
Raymond Depardon : la vie moderne

Raymond Depardon : la vie moderne
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
“On ne traite pas avec l’Allemagne, ou c’est qu’on veut être dupe. Pour un homme d’Etat, être dupe n’est pas un signe d’esprit ni la preuve qu’il est digne de mener les affaires. Mais vouloir être dupe, cette sottise ou cette ignorance est une forme ridicule de la trahison. Aujourd’hui, on ose parler des bonnes intentions d’Hitler et Londres se donne le luxe insensé d’y croire. Cependant, Mein Kampf est tiré à deux millions d’exemplaires (…) Un pareil délire de maniaque, vomissant l’insulte et la haine, une pareille doctrine de la destruction, prêchée par un chef d’Etat et ses ministres, devenu l’Evangile de tout un peuple, voilà qui ne s’est jamais vu. Les gorilles jusqu’ici n’ont pas publié de livre, et ils n’ont pas eu de philosophe à queue prenante pour les écrire. Tous les assassins, tous les faillis, tous les professeurs de l’Hitlérie répandent cette Bible sauvage : elle est le livre du pur Allemand, autrement dit du bon Aryen. Le diable passait pour être logicien : la brute désormais est ethnologue. Après quoi, traitez avec ces assassins, qui mentent et trompent toujours, quand ils ne peuvent pas se livrer aux délices de l’invasion ou du massacre. Traitez, et si vous êtes assassinés traîtreusement, pris d’assaut au milieu de la nuit, vous l’aurez voulu et vous vous l’aurez mérité (…) Ils haïssent toujours : le mépris est la forme la plus hideuse de la haine, la plus lâche aussi. Et la haine est la matrice de la destruction (…) Il n’est pas permis à un peuple humain et noble de traiter avec l’Allemand”.Quant au second article tout aussi saisissant, sur le même sujet, intitulé simplement “Mein Kampf”, il fut publié dans le NRF du 1er décembre 1934 et repris dans Panurge du 20 mars 1936 :
“Celui qui veut tirer quelque miel, fût-ce le plus âcre, de tout ouvrage de l’esprit, doit prendre sur soi pour lire Mein Kampf jusqu’au bout. Le courage de poursuivre ne suffit pas. Cet orage de stupidité, cette explosion de miasmes n’inspire pas moins d’ennui que de dégoût. Tant d’orgueil dans la sottise et la méchanceté, une telle impudence à s’adorer soi-même et à dégrader les autres, tant d’affirmations meurtrières sans l’ombre d’une preuve, le délire de ce primate qui s’accorde tout pour tout refuser à autrui, qui raisonne avec ses griffes et argumente avec ses crocs, ce radotage enragé mène le lecteur de nausée en nausée (…) Il répète cent fois le même propos. ce rabâchage est un signe de la manie : dix fois moins long (N.D.L.R. 700 pages), Mein Kampf ne serait ni plus ni moins vrai, ni plus ni moins complet (…) Sa cellule est tout un peuple; il a l’écho de soixante millions d’hommes; loin d’être enchaîné, c’est lui qui est le maître absolu de leur liberté (…) A l’étranger, il est à peine croyable qu’on doute de sa malfaisance et qu’Hitler trouve encore une excuse. On feint de croire que l’homme de Mein Kampf n’est pas celui qui règne sur l’Allemagne désormais : on soutient qu’en dix ans, il a dû changer et n’être plus si sauvage. Quel aveuglement. Dans ce livre, il y a tous les crimes d’Hitler commis cette année, et tous ceux qu’il pourra commettre encore. Ils y sont, il les annonce, il s’en vante plus même qu’il ne les avoue. Il dit, en termes exprès, qu’il faut mettre le feu au Reichstag, et il l’a fait. Et vous cherchez encore l’incendiaire, le coupable ? (…) Que faut-il de plus que ce livre ? Il confesse les intentions. Tout y est, et tout y aura été, quoi que cet homme fasse. Il serait bon que tous les Français le connaissent, et on les empêche de le lire (…)”On connaît la suite, les accords de Munich et le honteux soulagement qui s’ensuivit. Michel Drouin, qui fut professeur d’Histoire et qui est l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire de la Nouvelle Revue Française, me rappelle qu’à la suite de ce texte, la revue enregistra des désabonnements et André Suarès fut accusé d’”hystérie” par Jean Schlumberger. A noter également qu’on ne trouve rien de comparable, de cette encre et de cette force, ni même rien dans le même ordre d’idées, chez les autres “grands” de sa génération, les Gide, Claudel, Valéry, Giraudoux, Rolland, Bernanos. “Et dire qu’il se voulait avant tout poète et musicien…” Ce n’est pas tant qu’André Suarès nous manque, à nous qui le connaissons si peu; c’est surtout qu’il nous manque un André Suarès.
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
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Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
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Dans le roman Bad man de Dathan Auerbach, un prologue intitulé Un cadavre dans les bois met en scène deux enfants qui découvrent un corps enfoui sous la végétation.
Puis nous assistons à la dernière journée que Ben (15 ans) passe avec son petit frère Eric (3 ans) ! Ce jour-là, Ben a la garde d’Eric. Il joue d’abord avec lui puis il l’amène au supermarché pour faire les courses. Cela n’est pas de tout repos. Le magasin est bondé et l’enfant, au moment de passer à la caisse, demande à aller aux toilettes. C’est là que Ben, distrait, le perd de vue un instant. Lorsqu’il se retourne le petit garçon n’est plus là ! Toutes les recherches échouent, la police arrête l’enquête. Cinq ans passent. Les affichettes jaunissent… Les gens oublient. Pas Ben, bien sûr !
Ben arrête ses études et cherche du travail. Il finit par être employé comme magasinier de nuit dans le supermarché où son frère a disparu. C’est un choc pour lui de se retrouver dans ce lieu où il n’avait plus jamais remis les pieds depuis le drame. Il revit la scène sans arrêt, le magasin semble révéler des indices, lui envoyer des messages. Un jour, dans un carton abandonné, il découvre le vieux doudou d’Eric qui avait été introuvable après la disparition du gamin. Le voilà qui recommence à poser des affiches avec la photo d’Eric, qui ressasse des souvenirs, les confronte au présent. Ses collègues semblent le soutenir et se montrer amicaux mais le sont-ils vraiment ? Le directeur qui était déjà là il y a cinq ans est toujours aussi déplaisant. Aurait-il quelque chose à se reprocher ? Ben doute de tout et de tous ! Dathan Auerbach crée autour de ses personnages une atmosphère oppressante que l’obscurité et la solitude de ce travail de nuit dans les grands entrepôts du magasin rend encore plus troublante.
Mais si le roman joue sur le mystère, et s'il est aussi un thriller comme le dénouement nous le révèle, il est avant tout psychologique. Et c’est la grande force de Dathan Auerbach ! Il sait nous faire ressentir la détresse de Ben. Déjà son enfance nous crève le coeur : Ben est obèse, sa jambe abimée à la suite d’un accident le fait souffrir et l’empêche de vivre normalement, de faire du sport, l’isole des enfants de son âge qui l'humilient. Après la disparition de son petit frère, Ben vit dans une famille détruite. Sa belle-mère, la seconde épouse de son père, mère d’Eric, ne sort plus que rarement de chez elle. Elle quitte son travail, passe ses journées enfermée dans la chambre de son petit garçon, fête son anniversaire chaque année, lui achète des cadeaux que personne n’ouvre. L’atmosphère est pesante dans la maison. Les non-dits empoisonnent les relations, entretenant la culpabilité du jeune homme et éveillant en lui un écho : « il aurait mieux valu que ce soit toi qui disparaisses ». L’écrivain a vraiment l’art de faire passer les sentiments, de nous mettre en empathie et l’on se sent pris de tristesse devant ces vies brisées.
Ajoutons à cela, et c’est rare, un écrivain qui sait parler du monde du travail ! La description du travail de magasinier est plus vrai que nature, et pour cause ! A la sortie de la fac, Dathan Auerbach a travaillé de nuit à la supérette locale : « le job en lui-même était atroce. Franchement insipide au-delà de toute description. Scanner des codes barres. Ranger des cartons et des boîtes de conserve. Et voilà. A l’infini. » S'il a mal vécu cette expérience, elle lui a bien servi puisqu’elle lui a permis d’ancrer son récit dans la réalité et de donner un ton juste à son roman !
Thriller
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!