œuvres deviennent populaires. Un jour viendra où l’on orchestrera sa musique sans rien changer à sa partition de piano, et où tout le monde saura que ce génie aussi vaste, aussi complet, aussi savant que celui des plus grands maîtres qu’il s’était assimilés, a gardé une individualité encore plus exquise que celle de Sébastien Bach, encore plus puissante que celle de Beethoven, encore plus dramatique que celle de Weber. Il est tous les trois ensemble, et il est encore lui-même, c’est-à-dire plus délié dans le goût, plus austère dans le grand, plus déchirant dans la douleur. Mozart seul lui est supérieur, parce que Mozart a en plus le calme de la santé, par conséquent la plénitude de la vie."

 

  Histoire de ma vie (1):  George Sand

  Histoire de ma vie (2): Les deux mères de George Sand/Catholicisme/ Socialisme /Féminisme

  Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau

  Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac

  Histoire de ma vie (5) : Les débuts littéraires de George Sand à Paris / évolution de ses idées philosophiques

 

 

 




 Frédéric Chopin Prélude opus 28 N°15 dit de la goutte d'eau

 


 

dimanche 6 septembre 2026

BILAN 6 : Les deux George de la littérature : mois d'août

 


 

 Voici le Bilan N°6 du challenge Les deux George de la littérature du mois d’août

 

Paul Huet exposition Face au ciel

 Miriam a lu le roman fleuve Consuelo et dit-elle, les 900 pages ne doivent pas effrayer les lecteurs parce que, non seulement il se lit vite, mais en plus elle a regretté de l'avoir fini ! Et je la rejoins volontiers ! Roman protéiforme, picaresque, d'initiation, roman social épris de justice et d'égalité, il est une ode à la musique, à l'opéra, dans les décors de Venise, de Bohème et d'Autriche.

Miriam a aussi visité le Musée de la vie romantique et l'exposition Face au ciel de Paul Huet (1803-1869 ), peintre connu pour ses paysages romantiques. Il est reçu par George Sand à Nohant et il correspond avec elle.

Sacha a lu avec beaucoup de plaisir le roman de George Sand, Mauprat, qui se déroule au XVIII siècle et dans lequel George Sand se révèle, comme d'habitude, "une conteuse hors pair". Roman gothique, roman d'amour qui rappelle l'amour courtois médiéval, mais aussi roman philosophique et féministe, il annonce les idées révolutionnaires sur la justice et l'égalité sociales. Lu en 2011, je l'ai moi-même énormément aimé.

Claudialucia 

 Les tribulations du Révérend A. Barton de George Eliot est une courte nouvelle qui révèle les qualités de l'écrivaine que l'on retrouvera dans ses oeuvres majeures.

 Histoire de ma vie dans une version écourtée de 1200 pages. La version intégrale est de 1664 pages. Dire que je l'ai trouvé long ? Oui, c'est vrai, surtout à la fin mais dans l'ensemble je l'ai lu avec beaucoup de plaisir, en particulier quand elle raconte sa jeunesse, la lutte entre sa mère et sa grand-mère, deux femmes irréconciliables, l'une issue du peuple, l'autre aristocrate, qui se déchirent à son sujet pour obtenir sa garde provoquant désespoir et culpabilité de la fillette,  puis sa vie au couvent.  Lire Histoire de ma vie, c'est aussi entrer dans l'Histoire, revivre, à travers les écrits de son père, les guerres napoléoniennes,  c'est fréquenter les milieux aristocratiques de la Restauration,  partager la vie bohème des écrivains et des artistes à Paris et les idées de justice sociale révolutionnaires. Enfin, et ce n'est pas le moindre plaisir, c'est rencontrer des personnages célèbres, Rousseau, Balzac, Chopin, Delacroix, Marie Dorval, Sainte-Beuve ... pour ne citer qu'eux ! C'est aussi prendre la mesure de l'érudition de George Sand, de l'étendue de ses lectures, de son amour de l'art et, en particulier, de la musique qu'elle connaît si bien.

 

 Claudialucia

George Eliot : Les tribulations du révérend Barton 


George Sand : Consuelo


Histoire de ma vie (1) : George Sand


Histoire de ma vie (2) : Les deux « mères » de George Sand/Catholicisme/Socialisme et Féminisme


Histoire de ma vie (3) : George Sand et Jean-Jacques Rousseau


Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac


Histoire de ma vie (5) Les débuts littéraires de George Sand à Paris/Evolution de ses idées philosophiques


Miriam : 

George Sand : Consuelo

Visite au musée de la vie romantique : Exposition Paul Huet


Sacha

George Sand : Mauprat


 Pour le mois de Septembre

Miriam : Le voyage à Majorque de George Sand et comme Sand en parle dans Histoire de ma vie, je publierai aussi un billet sur ce voyage.

Claudialucia

George Sand : une court roman pour enfant Le chêne parlant 

George Eliot :  Le roman de Monsieur Gilfil dans Scènes de la vie du clergé.

 

 

BILAN 5 : Mois de Juillet 

 

claudialucia

 


 

 

George Sand : L'Uscoque 



 

 

 

Miriam

 


 

George Eliot :  Middlemarch 

  
George Eliot / biographie de Kathy O’Shaughnessy


George Eliot  : L’autre George  de Mona Ozouf




Nathalie

 


 

 George Eliot :  Adam Bede



 

 

 

 

******** 

 

 

BILAN 4 : Mois de Juin

  


 

 Claudialucia

 Kathy O'Shaughnessy :  Biographie une passion pour George Eliot
 

George Sand : Gabriel

Matatoune :

  Les amours de George  de Stéphane Guégan

 

Miriam 

Michelle Perrot : Biographie de  George Sand à Nohant  

George Sand : Gabriel 

 

 

BILAN 3 : Mois de Mai

 



Claudialucia

George Eliot : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré



Miriam

George Eliot  : Adam Bede

George Sand :  Les beaux messieurs du Bois-Doré


Nathalie

George Eliot : Le roman d’amour de mr Gilfil


George Eliot :  Felix Holt, le radical


George Eliot : Le moulin sur la Floss


George Eliot : La repentance de janet 


George Eliot : Silas Marner et  Mona Ouzouf L’autre George


George Eliot : Middlemarch


George Eliot : Daniel Deronda

BILAN 2 Mois d'Avril

 


 

Claudialucia : 

  George Sand : La ville Noire  

 George Eliot  : Felix Holt, le radical


Fanja

George Sand : La Ville Noire 

 

Miriam

 George Sand : La Ville Noire 

et Biographie de George Sand en BD : George Sand fille du siècle Severine Vidal/Kim Consigny

George Eliot :  Felix Holt, le radical
 

 


 BILAN 1  Mois de Mars

 

Le moulin sur la Floss

 

Claudialucia

Présentation du challenge

 George Eliot : Middlemarch

 George Eliot : Le  Moulin sur la Floss L'enfance (1) George Eliot et Marcel Proust

George Eliot : Le moulin sur la Floss (2)

Walter Scott : Waverley ( les lectures de Maggie Tulliver dans Le Moulin sur la Floss)

George Sand : La petite Fadette

George Sand : Le Meunier d'Angibault 

George Sand: Indiana

George Sand : la mare au diable

 

Miriam 

 Présentation du challenge les deux George de la littérature

George Eliot :  Le moulin sur la Floss

 George Sand : La Petite Fadette

 George Sand :  Le meunier d'Angibault

 George Sand: Indiana

 George Sand : La mare au diable 

 

Nathalie

 George Eliot : La repentance de Janet 

 

Sacha 

George Sand : La petite Fadette 




 

 

 

samedi 29 août 2026

Histoire de ma vie (5) : George Sand Les débuts littéraires de George Sand à Paris / évolution de ses idées philosophiques

 

Delacroix peint Aurore en 1834 habillée en garçon. Elle est en pleine crise amoureuse avec Alfred de Musset. Après Venise, ils ont essayé de se réconcilier mais leur relation reste tumultueuse.  Elle vient de couper sa longue chevelure et de l'envoyer à son amant glissée à l'intérieur d'une crâne humain. Si l'anecdote est vraie, cela correspondrait bien au récit qu'elle fait dans Histoire de ma vie, quand, à la mort de sa grand-mère, on ouvre le caveau familial et que son précepteur Deschartes l'invite à embrasser le crâne de son père mort à l'âge de trente ans. Le romantisme a une relation de fascination envers la mort liée au bouleversement de la société, au désenchantement, à la perte de repères, qui oppressent la société après la révolution et la chute de l'Empire. La Restauration met une chape de plomb sur les espoirs et les libertés. C'est ce que l'on a appelé "Le Mal du siècle". George Sand, elle-même, a souvent été hantée par l'idée du suicide qui parfois tourne à l'obsession.


Ses Débuts à Paris

 

George Sand et François Casimir Dudevant par François-Auguste Biard

George Sand  déclare très clairement « Comme je ne prétends pas donner le change sur quoi que ce soit en racontant ce qui me concerne,  je dois commencer à dire nettement que je veux taire et non arranger ni déguiser plusieurs circonstances de ma vie ». Elle refuse, contrairement à Jean-Jacques Rousseau de « disposer du passé des personnes qui ont cotoyé mon existence ». Si bien qu’en lisant Histoire de ma vie, vous en saurez peu sur l’échec de son mariage en dehors de son procès puisque celui-ci a été public et vous ne saurez rien sur sur ses amants qui, s’ils apparaissent, le sont comme des amis.. Bref, nous ne sommes pas dans le courrier du coeur ou la presse people ! Même si, en son temps, les amours de George Sand notamment avec Alfred de Musset ou Michel de Bourges ont défrayé la chronique.

C’est pourquoi, lorsqu’elle se sépare une première fois de son mari en 1831 sans faire intervenir la justice, elle ne nous en dit pas plus. Il ne s’agit pas d'une confession ! Elle veut gagner sa vie et aller à Paris.
"A Partir de ce moment-là, l’équilibre entre les peines et les satisfactions se trouva rompu. Je sentis la nécessité de prendre un parti. Je le pris sans hésiter, et mon mari y donna les mains : j’allai vivre à Paris avec ma fille, moyennant un arrangement qui me permettait de revenir tous les trois mois passer trois mois à Nohant ; et, jusqu’au moment où Maurice entra au collège à Paris, je suivis très exactement le plan que je m’étais tracé. Je le laissais entre les mains d’un précepteur qui était avec nous déjà depuis deux ans, et qui a toujours été, depuis ce temps-là, un de mes amis les plus sûrs et les plus parfaits. Ce n’était pas seulement un instituteur pour mon fils, c’était un compagnon, un frère aîné, presque une mère. Pourtant il m’était impossible de me séparer de Maurice pour longtemps et de ne pas veiller sur lui la moitié de l’année."


Elle s’attarde sur les faits qui ont eu leur importance dans sa vie à cette époque :

En 1831, elle constate que la somme octroyée par son mari - qui a conservé la fortune et gère les biens de sa femme en maître comme le veulent les belles lois napoléoniennes (!)-  est si modique qu’elle ne parvient pas à vivre correctement. Sa mère lui conseille de s’habiller en garçon. C’est ce qu’elle faisait elle-même quand son mari manquait d’argent. Des vêtements d’homme sont moins onéreux et plus faciles à entretenir. 

"Je me fis donc faire une redingote-guérite en gros drap gris, pantalon et gilet pareils. Avec un chapeau gris et une grosse cravate de laine, j’étais absolument un petit étudiant de première année." "Au reste, pour n’être pas remarquée en homme, il faut avoir déjà l’habitude de ne pas se faire remarquer en femme."

Elle sera beaucoup plus libre dans ses mouvements. Désormais, Aurore parcourt les pavés de Paris avec de bonnes bottes et non de petites chaussures qui se déchirent au moindre caillou, elle veut développer sa culture, visite les musées et découvre les grands peintres, l’opéra, entre incognito au parterre du théâtre alors interdit aux femmes. Elle a retrouvé là-bas des amis berrichons.

Nous étions alors trois Berrichons à Paris, Félix Pyat, Jules Sandeau et moi, apprentis littéraires sous la direction d’un quatrième Berrichon, M. Delatouche.

Sand essuie beaucoup de critiques, d'injures et les caricaturistes ne se sont pas privés de déverser leur fiel sur elle bien qu'elle n'en parle pas dans Histoire de ma vie. Par contre, elle raconte comment son fils Maurice a été pris pour elle : 

Je raconte là un temps très passager et très accidentel dans ma vie, bien qu’on ait dit que j’avais passé plusieurs années ainsi, et que, dix ans plus tard, mon fils encore imberbe ait été souvent pris pour moi. Il s’est amusé de ces quiproquos, et puisque je suis sur ce chapitre, je m’en rappelle plusieurs qui me sont propres et qui datent de 1831.   

 

Maurice Sand fils de George. La ressemblance est frappante

 

George Sand Auguste Charpentier (1838)

  

En 1832, le choléra décime Paris et survient le drame du Cloître Saint Méry. Un insurrection y est sauvagement réprimée. Dix-sept insurgés se sont emparé du petit pont de l’Hôtel-Dieu. Quinze sont tués par la garde nationale et jetés dans la Seine. Deux atteints dans les rues voisines et égorgés raconte Louis Blanc. La troupe tire sur tout le monde. Sand qui est au jardin du Luxembourg avec sa fille n’a que le temps de rentrer chez elle.

"Ce qu’il y avait jusque-là de plus dangereux, c’était la précipitation avec laquelle on fermait les boutiques au risque de briser la tête à tous les passants. Solange se démoralisait et commençait à jeter des cris désespérés. Quand nous arrivâmes au quai, chacun fuyait en sens différent ; j’avançai toujours, voyant que le pire c’était de rester dehors, et j’entrai vite chez moi sans prendre le temps de voir ce qui se passait, sans même avoir peur, n’ayant encore jamais vu la guerre des rues, et n’imaginant rien de ce que j’ai vu ensuite, c’est-à-dire l’ivresse qui s’empare tout d’abord du soldat et qui fait de lui, sous le coup de la surprise et de la peur, l’ennemi le plus dangereux que puissent rencontrer des gens inoffensifs dans une bagarre." Elle fait ici allusion aux déchaînements de violence auxquels elle a assisté pendant la révolution de 1848 et qui ont éteint son rêve révolutionnaire.

Ses premiers livres paraissent : Indiana en 1832 puis devant le succès, la même année, Valentine… Il lui faut choisir un pseudonyme. Sa belle-mère, la baronne Dudevant, lui a demandé de ne pas galvauder son nom sur les couvertures de livres imprimés ! Ayant écrit un livre avec Jules Sandeau, Rose et Blanche, elle prend, sur les conseils de son ami Delatouche, le nom de Sand et le prénom de George (qui lui paraît très berrichon).
George Sand traverse aussi une crise, au niveau spirituel, mène une recherche ardente des rapports qui peuvent exister "entre l’âme individuelle et cette âme universelle que nous appelons Dieu." "II m’importait fort de chercher en Dieu le mot de l’énigme de la vie, la notion de mes vrais devoirs, la sanction de mes sentiments les plus intimes. » Son refus des institutions religieuses se précise : " Je vois aussi l’esprit de ces institutions tellement perdu et dénaturé qu’en bien des cas l’homme les observe de manière à en faire un sacrilège. Je ne puis prendre mon parti sur des pratiques admises par prudence, par calcul, c’est-à-dire par lâcheté ou par hypocrisie. La routine de l’habitude me paraît une profanation moindre, mais c’en est une encore, et quel sera le moyen d’empêcher que toute espèce de culte n’en soit pas souillée ? "

Tout une période de doute mystique et de quête inquiète voire angoissée qui transparaît bientôt dans son troisième roman Lélia . Il paraît en 1833.

Elle parle longuement de ses amis et dresse des portraits vivants, pleins d’acuité,  originaux, émouvants parfois, ou amusants … des personnages célèbres, Marie Dorval, Delacroix, Emmanuel Arrago, Gustave Planche, Balzac, plus tard Chopin...   

En 1834, elle part à Venise, un voyage qu’elle a toujours rêvé de faire. Elle rencontre Stendhal en route et ne l’apprécie pas trop. Alfred de Musset n’y est que mentionné et ne fait qu’une briève apparition. De leurs amours tourmentés, de leurs déchirements, nous ne saurons rien. Par contre son amour de Venise est là et l'on comprend pourquoi l'on retrouvera cette ville dans plusieurs des romans : Consuelo, La comtesse de Rudolstadt, L'Ucosque, Elle et lui,  Lettres d'un voyageur, Jacques...

 

 L'évolution de ses idées philosophiques

 

Louis-Chrysostome Michel de Bourges

 

Et puis, en 1835, elle rencontre avec Michel de Bourges, avocat qui plaide en 1836 son procès en séparation de corps d’avec Casimir Dudevant pour mauvais traitements et injures graves. Elle obtient gain de cause, la garde de ses enfants ainsi que la restitution de ses biens et de Nohant mais pas la fin de ses ennuis. Casimir Dudevant enlèvera Solange et ne renoncera à l'éducation de ses enfant que moyennant finance, cinquante mille francs !

Républicain fervent, Louis-Chrysostome Michel de Bourges  a une grande influence sur George Sand et  un grand impact sur ses idées et sur son oeuvre. Elle vit avec lui, pendant deux ans, une relation amoureuse passionnée à laquelle elle ne fait aucune allusion dans Histoire de ma vie. Mais elle parle longuement de ses discussions intellectuelles avec lui, sur la cause du peuple, la liberté, ses idées révolutionnaires parfois trop radicales pour elle. Dans Histoire de ma vie l’on peut constater l’admiration voire la fascination qu’il a exercée sur elle, même si elle secoue de temps en temps le joug intellectuel et dénonce ce qu’elle appelle son esprit dominateur. 

 

Pierre Leroux


 

En 1835, Liszt lui fait connaître Lammenais qui prône un christianisme social et elle  rencontre aussi Pierre Leroux, qui lui transmet ses idées d'un socialisme humanitaire et religieux. (Les idées de Leroux sont présentes dans un roman :  Consuelo). C’est avec ces trois hommes que Sand évolue et qu’elle va entrer dans la lutte républicaine, militant pour les droits du peuple, l’égalité sociale et le droit des femmes. La peinture des classes ouvrières et de la dignité des ouvriers, apparait dans ses romans socialistes, en particulier : Simon (1836), Mauprat ( 1837), Le compagnon du tour de France (1841), Horace (1841-42) Le péché de monsieur Antoine (1845), Le meunier d’Angibault (1845), La Ville noire (1861).

 

 Le féminisme de George Sand 

Indiana Hetzel édition par Tony Johannot

 

 On a vu comment l'enfance de George Sand et le mépris dans lequel sa mère, issue du peuple, avait été tenue de la part de sa grand-mère, aristocrate, ont disposé Aurore à prendre le parti du peuple et plus encore celui de la femme du peuple toujours humiliée, toujours soumise, jamais pardonnée si elle commet une faute, toujours considérée comme inférieure.
 
 « Dieu n’a pas créé une race pour la soumettre à une autre.  Je ne me base pas sur les lois de l’homme, qui ne sont que mensonge et injustice, mais sur les lois de Dieu, qui sont justice et vérité. » (Indiana) 
 
Et elle affirme à propos de son premier Livre Indiana qui a fait scandale
 
"Ceux qui m'ont lu sans prévention comprennent que j'ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l'injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l'existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société."

Dans Indiana, elle dénonce l'inégalité des droits des femmes et des hommes et prône le refus de la soumission s'attaquant ainsi au code civil de 1804 qui privait  la femme de ses droits juridiques. 

"Je sais que je suis l’esclave et vous le maître. La loi de ce pays vous a fait mon maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions. Vous avez le droit du plus fort, et la société vous le confirme ; mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien. " (Indiana à son mari le colonel Delmare)

Le féminisme de George Sand a pourtant des limites qu'elle justifie. En 1848, elle refuse de se présenter aux élections et se déclare contre le vote des femmes parce qu'elle juge que celles-ci ne sont pas assez instruites. Trop soumises à leur mari, elles voteraient comme lui.

Elle pense qu'il faut d'abord réformer l'éducation des femmes, leur donner le même niveau d'instruction que celui des hommes afin de les laisser voter d'une manière éclairée.

 "Les femmes reçoivent une déplorable éducation ; et c'est là le grand crime des hommes envers elles." 

George Sand affirme qu'il faut procéder par ordre et donner d'abord priorité à la réforme du mariage, à l'égalité des hommes et des femmes au sein de la famille et dans la société.

" Oui, l'égalité civile, l'égalité dans le mariage, l'égalité dans la famille, voilà ce que vous pouvez, vous devez demander, réclamer."

 

  Indiana voir ICI

  Histoires de ma vie (1):  George Sand

  Histoires de ma vie (2): George Sand

  Histoire de ma vie (3) : George Sand

  Histoire de ma vie (4): George Sand

  Histoire de ma vie (5) :George Sand 

 


 


 

jeudi 27 août 2026

Histoire de ma vie (4): George Sand et Balzac

Honoré de Balzac


George Sand a vraiment l'art de saisir les traits physiques et moraux de ses personnages et de les faire vivre. 

"Un beau matin, Balzac, ayant bien vendu la Peau de Chagrin, méprisa son entre-sol et voulut le quitter ; mais, réflexion faite, il se contenta de transformer ses petites chambres de poète en un assemblage de boudoirs de marquise, et un beau jour il nous invita à venir prendre des glaces dans ses murs tendus de soie et bordés de dentelle. Cela me fit beaucoup rire : je ne pensais pas qu’il prît au sérieux ce besoin d’un vain luxe, et que ce fût pour lui autre chose qu’une fantaisie passagère. Je me trompais, ces besoins d’imagination coquette devinrent les tyrans de sa vie, et pour les satisfaire il sacrifia souvent le bien-être le plus élémentaire. Dès lors il vivait un peu ainsi, manquant de tout au milieu de son superflu, et se privant de soupe et de café plutôt que d’argenterie et de porcelaine de Chine.
Réduit bientôt à des expédients fabuleux pour ne pas se séparer de colifichets qui réjouissaient sa vue ; artiste fantaisiste, c’est-à-dire enfant aux rêves d’or, il vivait par le cerveau dans le palais des fées ; homme opiniâtre cependant, il acceptait, par la volonté, toutes les inquiétudes et toutes les souffrances plutôt que de ne pas forcer la réalité à garder quelque chose de son rêve.

Puéril et puissant, toujours envieux d’un bibelot, et jamais jaloux d’une gloire, sincère jusqu’à la modestie, vantard jusqu’à la hâblerie, confiant en lui-même et aux autres, très expansif, très bon et très fou, avec un sanctuaire de raison intérieure, où il rentrait pour tout dominer dans son œuvre, cynique dans la chasteté, ivre en buvant de l’eau, intempérant de travail et sobre d’autres passions, positif et romanesque avec un égal succès, crédule et sceptique, plein de contrastes et de mystères, tel était Balzac encore jeune, déjà inexplicable pour quiconque se fatiguait de la trop constante étude de lui-même à laquelle il condamnait ses amis, et qui ne paraissait pas encore à tous aussi intéressante qu’elle l’était réellement."
 

Elle raconte cette anecdote amusante qui est arrivé après sa publication de Leila qui témoigne de ses  inquiétudes métaphysiques en 1833. 

 


"Il est vrai qu’en me taisant ainsi devant mes amis, j’exhalais, en publiant mon livre, Lélia, une plainte qui devait avoir un plus grand retentissement. Je n’y songeai pas d’abord. Faisant bon marché de moi-même et de ma propre douleur, je me dis que mon livre serait peu lu et ferait plutôt rire à mes dépens, comme un ramassis de songes creux, qu’il ne ferait rêver aux durs problèmes du doute et de la croyance. Quand je vis qu’il faisait soupirer aussi quelques âmes inquiètes, je me persuadai et je me persuade encore que l’effet de ces sortes de livres est plutôt bon que mauvais, et que, dans un siècle matérialiste, ces ouvrages-là valent mieux que les Contes drôlatiques, bien qu’ils amusent beaucoup moins la masse des lecteurs.
À propos des Contes drôlatiques, qui parurent vers la même époque, j’eus une assez vive discussion avec Balzac, et comme il voulait m’en lire malgré moi des fragments, je lui jetai presque son livre au nez. Je me souviens que, comme je le traitais de gros indécent, il me traita de prude et sortit en me criant sur l’escalier : « Vous n’êtes qu’une bête ! » Mais nous n’en fûmes que meilleurs amis, tant Balzac était véritablement naïf et bon."
 

 

  Histoire de ma vie (1):  George Sand

  Histoire de ma vie (2): George Sand

 Histoire de ma vie (3)/ George Sand

  Histoire de ma vie (4): George Sand

  Histoire de ma vie (5) :George Sand