La Bella Principessa vient compléter les quatre portraits féminins connus de Léonard de Vinci :
lundi 14 mai 2012
Peter Silverman : La Princesse perdue de Léonard de Vinci, Editions Télémaque
La Bella Principessa vient compléter les quatre portraits féminins connus de Léonard de Vinci :
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
dimanche 13 mai 2012
Verlaine Soleils couchants
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s'oublie
Aux soleils couchants.
Et d'étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.
Paul Verlaine (Poèmes saturniens)
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
Un livre:un film, réponse à l'énigme 33 : Ben Jonson, Volpone
La pièce : Ben Jonson : Volpone ou le Renard de Venise
Le film : Joseph Mankiewicz : Honey Pot ou Guêpier pour trois abeilles
Merci à tous et toutes pour votre participation ....
Volpone se situe à Venise d'où les noms italiens de ses personnages qui correspondent tous à des traits particuliers du caractère de chacun : Volpone, riche vieillard dominé par la cupidité, met au point avec son serviteur fidèle, Mosca, une ruse qui consiste à se faire passer pour mourant afin d'attirer chez lui des personnes prêtes à tout pour être couchées sur son testament. Il espère tirer de ces disputes des avantages substantiels. Il ne se trompe pas! Tous ces prétendus amis se pressent autour de sa "future dépouille" pour lui offrir les plus beaux cadeaux, l'un déshérite son fils, l'autre offre sa femme, jusqu'au moment où son subterfuge sera découvert et où justice sera faite. Mais n'allez pas attendre surtout que la justice soit... juste!
Les noms des personnages
Volpone : renard en italien
Mosca : mouche, le valet
Voltore : vautour, un avocat
Corbaccio : corneille, un vieux gentilhomme
Corvino : corbeau, un marchand
Bonario : fils de Corbaccio
Sir Politick Haspir : chevalier
Lady Haspir : femme de sir Politick
Celia : femme de Corvino
On le voit sous couvert du rire, la pièce est assez sombre puisqu'elle révèle les pires aspects de l'âme humaine. Devant l'appât de l'or, tous ces personnages se comportent comme des rapaces, des animaux nécrophages, qui oublient tout sentiment humain, amitié, amour paternel ou conjugal, respect des autres et de soi-même! En plaçant l'intrigue de la pièce à Venise, on peut penser que Ben Jonson décrit la société décadente de la ville italienne. Nul doute pourtant qu'il observe sa propre société et, au-delà, la nôtre car l'être humain change peu d'un siècle à l'autre! D'où l'universalité de cette pièce que l'on peut jouer en costumes d'époques ou contemporains.
La pièce a été traduite par Stefan Zweig et Jules Romanis et mise ens cène par Jacques Dullin en 1928, ce qui la fait connaître. Elle a été adaptée une première fois au cinéma par Maurice Tourneur en 1941 qu e je n'ai jamais vu! Et pourtant quelle distribution brillante!
Quand Mankievitcz s'empare du sujet c'est pour en faire une transposition. Nous restons à Venise (belles petites promenades extérieures sur la place San Marco et les canaux) dans un riche palais vénitien et Rex Harrison prête sa classe au personnage de Volpone, Cliff Robertson à Mosca. Tous deux forment un duo de taille égale. Comme toujours dans Mankievicz, la pièce est mise en abyme, théâtre dans le théâtre, ce qui nous introduit dans l'histoire avec la représentation d'une scène de Ben Jonson à la Fenice. ( Et oui, rien que ça!)
Mais les trois rôles masculins de la pièce de Ben Jonson, Corbaccio, Corvino et Voltore, sont tenus par des femmes, les anciennes maîtresses de Volpone dont il espère bien tirer quelques profits.
J'aimerais bien un jour voir une représentation de la pièce en costumes d'époque, ne serait-ce que pour le plaisir de la reconstitution des costumes et des décors! Ce que j'ai vu l'année dernière au festival, n'est pas classique. Les personnages ne sont pas cachés sous de beaux habits, n'ont pas l'élégance et la prestance d'un Harrison ou de Robertson. Ils nous apparaissent dans toute leur horreur, affreux, sales et méchants, pour reprendre un titre célèbre, et le spectateur les voit tels qu'ils sont et non tels qu'ils voudraient paraître!
Avec cette pièce, Ben Jonson, le rival de Shakespeare, nous fait rire, en effet, mais il s'attaque avec férocité aux travers des hommes, aux riches cupides et avides, à la justice qui donne raison à ceux qui ont le pouvoir et l'argent. Il peint aussi la condition de la femme enfermée chez elle, surveillée par un mari jaloux et finalement prostituée à son avidité.
Le seul Volpone que je connaissais avant d'assister à la représentation de la pièce par la Fox Compagnie, est celui incarné -et avec quelle classe- non au théâtre mais à l'écran par l'inimitable, l'élégant, Rex Harrisson dans un film de Mankiewicz. Encore s'agissait-il d'une transposition intitulée Guêpier pour trois abeilles. Rex Harrisson y campait le rôle d'un certain Mr Fox, filou et retors à souhait, mais grand seigneur méchant à homme, à la façon du Dom Juan de Molière.
Le parti pris des metteurs en scène de la Fox Cie est tout le contraire! Volpone nous apparaît, au physique et au moral, comme repoussant, torse nu, pantalon à carreaux à bretelles, prompt à jouer de la braguette avec les femmes de chambre ou tout jupon qui passe. Le maquillage accentue ce côté repoussoir, les yeux rouges comme ceux.. d'un loup ou d'un chien enragé ... ou d'un renard! Il est affreux et digne des monstres de la comédie à l'italienne de Monicelli, Comencini, Scola. Il en est ainsi des autres personnages dont les visages soulignés par traits noirs et les costumes insistent sur leur appartenance à la gent animale plutôt qu'humaine, corneille (Corvino), vautour, (Voltore) corbeau (Corbaccio), mouche (Mosca).. Excellente idée, aussi, d'avoir utilisé des marionnettes pour interpréter le rôle des juges. Les soubrettes portent d'impressionnants masques humains mais figés qui leur enlèvent tout humanité, esclaves des désirs de leur maître. Tout ce beau monde évolue autour d'un décor pivotant, sorte de cube dont les faces permettent le changement de lieu. Les jeux de scène des acteurs, d'ailleurs fort bons, s'organisent autour de ce dispositif scénique et jouent sur le côté farce, accentuant la bouffonnerie. Ce choix de mise en scène réussi met en valeur la concupiscence, l'avarice, la bassesse de ces hommes qui sont prêts pour obtenir l'héritage de Volpone, à vendre leur femme, à déshériter leur fils.
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
samedi 12 mai 2012
Antonio Altabirra/ Kim : L'art de voler
Antonio Altabirra part d'un fait réel : Un homme de 90 ans se jette du quatrième étage d'une maison de retraite. Oui mais ce vieillard, c'est son père, un autre lui-même. Altabirra nous raconte alors la vie de son père, Antonio, et son enfance pauvre dans un petit village rural d'Aragon, comment il s'arrache à cette vie âpre de petit paysan attaché à son lopin pour la misère de la grande ville, pris ensuite dans l'engrenage de la guerre civile qui l'oblige à choisir son camp. Lui qui refuse de tuer et feint d'être un mauvais tireur s'engage alors dans l'armée anarchiste où il devient chauffeur. De quoi lui rappeler ses jeunes années quand il pilotait une automobile en bois et s'envolait en rêve avec elle dans le ciel....
Oui, mais le rêve n'est pas pour des gens comme Antonio. Ce roman raconte, à travers l'histoire individuelle, la vie brisée de toute une génération d'espagnols jetés dans la guerre civile, du côté des perdants... Ces "soldats de Salamine" dont parle Javier Cercas dont les déchirements ne s'arrêtent pas avec la fin de la guerre civile mais continuent en France où ils sont parqués dans des camps. Enrôlés dans une autre guerre et, malgré la part qu'ils ont pris dans la résistance, poussés par la xénophobie française à revenir en Espagne après 1945, malgré le franquisme. Ils n'ont jamais connu la liberté.
Le personnage d' Antonio est un homme sympathique avec ses défauts et ses faiblesses. Il devra faire des compromis et mettre ses idées sous éteignoir pour faire vivre sa famille. Mais il n'abandonne jamais complètement ses rêves de liberté. Qu'il les réalise en se jetant d'une fenêtre de sa maison de retraite où il est encore traité comme un prisonnier en dit long sur ce qu'a été sa vie! Nous sommes aussi touchés par la tendresse et l'admiration que l'écrivain porte à son père. D'où la totale empathie que nous éprouvons envers ce personnage hors du commun.
Quant au graphisme de Kim qui m'avait d'abord peu attirée, voilà qu'en me penchant sur ces petites images, je suis entrée entièrement dans ce monde, prêtant attention aux détails révélateurs des sentiments des personnages, à la reconstitution historique précise. Mes préjugés sont tombés. L'aspect miniature du dessin nous oblige à être près des gens, de leur misère, de la violence autour d'eux. D'où la totale empathie que nous éprouvons envers eux. Nous faisons partie du décor et comme il est bien sombre nous en ressortons avec le coeur serré!
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
Un livre/Un film : Enigme 33
Wens de En effeuillant le chrysanthème et moi-même, nous vous proposons, le samedi, un jeu sous forme d'énigme qui unit nos deux passions : La littérature et le cinéma! Il s'intitule : Un livre, Un film.
Chez Wens vous devez trouver le film et le réalisateur, chez moi le livre et l'auteur.
Consignes : Vous pouvez donner vos réponses par mail que vous trouverez dans mon profil : Qui êtes-vous? et me laisser un mot dans les commentaires sans révéler la réponse pour m'avertir de votre participation. Le résultat de l'énigme et la proclamation des vainqueurs seront donnés le Dimanche.
Le serviteur :
- Holà, monsieur! Mais qu’est-ce que vous faites? Il est bientôt dix heures et (...) l’avocat, piaffe dans votre anti-chambre.
Le maître:
- Déjà! (s’adressant à ses deux magnifiques servantes) : Vite, vite, décampez, vous autres ! Allez me chercher ma robe, ma fourrure, mon bonnet de nuit… (elles sortent) (au serviteur) dis-lui qu’on change mes draps. Fais-le attendre. (le serviteur sort) Ah! voilà que mes clients commencent leurs visites. Vautour, milan, corbeau, tous mes oiseaux de proie arrivent qui me prennent déjà pour une carcasse. Mais je ne suis pas encore à eux.
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
jeudi 10 mai 2012
Des mots/ une histoire : Nina, Jeneen & Syl, Olivia, Somaja
Colin Firth
Nina, Jeneen & Syl, Olivia, Somaja
Et moi, ensoleillée, surprise et pas jalouseJe prends de l'altitude et dans ma solitude
Je contemple, inquiète, de ma tour abolie
Grandir la Pyramide sur ma messagerie.
Et sans parcimonie et sans diplomatie
Nina, Jeneen & Syl, Olivia, Somaja
Eiluned et j'en passe...
me bombardent en choeur de papiers assassins
Et laissant résonner les cloches de l'église
Et glanant sur leur faux tous ces noms Inspirants
Et révélant ainsi leur identité vraie
M'envoient en avalanche du haut de leurs vacances
Croquis d'éphèbes nus enroulés dans le lierre,
Photos d'Armitounet*, d'éventails en autruche
Et Colin Firth, Liam, Tony, Ruppert and cie
Et d'escarpins futiles, impures vocations!
Doux délires et victoire de leur jeunesse folle
Nina, Jeneen & Syl, Olivia, Somaja
Eiluned et j'en passe...
Pardonnez-moi en choeur mes rires et cancanages! **
* pour les ignorant(e)s Armitounet = Armitage
** si c'est possible.. et Nina, Jeneen & Syl, Olivia, Somaja, Eiluned et j'en passe... continuez à m'envoyer vos délires, cela me fait rire!
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
Pauline Klein : Alice Kahn
Après, il faudra prendre un autre rendez-vous… Il faut tenir le rôle par petites parcelles qu'il mettra bout à bout, William, puisque c'est son nom et, de ces segments collés ensemble, il fera quelque chose de moi, comme on fabrique un personnage avec des allumettes, en attendant de mettre le feu à l'échafaudage.
William est photographe : Son travail consiste à faire disparaître l'oeuvre photographique au profit du modèle. L'Anna qu'il voit devant lui se superpose à l'image qu'il se faisait d'elle. Chacun, à sa manière, va donc être créateur d'une femme qui ne vit que dans leur imaginaire.
Quant à la narratrice, elle existe désormais en double et peut-être en triple! En tant qu'elle-même, elle est cette enfant dont le père est parti après l'avoir rejetée violemment et qui s'est suicidé. Elle s'est créé un père imaginaire, parfait, bien sûr, tant qu'à faire! En tant qu'Anna, elle s'invente un travail, des goûts, une personnalité. Enfin, puisque qu'on lui demande quel photographe elle aime, elle "fabrique"Alice Kahn, une artiste qui va prendre vie grâce à elle.
Alice Kahn, est le premier roman de Pauline Klein qui a travaillé dans le milieu de l'art, en particulier dans une galerie à New York. Ne vous attendez pas à une narration classique avec histoire d'amour à l'appui. Il s'agit plutôt d'une réflexion sur l'identité, sur l'art, sur la création en général.
Alice Kahn crée de l'art à partir de rien. Un jour, elle entre au Musée de l'Art romantique avec un petit portrait encadré qu'elle dépose au milieu d'autres objets authentiques du musée. Je le regarde s'habituer et s'adapter à son nouveau milieu… Puis elle reprend le petit cadre en prenant bien soin d'être vue par le gardien : Le vigile s'avance rapidement vers moi avec son mauvais regard, demande que je repose l'objet immédiatement, c'est écrit juste là : "ne pas toucher". Mon petit portrait fait maintenant partie de l'exposition.
Le milieu artistique y est décrit de même que le snobisme des prétendus "connaisseurs" : ainsi tout le monde feint d'apprécier l'oeuvre d'Alice Kahn lorsque Anna en parle sans savoir qu'elle n'existe pas! William, quant à lui, dénonce le marché de l'art qui n'a plus rien d'authentique :
Je vais te dire, les mecs qui s'y connaissent soi-disant, il sont juste bons à dépenser leur fric dans des trucs conceptuels auxquels ils ne comprennent rien pour avoir l'impression de faire partie d'un club…
On lit ce qu'on nous donne à lire, et on bouffe ce qu'on nous donne à bouffer. C'est pareil pour l'art, on n'a pas le choix que ce qu'on nous donne à voir.
Curieux petit livre que je ne comprends pas entièrement et qui est assez étrange et déstabilisant de prime abord. L'effet de surprise dissipé, je cherche le sens et je crois le trouver dans cette phrase :
Une image dans un cadre dont je suis spectatrice, et que je pourrais raconter, comme on raconte un rêve, à d'autres gens qui souriront, ou pas d'ailleurs, et me donneront leur interprétation, bonne ou mauvaise.
Et si en fait, nous dit l'auteur, le monde n'était qu'une image? Et si en fait, être artiste mais aussi écrivain, c'est se trouver là pour le regarder et semer des petits cailloux en rassemblant des hasards pour en faire du sens!*
Je passe inaperçue, mais je dépose des traces de ma présence. Je vis pour me souvenir de mes moments d'absence.
Voir le billet de George
* interview de l'écrivain
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
mercredi 9 mai 2012
Audur Ava Olafsdottir : Rosa candida
Le jeune Arnljotur va quitter sa maison et l'Islande, pour être jardinier dans un pays éloigné où il aura à remettre en état un jardin et une roseraie magnifiques, célèbres par leur beauté, mais partiellement abandonnés depuis des années. Il laisse son père, très âgé et un peu dépassé, son frère jumeau autiste. Sa mère vient de mourir d'un accident de voiture, cette mère qu'il aimait tant et avec qui il partageait un même amour pour le jardinage et leur serre. Il laisse aussi une petite fille, bébé née d'une nuit d'amour rapide et sans suite, avec Anna qu'il connaissait à peine. Arnjoltur emporte avec lui - des boutures de Rosa Candida, une rose à huit pétales, pour les transplanter dans son jardin du bout du monde. Le récit raconte son voyage, ses rencontres, puis son installation dans ce village pittoresque au pied du monastère où Arnjoltur va travailler. Il ne sait pas encore que Anna et son bébé vont venir le rejoindre. …
Quel livre agréable ce Rosa Candida, à lire comme une friandise qui fait du bien, comme une bulle de douceur et de tendresse dans un monde qui ne l'est pas tellement!
Ce qui fait l'intérêt du roman, ce sont les personnages attachants comme le jeune Arnljotur qui est à peine sorti de l'adolescence et déjà père, bien qu'il ne réalise pas très bien ce que cela signifie.
On pense à la mort. Quand on a un enfant, on sait qu'on mourra un jour.
Ses rapports avec les autres, sa manière d'envisager la vie, et d'assumer sa paternité, avec sérieux et gravité mais aussi avec naïveté et juvénilité, en fait un personnage charismatique et sympathique. D'autres personnages sont parfois un peu décalés voire déroutants, mais toujours très humains. Ainsi le père de Anrljodur, très âgé, au vocabulaire désuet, aux idées surannées, qui apprend à cuisiner à partir des recettes de sa femme pour continuer à vivre avec elle et parler d'elle à son fils. Ainsi ce vieux moine, le frère Thomas, un peu porté sur la bouteille, mais très attentif aux autres, qui puise les conseils et le réconfort qu'il apporte à Arnljotur non pas seulement dans la Bible mais aussi, en cinéphile averti, dans les films! Ceux-ci n'ont-ils pas réponse à tout?
On regardera Le Septième sceau demain soir, dit-il, comme ça on pourra continuer avec la mort.
Et Arnljotur a bien besoin de ce père spirituel, lui qui se pose tant de questions sur la mort, sur le sexe.
"Que veux-tu dire quand tu prétends penser continuellement à la mort?
- Comme ça, de sept à onze fois par jour - ça dépend des jours. Le plus, c'est tôt, le matin, quand je viens d'arriver au jardin, et puis tard le soir, dans mon lit." (…)
Je m'attends plus ou moins à ce qu'il me demande combien de fois je pense au corps et au sexe.(…)
S'il m'avait interrogé sur les plantes, la réponse aurait été la même. Je pense autant aux plantes qu'au sexe et qu'à la mort.
J'ai beaucoup aimé aussi les passages où le jeune homme parle de l'Islande à une étrangère. Comment décrire son pays, en effet, quand on a très peu de vocabulaire. Il faut trouver des équivalences et la beauté de ce pays renaît sous les mots du jeune islandais qui devient poète :
Je trouve qu'il est important que cette jeune fille étrangère - je dis jeune fille comme mon vieux père- se représente une plage de sable vaste et déserte, sans aucune trace de pas, et puis rien d'autre que la mer sans fin avec, peut-être, la crête des vagues qui écume au loin et puis le ciel infini par dessus. Je dis infini deux fois de suite parce que j'ai envie de lui faire comprendre ce que c'est de poser le pied dans aucune trace, d'aucun homme sur le sable noir de la grève…
Et c'est peut-être ce regard de poète qui donne au roman son charme, sa drôlerie, son étrangeté. Mais si l'écrivaine adopte un parti pris résolument optimiste (trop, diront certains!) elle ne tombe jamais dans la mièvrerie. Un roman charmant.
Editions Zulma : Rosa candida
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
mardi 8 mai 2012
David Lodge : La Vie en sourdine
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
lundi 7 mai 2012
La Liseuse de Paul Fournel
Un jour, Valentine, jeune stagiaire, entre chez lui et lui apporte une liseuse, un des ces instruments modernes, un e-Book, un I-pad, ou l'on ne sait quoi, dans lequel on peut enregistrer tous les manuscrits. L'éditeur, sceptique, interroge la jeune fille :
-Et j'avance comment?
- On tourne les pages dans le coin d'en bas avec le doigt.
-Comme un bouquin?
-Oui, c'est le côté ringard du truc. Une concession pour les vieux. Quand on ne se souviendra plus des livres, on se demandera bien pourquoi on avance comme ça.
Le ton est donné, vous l'avez compris, ce roman est plein d'humour et chaque page est un petit délice à croquer avec gourmandise! Si Robert Dubois représente la vieille génération, celle du papier, des amoureux des livres, et s'il se méfie de cet objet dangereux, la liseuse, surtout quand il s'endort dans sa lecture et qu'elle le blesse au nez, il n'est pas passéiste pour un sou! Désormais, c'est muni d'une liseuse, et donc léger, que Dubois part en week end dans sa maison de campagne avec Adèle, son épouse, pour lire des manuscrits. Et comme Robert Dubois a un esprit ouvert et qu'il aime la jeunesse, il aide Valentine et ses copains, tous stagiaires chez lui, à créer une maison d'édition en utilisant ces nouvelles technologies. Et des idées, ces jeunes de la nouvelle génération n'en manque pas! Cela donne lieu à des situations hilarantes comme lorsque Valentine apprend à Robert Dubois que Le Clezio a accepté de les aider en écrivant pour eux. Stupeur de Dubois qui interroge, sidéré :
-Le Clézio?
-Oui, le Clézio, le beau monsieur écrivain qui a gagné le prix Nobel. Le Mauricien blond.
- Comment tu as eu Le Clézio?
- Je lui ai demandé un rendez-vous, je l'ai rencontré, je lui ai demandé ce que je voulais. Il a réfléchi un moment. Il m'a dit oui….
Un culot d'autant plus amusant que la même Valentine, par contre, meurt de peur quand il s'agit de parler pour la première fois à une jeune écrivaine dont elle a aimé le livre, un premier. Pleine de trac, elle interroge son patron :
-Bon, je vais téléphoner. Comment on s'adresse aux auteurs?
-Par leur nom. Globalement, ce sont des êtres humains.
De l'humour, oui, mais pas seulement, Paul Fournel nous montre aussi les coulisses de l'Edition où l'aspect financier prime désormais, bien souvent, sur d'autres considérations et surtout sur celles de qualité et d'authenticité. Le nouveau directeur de la maison d'édition, Meunier, est un gestionnaire, pragmatique. Son but, faire entrer de l'argent! L'édition devient un marché comme les autres. La guerre entre les maisons d'édition, les intrigues pour passer à la télévision, dans les émissions littéraires, les jalousies, l'égo malmené des écrivains, tout n'est pas rose dans ce milieu et les coups bas ne sont pas rares. La médiocrité y règne parfois en maître. Et un certain pessimisme pointe sous la désinvolture apparente. Un jour Dubois se trouve dans une librairie, quelqu'un s'approche de lui et lui pose cette question qui sonne comme un glas :
Vous n'êtes pas Robert Dubois, le vieil éditeur?
Et puis il y a des moments graves, la vie… et la mort. Car c'est de cela qu'il est question! Elle survient, ici, sournoise, alors que l'on ne l'attend pas et pourtant l'on s'aperçoit qu'elle était là, bien (trop) présente. Mais heureusement, il y a les livres, ceux que l'on a toujours voulu lire, les grands, les universels, ceux qui aident à vivre, un rempart contre le malheur et la solitude, car être vivant, c'est lire! :
Et lorsque j'aurais terminé la lecture du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut la peine d'être lue.
Avec La liseuse, Paul Fournel a écrit un bel hymne à la littérature que tous les amoureux des livres devraient apprécier. Un bon roman!
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
dimanche 6 mai 2012
Un livre/Un film : Réponse à l'énigme N° 32 : La jeune fille et la perle : Vermeer, Tracy Chevalier, Proust

_-_The_Girl_With_The_Pearl_Earring_(1665)-1.jpg)
Le film : Peter Webber : La jeune fille à la perle
Merci à tous et toutes pour votre participation ....
1664 : Le père de Griet est ouvrier dans une fabrique de faïence mais il perd la vue dans un accident de travail et ne peut subvenir aux besoins de sa famille et de ses trois enfants. Griet s'engage comme servante chez les Vermeer. Commence alors une dure vie de labeur dans cette famille de six enfants. Mais la découverte de l'atelier de Vermeer, où elle doit faire le ménage sans déplacer un objet la remplit d'aise. En faisant le marché, elle fait connaissance d'un jeune boucher Pieter qui voudrait bien l'épouser. Bientôt, elle apprend que la peste sévit dans le quartier où habitent ses parents mais sa maîtresse ne lui donne pas l'autorisation de les rejoindre. Sa petite soeur Agnès meurt.
1665 : Chez les Vermeer, le peintre demande de plus en plus son aide à Griet car elle manifeste un goût esthétique sûr et a le sens des couleurs. Il lui apprend à préparer les piments.. L'admiration, la complicité et bientôt l'amour platonique mais non dépourvu de sensualité qu'elle porte à son maître lui permet de supporter les difficultés de la vie et ces instants passés avec lui deviennent une trouée de beauté dans la grisaille de son existence. Cela lui permet de repousser sans se plaindre les avances brutales de Van Ruijven, le commanditaire de Vermeer, les méchancetés de Cornélia, la deuxième fille du maître.
1666 : Vermeer peint le portrait de la jeune fille en cachette de sa femme, Catherina, et lui fait porter ses perles avec la complicité de Maria-Thins, la mère de Catherina. Cette dernière, jalouse, chasse Griet qui perd sa place sans que le maître fasse un geste en sa faveur.
1667: Griet à épousé Pieter. Après la mort de Vermeer, elle retourne retourne chez lui. Il lui a légué les perles par testament. Griet vend les perles et avec l'argent paie les dettes de son maître.
Un roman historique : Tracy Chevalier s'est largement documentée sur la vie et l'oeuvre de Vermeer mais aussi sur la société du XVII ème siècle à Delft.
La ville est alors un ville riche qui vit du commerce de la faïence. Ceci est représenté dans le roman par le carreau de faïence que son père donne à Griet quand elle quitte la maison. Les ouvriers sont pauvres malgré un dur travail. La journée commence à l'aurore et se termine si tard que le père, épuisé, n'a plus le courage de manger quand il rentre chez lui.Ses bras sont marqués par les brûlures occasionnées par les fours. Lorsque le père a un accident de travail et qu'il ne peut plus travailler, la famille sombre dans la misère malgré une aide - trop insuffisante- de la Guilde. Griet explique qu'ils n'ont pas mangé de viande depuis des mois.
Tracy Chevalier sait aussi faire vivre la ville Delft, animer les rues, les marchés,
La ville est partagée entre deux communautés religieuses. L'une dominante, les protestants, l'autre minoritaire, les catholiques, peu nombreux et seulement tolérés dans la ville. Cela va poser bien des problèmes à Griet qui est protestante et vivre dans une maison catholique l'inquiète. Le tableau représentant le Christ en Croix entouré de la Vierge et des saints, qui orne la salle, la sidère.
Le film
Si la vision historique et sociale est réussie dans le roman, le film l'est tout autant de ce point de vue. Les images nous font pénétrer dans des tableaux vivants et surtout dans les intérieurs des peintures de Vermeer. Les lumières, les couleurs sont splendides et font de ce film un enchantement, imitation parfaite de l'atmosphère du Maître.
Il est dommage que le réalisateur sacrifie les personnages secondaires des enfants à quelques exceptions prêts. A part Cornélia qui a un rôle important, on n'aperçoit et on entend que très peu les autres. Ils auraient pu constituer un second plan qui aurait donné vie et authenticité à la maison de Vermeer doté de six enfants. Ce n'est pas rien! Tracy Chevalier, elle, a eu le talent de les faire vivre par petites touches de manière à ce qu'ils fassent un contrepoint discret mais permanent au récit.
Une histoire d'amour douloureuse et un roman d'initiation
Griet la narratrice est aussi le personnage principal. Si elle a beaucoup de bon sens, est sérieuse et minutieuse et est habituée au travail domestique chez sa mère, elle n'en est pas moins une très jeune fille, inexpérimentée. Elle n'a jamais quitté sa famille et la séparation est difficile. Elle a seulement 16 ans. Naïve, spontanée, elle ne sait pas cacher ses sentiments. Dotée d'un solide sens moral et de principes, elle va vite perdre ses illusions sur la société. L'apprentissage qu'elle va recevoir chez Vermeer, n'est pas seulement celui du travail. Elle y apprend aussi l'humiliation, les violences quand elle doit se défendre des agressions de Van Ruiyven. Elle apprend aussi quelle est sa place : au bas de l'échelle sociale. Elle comprend que, servante, elle n'a droit à aucune considération. Son maître, même s'il est troublé par sa beauté, même si elle le surprend par son intelligence et sa sensibilité, l'utilise, la manipule. Il n'hésite pas à la sacrifier à sa femme lorsque le tableau est terminé. Griet s'enfuit de cette maison, C'est une expérience qui la marque pour la vie. Lorsqu'elle a vendu les perles et payé les dettes du Maître, Griet conclut par cette phrase désenchantée :
J'ai beaucoup moins aimé Colin Firth (que les fans de l'acteur me le pardonne... si c'est possible) dans le rôle de Vermeer. Il n'y aucune évolution dans son jeu. Du début à la fin, il joue ce rôle d'homme accablé, renfrogné, au regard vaguement neurasthénique. Son visage est peu expressif.
Un hommage à la peinture de Vermeer
Tracy Chevalier fait allusion à plusieurs tableaux de Vermeer.
La laitière :
La femme à l'aiguière que Griet appelle la fille du boulanger ; celle-ci à froid pendant les poses et Griet doit aller lui chercher une chaufferette. C'est le tableau que Vermeer est en train d'exécuter lorsqu'il demande à Griet quelle est la couleur des nuages.
* d'après un article de Michel Daubert
Lorsque Griet, à la demande de son maître, regarde dans la boîte noire :
Je respirai à peine puis d'un geste rapide, je tirai sur le devant de la nappe bleue, donnant ainsi l'impression qu'elle sortait de l'ombre, puis j'en rabattis un pan, dégageant un angle de table devant le coffret à bijoux. j'arrangeai les plis, puis je reculai pour voir l'effet produit. L'étoffe ainsi pliée suivait la forme du bras tenant la plume.
Marcel Proust et Johannes Vermeer
"Enfin il fut devant le Ver Meer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique*, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné la première pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. » Il se répétait : « Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune. » Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit : « C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien. » Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes, les expériences spirites pas plus que les dogmes religieux n'apportent de preuve que l'âme subsiste. Ce qu'on peut dire, c'est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d'obligations contractées dans une vie antérieure ; il n'y a aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l'artiste athée à ce qu'il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l'admiration qu'il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. Toutes ces obligations qui n'ont pas leur sanction dans la vie présente semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d'y retourner, revivre sous l'empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l'enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées, ces lois dont tout travail profond de l'intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement - et encore ! - pour les sots. De sorte que l'idée que Bergotte n'était pas mort à jamais est sans invraisemblance.
On l'enterra, mais toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées, ses livres, disposés trois par trois, veillaient comme des anges aux ailes éployées et semblaient pour celui qui n'était plus, le symbole de sa résurrection.
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!







































