Théodore Géricault : la monomane de l'envie ou la Hyène de la Salpêtrière
Le polar s'invite au musée : Rencontre autour d'une oeuvre
Disons-le tout de suite, il y a un monde fou aux Quais du polar, en particulier le samedi, et des queues interminables. D’autre part, il faut parfois attendre des heures avant d’avoir les dédicaces convoitées si bien que nous n'avons pas pu faire la moitié des conférences que nous avions prévue. Mais qu’importe! Dimanche, nous avons pu assister à une rencontre avec une écrivaine canadienne Louise Penny à propos de son dernier livre Défense de tuer paru aux éditions Actes Sud Noirs.
Le débat se déroulait autour d’une oeuvre de Géricault, un visage de femme impressionnant, aux yeux rouges, fixes et hagards, à la peau verdâtre, aux lèvres serrées comme un cordon de bourse sur un secret ou un cri étouffé. Ce portrait intitulé La monomane de l’envie ou La hyène de la Salpêtrière (1819-1821) présente un mystère. L’on ne sait rien de ses origines et le titre et le sous-titre ont été donnés postérieurement par le critique d’art Louis Viardot, orientant définitivement le spectateur vers une interprétation. Mais qui était cette femme? Méritait-elle ces appellations? Nous n’avons aucune réponse.
Louise Penny et Hubert Artus au musée des Beaux-Arts
Théodore Géricault
Théodore Géricault
Théodore Géricault (1791-1824) est le peintre romantique par excellence dans le choix de ses sujets et par sa vie courte et tourmentée. Il est hanté par l’idée de la mort. Lorsqu’il peint Le radeau de la méduse il se fait livrer des morceaux de cadavres qui empuantissent son atelier mais lui permettent une étude anatomique précise et la contemplation réaliste des chairs en décomposition. La monomane de l’envie appartient à une série de tableaux que le peintre a consacré à la folie. A travers ces obsessions le peintre nous renvoie donc une image de lui-même.
Mais ce visage permet aussi un questionnement sur nous-mêmes et sur nos peurs. Que cache notre besoin de rationalité? Pourquoi cette répulsion face à ce tableau? Et si les titres La monomane de l’envie ou La hyène de la Salpêtrière ne nous amenaient pas à une lecture obligée, cette femme ne représentait-elle pas pour nous, plutôt que la monomanie, l’image de la vieillesse, de la déchéance liée à l’âge, et de la mort?
Le débat animé par Hubert Artus avec Louise Penny cherchait à répondre à ces questions tout en remettant l’oeuvre picturale en perspective avec le roman de l’écrivaine Défense de tuer qui aborde le thème de la différence et du regard que nous portons sur ceux qui n’entrent pas dans les critères de la rationalité.. Une rencontre enrichissante et passionnante.
Et voilà où cela m'a amenée :
Dédicace de Louise Penny
Géricault : Autres portraits de la folie
La série de tableaux que le peintre a consacrée à la folie.
Le monomane du vol Musée des Beaux-Arts de Gand
Le monomane du vol d'enfant musée des Beaux-Arts de Springfield (Massachusetts)
La monomane du jeu Le Louvre
Le monomane du commandement militaire musée Oskar Reinhart
Ces appellations correspondent à la classification des maladies mentales au XIX siècle qui voit les balbutiements de la psychiatrie moderne.
Les impressionnistes du musée des beaux-Arts de Lyon
Claude Monet La Tamise à Charing Cross
Et de plus nous avons découvert les impressionnistes du musée Beaux-Arts de Lyon.
Auguste Renoir : Jeune fille au ruban bleu
Claude Monet : Entrée de la Grande-Rue à Argenteuil
Claude Monet : falaise d'Etretat
Edouard Manet : Portrait de Mathilde Gauthier-Lathuille
Il aura fallu que j'appâte mon mari, (Wens de En effeuillant le chrysanthème, vous connaissez ?), grand amateur de romans et de films noirs, avec Quais du polar pour pouvoir le traîner jusqu'à Lyon, et bien sûr participer à ce grand rendez-vous des écrivains du roman policier, du thriller et du Noir avec toutes les nuances littéraires que comportent ces mots. Nous avons aussi fait la connaissance de notre amie blogueuse Soène, lyonnaise de souche, qui nous a accueillis avec chaleur et nous a fait découvrir sa ville au cours d'une enquête policière échevelée dans les vieux quartiers lyonnais .. Nous sommes régalés, avons fait le plein de belles images, de rencontres avec des écrivains, d'expériences amusantes et de partage. Merci Soène!
Quelques images de Lyon
Lyon : la place Bellecour avec en arrière plan Fourvière
Lyon : Hôtel de ville et place Louis Pradel
Lyon : fontaine de la Place Pradel
Lyon : palais du commerce
Lyon : Théâtre
Lyon vu du quartier de la Croix rousse
Les écrivains
De quoi agrandir notre PAL : avouez que nous avons été raisonnables!
Antonio Altarriba et le dessinateur Keko
Attente pendant deux heures de l'écrivain espagnol Antonio Altarriba que Wens-Francis voulait absolument voir pour lui faire signer son dernier livre : Moi, assassin. Une belle dédicace accompagnée d'un dessin de Keko.
Dédicace de Antonio Altarriba et dessin de Keko
Leonardo Padura
Moi, c'était Leonardo Padura que je ne voulais pas rater! Signature de Brumes du passé une enquête de Mario Condé, policier reconverti dans le commerce des livres anciens qui nous fait revivre l'époque glorieuse de la Havane. Je vous en dirai plus quand je l'aurai lu!
Dédicace de Leonardo Padura
Dédicace aussi du dessinateur Cabanes à Wens pour la BD qu'il a réalisée avec Manchette : La princesse du sang :
Conférence à l'hôtel de ville de Lyon avec Denise Mina, Patrick Mosconi, Frédéric Andréi, Olivier Gay
Dans la salle des anciennes archives de l'hôtel de ville avait lieu la conférence intitulé : On ne prête qu'aux riches avec des auteurs qui se sont intéressés dans leur récit aux classes dominantes et à l'alliance de la richesse et du pouvoir. A l'issue de cette rencontre, j'ai acheté le roman de l'écossaise Denise Mina : Des dieux et des bêtes qui a obtenu le prix du meilleur roman policier du Royaume-Uni au festival de Harrogate en 2013, traduit en français par Nathalie Bru (présente à cette rencontre) aux Editions du Masque.
Encore un écrivain écossais Ian Rankin : séance de pose
L'avant-programme du 69e festival d'Avignon -qui aura lieu du 4 Juillet au 25 - est paru.
Commençons par ce qui fâche d'abord : le festival est revu à la baisse! Il y avait eu d'abord l'Etat qui se désengageait de -8%, c'est maintenant la mairie qui annonce -5%, retire cinq lieux du festival et refuse de payer le déficit lié à la grève des intermittents et aux intempéries de 2014. Une peu intelligente décision de notre mairie à l'heure où 170 structures et festival meurent en France, une triste réponse au bel éditorial de Olivier Py écrit dans l'émotion des terribles évènements du mois de Janvier :
Il aura fallu la tragédie du mois de janvier pour que la classe politique convienne que la culture et l’éducation sont l’espoir de la France. Qu’en reste-t-il? la culture sera-t-elle demain cette éducation citoyenne de l’adulte qui changerait réellement le lien social? L’éducation deviendra-t-elle enfin le réel souci de la nation, la volonté de créer des êtres pourvus de sens critique et capables de s’inventer un destin? et les citoyens, passée la prise de conscience, oseront-ils parier sur la culture plutôt que sur l’ignorance, sur le partage plutôt que sur le repli, sur l’avenir plutôt que sur l’immobilité?Ce réveil douloureux de la France ouvre-t-il le temps où la culture ne sera plus un ornement touristique ou un luxe superfétatoire mais un lien transcendant les classes, une richesse à faire fructifier et le destin même de la Politique?
Le thème central de la programmation tournera autour de cette déclaration Je suis l'autre, titre de l'édito d'Olivier Py.
Shakespeare en tête
Il y aura 56 propositions avec des artistes venus du monde entieret des grands metteurs en scène et chorégraphes : Valère Novarina, Angelin Prejlocaj, Olivier Py, Gaëlle Bourges, Thomas Ostermeier (Berlin) , Fatou Cissé (Dakar) Claudio Tolcachir (Buesnos-Aires) Ahmed El Attar (le Caire) .... ; deux artistes annoncées pour l'instant : Isabelle Huppert et Fanny Ardant.
et pour moi, bien évidemment trois Shakespeare:
Le roi Lear mis en scène par Olivier PY du 4 au 13 Juillet
Richard III mis en scène par l'allemand Thomas Ostermier du 6 au 18 juillet
Antoine et Cléopâtre du 12 au 18 Juillet mis en scène par le portugais Tiago Rodriguez
Mais il y a bien d'autres titres qui m'attirent, sans compter des spectacles pour enfants.
Pour aller voir l'avant programme,cliquez ici ou téléchargez le ici
Festival Off
Le festival Off aura lieu du 4 au 26 Juillet
Des titres que j'ai déjà bien envie de voir dans les quelques sélections que l'on nous propose :
Un obus dans le coeur de Wajdi Mouawad mis en scène par Catherine Cohen
Andromaque de Racine mis en scène Anthony Magnier, Compagnie Viva.
Mozart l'enchanteur mise en scène par Mesguish
Ubu Roi, mise en scène Jérémie Le Louët, Compagnie des Dramaticules.
UN OBUS DANS LE COEUR, mise en scène Catherine Cohen.
UN OBUS DANS LE COEUR, mise en scène Catherine Cohen.
UN OBUS DANS LE COEUR, mise en scène Catherine Cohen.
Frank Dillon, il nous ressemble bien, au fond, à vous comme à moi. Sauf qu'il est un peu plus fou, et que ça le tracasse. Et que là où vous et moi, nous nous contentons d'oublier d'écrire à notre vieille grand-mère pour le Nouvel An, lui, il va plus loin dans le crime : il tue, et plusieurs fois.
Mais au bout du compte, s'estime aussi innocent que vous et moi. Est-ce le dernier des salauds, ou le premier des pauvres types ?
Le récit
Marie Trintignant et Patrick Dewaere dans Série noire d'Alain Corneau
Frank Dillon est un minable représentant de commerce. Lors d'une de ses tournées dans des quartiers sordides, une vieille femme lui propose de coucher avec sa jeune nièce Mona en échange d'une ménagère. Il cède les couverts sans pour autant abuser de Mona. Frank doit maintenant rembourser la facture à son patron Stapples. Mais où trouver l'argent? La solution a ses problèmes passe par l'élimination de la vieille tante de Mona qui cache une fortune chez elle…
Le titre
Le titre français du roman Des cliques et des cloaques joue sur le jeu de mots mais est très loin du titre anglais : A hell of Woman : Une femme d'enfer, allusion aux femmes qui gravitent autour du personnage principal, Frank Dillon : Mona, qui pourrait être la femme fatale des romans noirs puisque elle le conduit au meurtre se trouve être ici, ironiquement, une pauvre fille complètement paumée, prostituée par sa tante; ce qu'illustre très bien la première de couverture de l'édition Folio policier, des bas résille, oui, mais troués! caricature du roman noir dont l'écrivain épouse les codes mais les détourne!
Une femme d'enfer pourrait être aussi son épouse, Joyce, une pauvre femme dépressive, à la dérive, qui essaie de sauver son couple et représente pour Dillon la cause de ces échecs car, bien sûr, pour lui, c'est toujours de la faute des autres et donc des femmes s'il est un raté.
A moins que la femme d’enfer ne soit, au sens propre, ce personnage hideux, méprisable, que son absence de morale, sa cruauté et sa ladrerie place au plus bas de l’échelle humaine, la tante de Mona.
Quoi qu'il en soit et même si le titre est mal traduit (et il paraît que tout le reste de la traduction est à l'avenant) Des cliques et des cloaques rend bien compte d'une chose : en lisant l'histoire de Frank Dillon, c'est dans un cloaque que vous allez vous enfoncer. Certes tous les personnages sont issus d'une classe sociale misérable et sont à divers niveaux médiocres mais c'est à lui que va la palme, à moins qu'elle ne revienne à la tante de Mona!
La noirceur de l’âme humaine
Patrick Dewaere dans Série Noire
Chez Jim Thompson, le polar est un moyen de montrer la noirceur d'êtres en marge. Tous ses personnages sauf la tante, tellement immonde que sa mort ne nous émeut guère, présentent cependant des aspects positifs qui n'en font pas des salauds intégraux. Frank par exemple refuse d'abuser de la pauvre mais attirante Mona.
Cependant Frank Dillon reste un pauvre type, pathétique, détestable alors qu'il voudrait être admiré, respecté, aimé. Sa vie professionnelle et sentimentale est un échec total. Il cherche en permanence des boucs émissaires, des êtres plus médiocres que lui, des individus qu'il pourra utiliser, exploiter, et les femmes en particulier. Refusant d'admettre sa médiocrité, il reporte ses échecs sur tous ceux qu'il côtoie. Il se prend pour un homme intelligent capable d'échafauder un crime parfait; pas assez toutefois pour ne pas éviter de se faire arnaquer par moins bête en apparence que lui.
Un grand roman magnifiquement adapté au cinéma par Alain Corneau, sous le titre de Série Noire.
Billet de Wens et claudialucia
Enigme n° 109
Le livre : Jim Thompson : des cliques et des cloaques le film : Alain Corneau : Série noire
Les illustrissimes participants et triomphateurs de ce jeu sont : Aifelle, Asphodèle, Eeguab, Keisha, Miriam, Somaja, Valentyne...
Pour ceux qui ne connaissent pas Un Livre/un film, l'énigme du samedi, je rappelle la règle du jeu.
Wens de En effeuillant le chrysanthème et
moi-même, nous vous proposons, le 1er et le 3ème samedi du mois, et le
5ème pour les mois avec cinq samedis, un jeu sous forme d'énigme qui
unit nos deux passions : La littérature et le cinéma! Il s'intitule : Un livre, Un film. Chez Wens
vous devez trouver le film et le réalisateur, chez moi le livre et
l'auteur. Eeguab ne nous relaiera pas cette année mais nous le
remercions de tout le travail accompli l'année dernière.
Consignes
Vous pouvez donner vos réponses par mail, adresse que vous trouverez
dans mon profil : Qui suis-je? et me laisser un mot dans les
commentaires sans révéler la réponse pour m'avertir de votre
participation. Le résultat de l'énigme et la proclamation des vainqueurs
seront donnés le Dimanche.
Prochain rendez-vous
Donc rendez-vous le premier samedi du mois : Le samedi 3 Avril
Enigme 109
Ecrit par un des plus grands écrivains américains de romans noirs, ce livre paru en 1954 est adapté au cinéma par un réalisateur français. Le titre français est très éloigné du titre américain comme du titre du film. Avec cette oeuvre, l’auteur nous fait descendre dans ce que l’on peut appeler les bas-fonds » de l’âme humaine. Un roman noir archi noir.
Je saute dans ma bagnole, je me mets à galoper en direction de la véranda, et, à ce moment, je la vois. Elle coule un oeil en douce par l’entrebaîllement des rideaux de la porte; l’espace d’un quart de seconde, un éclair illumine la vitre sombre, et ça la fait ressembler à un portrait dans un cadre. Ce n’est d’ailleurs pas joli-joli; question beauté, la fille n’en a pas plus que moi. Et pourtant elle m’attire. le temps de trébucher sur un défaut du ciment et de me rattraper de justesse pour ne pas ramasser un gain, je relève la tête : plus personne; les rideaux ont repris leur position normale.
Aujourd'hui pour ce rendez-vous du printemps des poètes auquel nous vous avons invités Aifelle et moi-même, voici deux chansons insurrectionnelles très belles, très émouvantes, qui me touchent toujours énormément et toujours autant, chaque fois que je les entends.
La chanson de Craonne (Anonyme)
Poilus dans les tranchées (1914_1918)
La Chanson de Craonne (du nom de la commune de Craonne) est une chanson anonyme, chantée par des soldats en 1917. Ce texte traduit le quotidien des tranchées et les états d'âme des Poilus. Il est symptomatique de la lassitude de la guerre et a circulé après l'offensive du général Nivelle qui a envoyé les fantassins se faire tuer au "Chemin des Dames" (147 000 ont été tués et 100 000 blessés). La hiérarchie militaire avait offert un million de francs-or et la démobilisation à toute personne qui dénoncerait l'auteur de la chanson. Le général Pétain nommé en catastrophe un mois après l'offensive, en remplacement du général Nivelle disgracié, a sévèrement réprimé les mutins car sa mission était d'endiguer l'effondrement du moral des soldats. Entre le 16 avril 1917 et le 31 janvier 1919, les Conseils de guerre ont prononcé 629 condamnations à mort dont 75 ont été exécutées, 1381 soldats ont été condamnés à de lourdes peines de prison et 1492 à des peines légères pour un total de 30 000 à 40 000 mutins. Les mutineries avaient éclaté dans 60 des 100 divisions de l'Armée française.(source)
Elle est dérivée d’une valse de 1911, Bonsoir m’amour, écrite par René Le Peltier et Charles Sablon. Une de ses versions est publiée en 1919 par Paul
Vaillant-Couturier sous le titre de Chanson de Lorette (1914_15), texte maintenant connu sous le nom de La chanson de Craonne (1917), reprise par Marc
Ogeret dans l'album "Chansons de Révolte et d'Espoir" en 1974.
Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut en baissant la tête
Refrain :
Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés,
C'est nous les sacrifiés !
Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l’espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu’un qui s’avance,
C’est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe,
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes…
(au refrain)
C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose. Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.
(au refrain)
Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini, car les troufions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau,
Car si vous voulez faire la guerre,
Payez-la de votre peau !
Monsieur le Président je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
je ne veux pas la faire
je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
je m’en vais déserter
Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Qu’elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins
Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens
Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir
S’il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer.
Le printemps des poètes célèbre cette année la poésie insurectionnelle. Pour le rendez vous du jeudi avec Asphodèle, j'ai donc choisi quelques courts extraits de Retour au pays natal de Cézaire. Le poète initiateur avec Senghor de la négritude chante sa révolte pour redonner aux noirs la conscience de leur valeur et de leur dignité et la fierté de leurs racines africaines. Mais le poète épouse toutes les injustices.
Aimé
Césaire(1913-2008)
Des
mots?quand nous manions des quartiers de monde, quand nous
épousons des continents en délire, quand nous forçons de fumantes
portes, des mots, ah oui, des mots ! mais des mots de sang
frais, des mots qui sont des raz-de-marée et des érésipèles et
des paludismes et des laves et des feux de brousse, et des flambées
de chair, et des flambées de villes.
Masque africain
Partir.
Comme
il y a des hommes-hyènes et des hommes- panthères, je serais un
homme-juif un homme-cafre un homme-hindou-de-Calcutta un
homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine,
l'homme-insulte, l'homme-torture on pouvait à n'importe quel
moment le saisir le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer
- sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses
à présenter à personne un homme-juif un homme-pogrom un
chiot un mendigot
mais est-ce qu'on tue le Remords, beau
comme la face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans
sa soupière un crâne de Hottentot?
Un autre Rendez-vous pour le printemps des poètes Demain Vendredi 20 Mars
Avec Aifelle, Ariane, Asphodèle, Claudialucia, Colo, Dominique,
Enitram, Martine Litter'auteurs, Marylin, Miriam, Moglug, Ptit lapin, Somaja, Une comète...
Le Numéro 6 du magazine numérique collectif de Gwenaelle vient de sortir. Je vous invite à aller le voir. Sur le thème Les Iles, il fait la part belle aux îles bretonnes à travers la vision d'artistes, peintre, photographe, écrivain... mais aussi à l'île de Ré en images, à Cuba à travers le grand écrivain Léonardo Padura, au voyage intérieur de Jean Grenier, à la poésie via Les Iles de Calaferte et bien d'autres...
Edito
Concerto de Yves-Marie Péron
Dans la littérature, l’île est synonyme de mystère, de solitude et de dépaysement. Habitée par d’étranges créatures, recelant en son cœur un trésor, ou bien exposant l’imprudent qui s’y est échoué à d’infinis dangers, elle représente ce bout de terre où tout s’arrête et où tout recommence. Elle est, sur les cartes, cette pastille verte cernée d’eau qui oblige l’humain à se con- fronter à lui-même et à l’oubli des siens. Elle est cet espace entre ciel et mer où les cœurs vont se perdre et les esprits se ressourcer. Elle est la nature loin de toute humanité. Havre de paix ou prison exotique, l’île n’en finit pas de nourrir notre imagination et de recueillir en ses grottes profondes nos rêves les plus fous.En ces temps incertains, nous avons sans doute besoin d’une île bien à nous où nous réfugier, nous abriter, nous cacher. Alors embarquez avec nous pour ce voyage vers des îles réelles et des îles rêvées. Un voyage baigné de couleurs océanes et de grand vent, qui pour un temps, vous fera oublier la grisaille quotidienne, le printemps qui tarde et l’incertain demain.
Gwenaëlle Péron
Table des matières
Entre immuable et éphémère 4
Souvenirs de l’île d’Yeu 8
Les îles, de Jean Grenier 13
Sur les chemins et les grèves de l’île de Sein 14
L’île du Point Némo 20
Dans l’île de Ré... 21
Louis Calaferte 26
Léonardo Padura 30
Cuba au fil des romans de Léonardo Padura 31
Les Nouvelles 36
Le Bel Air 37
Troisième caillou après Neptune 41
Quelques images...
Marie Boiseaubert
A la recherche de paysages rudes et arides
en Finistère, je suis arrivée sur l’Ile de Sein en octobre 2013. Depuis la fin de mes études de peinture, je recherche comme source d’inspiration non pas
de grands paysages harmonieux et colorés,
mais plutôt ce qui est moins évident, comme
la multitudes d’éléments se trouvant au sol,
les détails, l’invisible, ce qui est craquelé, fissuré, abimé, fatigué, le désordre, l’abandonné,
les empreintes, les traces, les empilements de
choses oubliées.
Impossible Silence Yves-Marie Péron
L’île comme source inépuisable d’inspiration... C’est ainsi que Ouessant, l’île du début
du monde, a pris une place prépondérante
dans la vie d’Yves-Marie Péron, peintre contemporain dont toute l’œuvre est marquée par
la mer et son environnement changeant.
L'ïle de Ré de Marc Dompnier
Je m’appelle Marc Dompnier, je suis un Haut-Pyrénéen de
36 ans qui s’est mis à la photographie peu après la naissance de son 1er fils, en 2010. Parce que c’est devenu une
passion, j’ai créé un photoblog, La Coquille du Bigorneau,
sur lequel j’ai posté une photo par jour pendant 3 ans et
demi. Ce “travail” m’a permis de m’investir et de progresser
dans cette discipline. Ces photos ont été prises lors d’une semaine de vacances en famille, à la Toussaint 2012, à l'île de Ré.