mardi 8 mai 2012
David Lodge : La Vie en sourdine
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
lundi 7 mai 2012
La Liseuse de Paul Fournel
Un jour, Valentine, jeune stagiaire, entre chez lui et lui apporte une liseuse, un des ces instruments modernes, un e-Book, un I-pad, ou l'on ne sait quoi, dans lequel on peut enregistrer tous les manuscrits. L'éditeur, sceptique, interroge la jeune fille :
-Et j'avance comment?
- On tourne les pages dans le coin d'en bas avec le doigt.
-Comme un bouquin?
-Oui, c'est le côté ringard du truc. Une concession pour les vieux. Quand on ne se souviendra plus des livres, on se demandera bien pourquoi on avance comme ça.
Le ton est donné, vous l'avez compris, ce roman est plein d'humour et chaque page est un petit délice à croquer avec gourmandise! Si Robert Dubois représente la vieille génération, celle du papier, des amoureux des livres, et s'il se méfie de cet objet dangereux, la liseuse, surtout quand il s'endort dans sa lecture et qu'elle le blesse au nez, il n'est pas passéiste pour un sou! Désormais, c'est muni d'une liseuse, et donc léger, que Dubois part en week end dans sa maison de campagne avec Adèle, son épouse, pour lire des manuscrits. Et comme Robert Dubois a un esprit ouvert et qu'il aime la jeunesse, il aide Valentine et ses copains, tous stagiaires chez lui, à créer une maison d'édition en utilisant ces nouvelles technologies. Et des idées, ces jeunes de la nouvelle génération n'en manque pas! Cela donne lieu à des situations hilarantes comme lorsque Valentine apprend à Robert Dubois que Le Clezio a accepté de les aider en écrivant pour eux. Stupeur de Dubois qui interroge, sidéré :
-Le Clézio?
-Oui, le Clézio, le beau monsieur écrivain qui a gagné le prix Nobel. Le Mauricien blond.
- Comment tu as eu Le Clézio?
- Je lui ai demandé un rendez-vous, je l'ai rencontré, je lui ai demandé ce que je voulais. Il a réfléchi un moment. Il m'a dit oui….
Un culot d'autant plus amusant que la même Valentine, par contre, meurt de peur quand il s'agit de parler pour la première fois à une jeune écrivaine dont elle a aimé le livre, un premier. Pleine de trac, elle interroge son patron :
-Bon, je vais téléphoner. Comment on s'adresse aux auteurs?
-Par leur nom. Globalement, ce sont des êtres humains.
De l'humour, oui, mais pas seulement, Paul Fournel nous montre aussi les coulisses de l'Edition où l'aspect financier prime désormais, bien souvent, sur d'autres considérations et surtout sur celles de qualité et d'authenticité. Le nouveau directeur de la maison d'édition, Meunier, est un gestionnaire, pragmatique. Son but, faire entrer de l'argent! L'édition devient un marché comme les autres. La guerre entre les maisons d'édition, les intrigues pour passer à la télévision, dans les émissions littéraires, les jalousies, l'égo malmené des écrivains, tout n'est pas rose dans ce milieu et les coups bas ne sont pas rares. La médiocrité y règne parfois en maître. Et un certain pessimisme pointe sous la désinvolture apparente. Un jour Dubois se trouve dans une librairie, quelqu'un s'approche de lui et lui pose cette question qui sonne comme un glas :
Vous n'êtes pas Robert Dubois, le vieil éditeur?
Et puis il y a des moments graves, la vie… et la mort. Car c'est de cela qu'il est question! Elle survient, ici, sournoise, alors que l'on ne l'attend pas et pourtant l'on s'aperçoit qu'elle était là, bien (trop) présente. Mais heureusement, il y a les livres, ceux que l'on a toujours voulu lire, les grands, les universels, ceux qui aident à vivre, un rempart contre le malheur et la solitude, car être vivant, c'est lire! :
Et lorsque j'aurais terminé la lecture du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut la peine d'être lue.
Avec La liseuse, Paul Fournel a écrit un bel hymne à la littérature que tous les amoureux des livres devraient apprécier. Un bon roman!
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
dimanche 6 mai 2012
Un livre/Un film : Réponse à l'énigme N° 32 : La jeune fille et la perle : Vermeer, Tracy Chevalier, Proust

_-_The_Girl_With_The_Pearl_Earring_(1665)-1.jpg)
Le film : Peter Webber : La jeune fille à la perle
Merci à tous et toutes pour votre participation ....
1664 : Le père de Griet est ouvrier dans une fabrique de faïence mais il perd la vue dans un accident de travail et ne peut subvenir aux besoins de sa famille et de ses trois enfants. Griet s'engage comme servante chez les Vermeer. Commence alors une dure vie de labeur dans cette famille de six enfants. Mais la découverte de l'atelier de Vermeer, où elle doit faire le ménage sans déplacer un objet la remplit d'aise. En faisant le marché, elle fait connaissance d'un jeune boucher Pieter qui voudrait bien l'épouser. Bientôt, elle apprend que la peste sévit dans le quartier où habitent ses parents mais sa maîtresse ne lui donne pas l'autorisation de les rejoindre. Sa petite soeur Agnès meurt.
1665 : Chez les Vermeer, le peintre demande de plus en plus son aide à Griet car elle manifeste un goût esthétique sûr et a le sens des couleurs. Il lui apprend à préparer les piments.. L'admiration, la complicité et bientôt l'amour platonique mais non dépourvu de sensualité qu'elle porte à son maître lui permet de supporter les difficultés de la vie et ces instants passés avec lui deviennent une trouée de beauté dans la grisaille de son existence. Cela lui permet de repousser sans se plaindre les avances brutales de Van Ruijven, le commanditaire de Vermeer, les méchancetés de Cornélia, la deuxième fille du maître.
1666 : Vermeer peint le portrait de la jeune fille en cachette de sa femme, Catherina, et lui fait porter ses perles avec la complicité de Maria-Thins, la mère de Catherina. Cette dernière, jalouse, chasse Griet qui perd sa place sans que le maître fasse un geste en sa faveur.
1667: Griet à épousé Pieter. Après la mort de Vermeer, elle retourne retourne chez lui. Il lui a légué les perles par testament. Griet vend les perles et avec l'argent paie les dettes de son maître.
Un roman historique : Tracy Chevalier s'est largement documentée sur la vie et l'oeuvre de Vermeer mais aussi sur la société du XVII ème siècle à Delft.
La ville est alors un ville riche qui vit du commerce de la faïence. Ceci est représenté dans le roman par le carreau de faïence que son père donne à Griet quand elle quitte la maison. Les ouvriers sont pauvres malgré un dur travail. La journée commence à l'aurore et se termine si tard que le père, épuisé, n'a plus le courage de manger quand il rentre chez lui.Ses bras sont marqués par les brûlures occasionnées par les fours. Lorsque le père a un accident de travail et qu'il ne peut plus travailler, la famille sombre dans la misère malgré une aide - trop insuffisante- de la Guilde. Griet explique qu'ils n'ont pas mangé de viande depuis des mois.
Tracy Chevalier sait aussi faire vivre la ville Delft, animer les rues, les marchés,
La ville est partagée entre deux communautés religieuses. L'une dominante, les protestants, l'autre minoritaire, les catholiques, peu nombreux et seulement tolérés dans la ville. Cela va poser bien des problèmes à Griet qui est protestante et vivre dans une maison catholique l'inquiète. Le tableau représentant le Christ en Croix entouré de la Vierge et des saints, qui orne la salle, la sidère.
Le film
Si la vision historique et sociale est réussie dans le roman, le film l'est tout autant de ce point de vue. Les images nous font pénétrer dans des tableaux vivants et surtout dans les intérieurs des peintures de Vermeer. Les lumières, les couleurs sont splendides et font de ce film un enchantement, imitation parfaite de l'atmosphère du Maître.
Il est dommage que le réalisateur sacrifie les personnages secondaires des enfants à quelques exceptions prêts. A part Cornélia qui a un rôle important, on n'aperçoit et on entend que très peu les autres. Ils auraient pu constituer un second plan qui aurait donné vie et authenticité à la maison de Vermeer doté de six enfants. Ce n'est pas rien! Tracy Chevalier, elle, a eu le talent de les faire vivre par petites touches de manière à ce qu'ils fassent un contrepoint discret mais permanent au récit.
Une histoire d'amour douloureuse et un roman d'initiation
Griet la narratrice est aussi le personnage principal. Si elle a beaucoup de bon sens, est sérieuse et minutieuse et est habituée au travail domestique chez sa mère, elle n'en est pas moins une très jeune fille, inexpérimentée. Elle n'a jamais quitté sa famille et la séparation est difficile. Elle a seulement 16 ans. Naïve, spontanée, elle ne sait pas cacher ses sentiments. Dotée d'un solide sens moral et de principes, elle va vite perdre ses illusions sur la société. L'apprentissage qu'elle va recevoir chez Vermeer, n'est pas seulement celui du travail. Elle y apprend aussi l'humiliation, les violences quand elle doit se défendre des agressions de Van Ruiyven. Elle apprend aussi quelle est sa place : au bas de l'échelle sociale. Elle comprend que, servante, elle n'a droit à aucune considération. Son maître, même s'il est troublé par sa beauté, même si elle le surprend par son intelligence et sa sensibilité, l'utilise, la manipule. Il n'hésite pas à la sacrifier à sa femme lorsque le tableau est terminé. Griet s'enfuit de cette maison, C'est une expérience qui la marque pour la vie. Lorsqu'elle a vendu les perles et payé les dettes du Maître, Griet conclut par cette phrase désenchantée :
J'ai beaucoup moins aimé Colin Firth (que les fans de l'acteur me le pardonne... si c'est possible) dans le rôle de Vermeer. Il n'y aucune évolution dans son jeu. Du début à la fin, il joue ce rôle d'homme accablé, renfrogné, au regard vaguement neurasthénique. Son visage est peu expressif.
Un hommage à la peinture de Vermeer
Tracy Chevalier fait allusion à plusieurs tableaux de Vermeer.
La laitière :
La femme à l'aiguière que Griet appelle la fille du boulanger ; celle-ci à froid pendant les poses et Griet doit aller lui chercher une chaufferette. C'est le tableau que Vermeer est en train d'exécuter lorsqu'il demande à Griet quelle est la couleur des nuages.
* d'après un article de Michel Daubert
Lorsque Griet, à la demande de son maître, regarde dans la boîte noire :
Je respirai à peine puis d'un geste rapide, je tirai sur le devant de la nappe bleue, donnant ainsi l'impression qu'elle sortait de l'ombre, puis j'en rabattis un pan, dégageant un angle de table devant le coffret à bijoux. j'arrangeai les plis, puis je reculai pour voir l'effet produit. L'étoffe ainsi pliée suivait la forme du bras tenant la plume.
Marcel Proust et Johannes Vermeer
"Enfin il fut devant le Ver Meer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique*, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné la première pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. » Il se répétait : « Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune. » Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit : « C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien. » Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes, les expériences spirites pas plus que les dogmes religieux n'apportent de preuve que l'âme subsiste. Ce qu'on peut dire, c'est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d'obligations contractées dans une vie antérieure ; il n'y a aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l'artiste athée à ce qu'il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l'admiration qu'il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de Ver Meer. Toutes ces obligations qui n'ont pas leur sanction dans la vie présente semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d'y retourner, revivre sous l'empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l'enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées, ces lois dont tout travail profond de l'intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement - et encore ! - pour les sots. De sorte que l'idée que Bergotte n'était pas mort à jamais est sans invraisemblance.
On l'enterra, mais toute la nuit funèbre, aux vitrines éclairées, ses livres, disposés trois par trois, veillaient comme des anges aux ailes éployées et semblaient pour celui qui n'était plus, le symbole de sa résurrection.
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
samedi 5 mai 2012
Un livre /Un film : Enigme n°32
Wens de En effeuillant le chrysanthème et moi-même, nous vous proposons, le samedi, un jeu sous forme d'énigme qui unit nos deux passions : La littérature et le cinéma! Il s'intitule : Un livre, Un film.
Chez Wens vous devez trouver le film et le réalisateur, chez moi le livre et l'auteur.
Consignes : Vous pouvez donner vos réponses par mail que vous trouverez dans mon profil : Qui êtes-vous? et me laisser un mot dans les commentaires sans révéler la réponse pour m'avertir de votre participation. Le résultat de l'énigme et la proclamation des vainqueurs seront donnés le Dimanche.
Toutes ces années passées à aller chercher de l'eau, à essorer des vêtements, à laver par terre, à vider des pots de chambre, sans espoir d'entrevoir la moindre beauté, couleur ou lumière dans ma vie, défilèrent devant moi comme une immense plaine, au bout de laquelle on apercevrait la mer sans jamais pouvoir l'atteindre. S'il ne m'était plus possible de travailler avec les couleurs, sil ne m'était plus possible d'être auprès de lui, je ne savais comment je pourrais continuer à travailler dans cette maison.
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
jeudi 3 mai 2012
Des mots, une histoire : Un parfum d'Eternité
Un parfum d'Eternité
Elle joue à tu et à toi... avec moi!
Merveilleuse, elle se pare des plumes de l'oiseau
Elle se mire dans le soleil, L'Eternité,
Elle me fait de l'oeil. Il n'est jamais trop tard,
Elle agite les clochettes du muguet
Comme un prélude à un duel amoureux,
Distille la lettre de son parfum
Comme dans un film interdit, aux images sans tain,
Princesse déchue, L'Eternité,
Vieille catin aux rondeurs du temps passé
Avec son pelage râpé, fugitif,
mité
galeux
toxique
Elle fond sur moi,
Charriant avec elle comme la Tornade,
Un goût de carnage, et de chairs déchirées,
Et son parfum d'Eternité.
Les mots imposés pour l’édition 63 de Des mots, une histoire d'Olivia sont
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
Louis Bayard : L'héritage de Dickens
Vous vous souvenez du pauvre enfant infirme et souffreteux, rencontré dans Un conte de Noël de Charles Dickens, Timothy Cratchit? Le père du jeune garçon travaillait chez Mr Scrooge, un vieillard, avare et dur, qui le payait si mal qu'il n'avait même pas de quoi faire vivre sa famille, et encore moins faire soigner son fils! Vous vous souvenez comment ce soir de Noël, Mr Scrooge voit apparaître trois spectres qui vont lui révéler l'affreuse solitude qui sera la sienne s'il continue à être aussi pingre et sans coeur? Et comment Scrooge revenu à de bons sentiments se fait le protecteur de la famille Cratchit et de Tim en particulier qu'il fait opérer.
Si vous n'avez pas oublié ce petit garçon exemplaire et méritant, vous aurez le plaisir de retrouver le jeune garçon devenu adulte, de savoir ce qui lui est arrivé et quelles ont été ses relations avec le "bon" Mr Scrooge que nous retrouvons comme personnage secondaire du roman.
Vous n'avez pas lu ce conte? Ce n'est pas grave! Cela ne vous empêchera pas d'apprécier ce roman qui se passe à l'époque victorienne à Londres et dans lequel l'auteur se plaît à nous faire une peinture de la société de cette période et nous introduit ainsi dans les bas fonds de la ville, là où un riche lord dépravé va chercher ses victimes. Car il s'agit d'un thriller sur fond historique, le suspense se mêlant à l'Histoire d'une heureuse façon.
Nous sommes en 1860, vingt ans après le récit raconté dans Un Conte de Noël, Timothy Cratchit à la mort de son père se retrouve sans le sou, refusant de quémander de l'aide à son tuteur, Scrooge. Il trouve à se loger gratuitement dans un bordel contre des leçons de lecture dispensées à la tenancière, Mrs Sharpe, qui souffre d'être analphabète. Entre deux cours, il gagne un peu d'argent en allant repêcher les noyés de la Tamise avec son vieil ami le capitaine Gully. Cependant, Tim, est bouleversé de découvrir des cadavres de petites filles portant une lettre mystérieuse tatouée sur le corps. Il est bien le seul à s'émouvoir; la police a bien d'autres choses à faire que de retrouver le meurtrier de misérables orphelines que personne ne vient réclamer! Sa rencontre avec Philomela, une petite italienne, poursuivie par un homme inquiétant, va le lancer dans un enquête qui mettra sa vie en péril... et pas seulement la sienne! Il est aidé dans sa quête par le capitaine Gully et par Colin, un petit Gavroche londonien qui n'a pas froid aux yeux!
L'intrigue à rebondissements, témoigne d'une imagination fertile. Louis Bayard nous malmène, nous secoue, nous tire d'un danger rocambolesque pour nous précipiter dans un autre, nous balade dans un roman noir où sévissent des êtres sordides et sans pitié. Nous sommes dans un roman à la Wilkie Collins ou à la Eugène Sue. Les personnages sont bien sympathiques même lorsqu'il sont un peu filous comme l'est Colin. Les méchants sont ... méchants à souhait! Bref! un plaisir de lecture qui n'est pas à bouder!
La description de Londres à l'époque victorienne avec ses bas-fonds, ses ruelles sordides, ses pauvres habitations, ses enfants des rues, est très vivante. On retrouve bien la misère que décrivait Dickens et le petit Colin est un personnage qui pourrait figurer dans la troupe des enfants voleurs de Olivier Twist. Louis Bayard peut même aller plus loin dans la description en peignant la vie dans un bordel, ses prostituées mais aussi ses bons bourgeois ou nobles hypocrites qui les fréquentent, description que la société victorienne prude et bien pensante, à l'époque de Dickens, n'aurait pu admettre dans un roman.
Et puis il y a le plaisir, bien sûr, d'une lecture au second degré, en retrouvant Tim mais aussi Scrooge, plaisir de faire des retours en arrière par rapport au Conte de Noël de Dickens. Et force est de constater que Louis Bayard s'est fait un malin plaisir de revisiter le conte moral de Dickens, et non sans ironie, de traiter les personnages à sa manière, avec irrévérence envers l'aspect édifiant du conte.
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
mercredi 2 mai 2012
Anne Brontë : Agnès Grey,
Enfin! J'ai pu lire le roman de Anne Brontë, Agnès Grey, grâce aux livres gratuits chargés sur mon Kindle, complétant ainsi ma connaissance des talentueuses soeurs Brontë.
Agnès Grey est la fille d'un pasteur modeste. Sa mère, une lady, a dû rompre avec sa famille pour pouvoir se marier. Cette femme, digne et courageuse, vit modestement avec son mari et ses filles dont l'amour compense, à ses yeux, la perte de sa fortune et de son rang social. Mais le pasteur qui sent sa santé décliner cherche à accroître ses revenus pour ne pas laisser sa famille dans l'embarras. Peu doué pour les affaires, il fait faillite. Sa fille Agnès, pour aider ses parents, se place alors comme éducatrice dans une famille de riches parvenus puis de nobles ruraux. Elle fait ainsi le dur apprentissage de la servitude et c'est avec persévérance qu'elle affronte les difficultés de la vie faite de travail et d'humiliations. Cela ne l'empêche pas de ressentir un doux sentiment pour le vicaire de M. Weston. Mais celui-ci saura-t-il distinguer la jeune fille au milieu des nobles demoiselles qui la méprisent?
Anne, écrivain et poète, née en 1820, la dernière des six enfants Brontë, est loin de la sensibilité exacerbée d'Emily, du romantisme morbide et sauvage des Hauts de Hurlevent, de ses personnages farouches et sombres, de son irrespect des convenances et du bon goût. Elle n'est pas non plus, comme la Charlotte de Jane Eyre, qui flirte avec la folie et la mort dans un château lugubre qui cache ses secrets.. Si elle ressemble à Charlotte, c'est plutôt à celle qui a écrit Le Professeur, enseignante dans une pension de jeunes filles et amoureuse du professeur de ces demoiselles.
Le roman est en grande partie autobiographique. Anne Brontë, fille de pasteur, s'inspire de son expérience de gouvernante dans des maisons bourgeoises. Elle ne laisse, en aucun cas, libre cours à son imagination. Comme Agnès Grey, elle entre comme préceptrice chez des gens qui la chassent après quelques mois. Puis elle reste au service d'une autre famille pendant des années. Son récit est donc réaliste et même moralisateur. Elle y parle de l'éducation des enfants, donne son avis de pédagogue, déplore le manque de cohérence des parents dans l'éducation de leur progéniture et dénonce leur incapacité à leur inculquer des principes moraux.
Anne, dont c'est le premier roman,( elle en a écrit deux) a l'art du portrait. Elle parvient à saisir les traits de caractère de ses personnages pour bien les camper, mette en valeur ce qui les distingue, peindre leurs travers, leurs faiblesses ou leurs forces. Elle peut même avoir la dent dure envers ces riches nobles, ces dames uniquement préoccupées de paraître, ces clergymen plus soucieux de briller et de faire fortune que de servir Dieu.
Anne Brontë sait aussi peindre les humiliations subtiles que doit subir au jour le jour une subalterne. Elle montre combien le mépris des grands fait du mal quand on n'a pas d'autre avenir que de les servir, et combien leur indifférence est plus difficile, encore, à supporter que leur méchanceté. Agnès Grey, quand ses jeunes maîtresses sont avec leurs amies et leurs soupirants n'existe pas. Sa présence est niée, personne ne la voit, ni ne lui parle. Elle est effacée, gommée. Ce qui n'empêche pas ces hauts personnages de l'exploiter malgré leur richesse en la sous-payant, ni d'avoir eux-mêmes les défauts qu'ils ne supporteraient pas chez leur employée!
Et si, en parlant, leurs yeux venaient à se poser sur moi, il semblait qu'ils regardassent dans le vide, comme s'ils ne me voyaient pas où étaient très désireux de paraître ne pas me voir...
Pourtant, n'allez pas voir en Anne Brontë, une révolutionnaire ni même une contestataire! Elle déplore qu'Agnès soit traitée comme une simple domestique parce qu'elle juge sa position supérieure! Pauvre, certes, mais fille de pasteur, bien éduquée, vertueuse, ayant les manières pour vivre dans le monde, instruite, elle aime les livres et est une bonne latiniste, Agnès est humiliée que l'on ne reconnaisse pas sa juste valeur.
D'autre part, Anne Brontë fait preuve d'un sentiment féministe discret en dénonçant les brutalités d'un mari qui a le droit de négliger sa femme, de mener une vie dissolue et d'exercer sur elle son autorité sans qu'elle ait son mot à dire. Pour Anne, une femme doit être intelligente et instruite. Pour le reste, elle a des idées conventionnelles sur l'éducation des filles. Ainsi Mathilde qui aime l'équitation et a une passion pour les chevaux et la chasse, qui imite le langage et les attitudes des hommes, est jugée comme mal éduquée. Il lui faudra obéir aux règles de bienséance, de retenue, et renoncer à ses goûts pour remplir comme elle le doit son rôle de femme.
Quant à l'amour, comme chez Jane Austen et aux antipodes d'Emily Brontë, Anne pense qu'il doit être raisonnable, contrôlé et vertueux. Il est fondé sur l'estime et la valeur de chacun.
Les soeurs Brontë représentent la frontière entre romantisme et réalisme de l'époque victorienne. Si Emily me paraît très romantique par sa violence, les sentiments exacerbés, la peinture des paysages âpres et déserts, l'aspect torturé de ses personnages, nous voyons combien les préoccupations, les idées et le style d'Anne Brontë en sont éloignés tout au moins dans ce livre. Reste à lire son deuxième roman : La locataire de Wildfell Hall... si je le trouve en français!
Publication par le groupe Ebooks libres et gratuits
adresse du site : http://www.ebooksgratuits.com
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
mardi 1 mai 2012
De retour à Avignon
Lozère
Me voilà de retour et mon blog reprend normalement dès demain. La Lozère sous la pluie, le vent, le froid.. des paysages hivernaux... Pire que sur la photo!
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
lundi 30 avril 2012
Christian Bobin : le temps passé à lire…La Folle Allure
La Folle Allure de Christian Bobin
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
dimanche 29 avril 2012
Un Livre/Un film : Madame Le Prince de Beaumont La belle et la Bête
Merci à tous et toutes pour votre participation ....
Jean Cocteau s'inspire pour réaliser La Belle et la Bête du conte de Jeanne-Marie Le Prince de Beaumont et d'une pièce de théâtre d'un écrivain belge Alexandre Arnoux (que je ne connais pas). Il emprunte certains détails au conte La chatte blanche de madame d'Aulnoy.
La Belle et la Bête conte l'histoire d'un marchand, père de trois garçons et de trois filles, dont l'une, nommée la Belle, est douce et bonne, contrairement à ses soeurs vaniteuses et méchantes. Le vieil marchand ruiné se rend à la ville où il apprend la perte du dernier de ses navires. Lors de son voyage de retour, en plein hiver, il se perd dans la forêt et découvre un château merveilleux où il est accueilli avec générosité mais sans qu'il puisse voir son hôte.. Le lendemain, au moment où il s'apprête à partir, il cueille une rose pour sa fille Belle et aussitôt une bête apparaît qui lui demande sa fille en échange de sa vie. De retour chez lui, le père conte ce récit à ses enfants et Belle accepte de partir chez la Bête pour le sauver. Elle va vivre avec la Bête et peu à peu apprendre à l'aimer. Cet amour permettra à la Bête de se délivrer du sort jeté par une fée et de redevenir un prince.
Un monde bien réel et qui est une observation de la société de son temps : un marchand ruiné par la perte de ses navires; la déchéance sociale, le bourgeois aisé devient agriculteur, des filles à marier (les soeurs de Belle) auxquelles il faut impérativement une dot, trois fils à qui il faut donner un métier.
Le thème principal du conte est l'idée qu'il ne faut pas juger les autres sur l'apparence extérieure. Sous la monstruosité de la Bête se cache une beauté intérieure que la Belle sait discerner, apprécier et enfin aimer parce qu'elle en est digne.
La Belle et la Bête est un conte moral : La Belle qui est généreuse, bonne sera récompensée. Elle découvrira le véritable amour alors que ses soeurs envieuses, jalouses, intéressées et incapables d'aimer, seront punies et transformées en statues.
Si Jean Cocteau s'inspire principalement pour réaliser La Belle et la Bête du conte de Jeanne-Marie Le Prince de Beaumont, il emprunte certains détails au conte de La chatte blanche de madame d'Aulnoy.
Dans La Chatte blanche, malgré de grandes différences dans le récit, le lecteur découvre une situation analogue à celle du marchand magnifiquement reçu dans une demeure enchantée mais puni parce qu'il dérobe une rose. Ici, c'est un jeune prince qui est accueilli avec faste dans un riche palais mais lorsqu'il veut s'emparer d'une chaîne de diamants, il est retenu par des mains sans corps. Cocteau a pris, ici, les images des mains tenant des flambeaux et montrant le chemin à la Belle quand elle arrive dans le château de la Belle. Dans La Belle et la Bête, c'est le prince qui a été transformé en bête par une fée, dans La chatte blanche, c'est un princesse qui a été métamorphosée en chatte.
Extrait de la chatte blanche
Il tira le pied de chevreuil, et aussitôt il entendit sonner une cloche qui lui parut d'or ou d'argent, par le son qu'elle rendait; au bout d'un moment la porte fut ouverte, sans qu'il aperçût autre chose qu'une douzaine de mains en l'air, qui tenaient chacune un flambeau. Il demeura si surpris qu'il hésitait à s'avancer, quand il sentit d'autres mains qui le poussaient par derrière avec assez de violence. Il marcha donc fort inquiet et à tout hasard, il porta la main sur la garde de son épée; mais en entrant dans un vestibule tout incrusté de porphyre et de lapis, il entendit deux voix ravissantes qui chantèrent ces paroles
Des mains que vous voyez, ne prenez point d'ombrage,
Et ne craignez en ce séjour,
Que les charmes d'un beau visage,
Si votre cœur veut fuir l'amour.
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
samedi 28 avril 2012
Un livre/un film : Enigme n° 31
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
mardi 24 avril 2012
Départ en Lozère
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
lundi 23 avril 2012
Les chroniques italiennes (2): Stendhal Vittoria Accoromboni et Vanina Vanini
Les chroniques italiennes qui révèlent la passion de Henri Beyle pour l'Italie où il a vécu de longues années en tant que consul, sont pour la plupart des récits sur la Renaissance italienne dans lesquels l'écrivain fait revivre un monde violent où les nobles richissimes ont tous les droits. Il y décrit des personnages tout puissants, nobles, princes, patriarches de grandes familles, hauts ecclésiastiques, qui n'obéissent qu'à leur propre loi, lèvent leur armée et se font tour à tour voleurs, bandits et assassins.
La publication posthume des Chroniques italiennes de 1855 comporte cinq récits : Vittoria Accoramboni, Les Cenci, La Duchesse de Palliano, L'Abbesse de Castro, tous publiés dans la Revue des Deux Mondes de 1837 à 1839 sous un pseudonyme ou même anonymement, auxquels vient s'ajouter une oeuvre antérieure Vanina Vanini publiée dans La Revue de Paris en 1829. Le terme "Chroniques" est le choix de l'exécuteur testamentaire de Stendhal, son cousin Romain Colomb. On sait que Stendhal pensait les regrouper sous le titre de "historiettes" mais qu'il se demandait si le mot conviendrait à des histoires aussi tragiques.
Trois autres récits viendront compléter en 1947 le recueil de Chroniques italiennes qui en compte alors huit au total :
San Francesco a ripa : oeuvre posthume, écrite en 1831, publiée en 1853
Suora Scolastica : récit inachevé commencé le 15 mars 1842; Beyle y travaillait au moment de sa mort le 23 mars 1842.
Trop de faveur tue : récit commencé en 1839 et inachevé, publié pour la première fois en 1912.
Il faut noter que certains récits n'ont pas pour cadre la Renaissance. L'histoire de Vanina Vanini se passe au début du XIX siècle (dans les années 1820) au temps des Carbonari. San Francesco a Ripa commence en 1726 sous le pontificat de Benoit XIII (Orsini) et Suora Scolastica a lieu à Naples sous le règne de Don Carlos en 1745.
Si Vanina Vanini et San Francesco a Ripa sont des oeuvres imaginaires, les autres histoires ont été récoltées par Stendhal dans de vieux manuscrits du XVI siècle rapportant des faits véridiques. Voilà comment il présente ses recherches dans "l'historiette" intitulée : Vittoria Accoramboni :
Je parlerai aujourd'hui de Vittoria Accorombia et Vanina Vanini
Vittoria Accorambia duchesse de Bracciano
Vittoria Accorambia, duchesse de Bracciano, est une jeune femme d'une grande beauté, née dans une famille fortunée, et qui par sa grâce et son charme gagne le coeur et la volonté de chacun. On la marie à Félix Peretti, neveu du cardinal Montalto. Son mari et sa belle-famille l'adorent et la couvrent de cadeaux. Mais un soir, Félix est attiré hors de chez lui par un message apporté par le frère de Vittoria et il est assassiné. On soupçonne la jeune femme et sa famille et celle-ci se réfugie chez le prince Paolo Giordano Orsini qui avait juré de la prendre pour femme dès que le mari serait mort. Il lui offre sa protection et l'épouse. Le cardinal Montalto profondément offensé par le meurtre de son neveu est persuadé que le prince Orsini est coupable mais le pape Grégoire XIII ne réagit pas et laisse la violence et le meurtre régner en maîtres dans ses états. Le cardinal Montalto pour ne pas perdre ses chances de devenir pape, refoule sa colère et tait son ressentiment. Il est élu et prend le nom de Sixte Quint. C'est alors que son ton va changer! Paolo Orsini se sentant menacé par lui s'enfuit à Venise où il va mourir de maladie non sans avoir assuré l'avenir de sa femme par testament. Mais le prince Louis Orsini, fils de Paolo, avec l'accord de son frère Virginio Orsini, fait assassiner la duchesse et les frères de celle-ci pour conserver l'héritage. La suite du récit est consacrée à la guerre menée contre Orsini et à la mort de tous ceux qui ont participé à la l'assassinat.
Ce récit romantique, à la violence exacerbée, est raconté avec sobriété. Il peint les meurs primitives et cruelles des nobles et aussi les terribles rivalités de la cour papale. Le portrait du pape Sixte-Quint est grandiose. Nous l'avions déjà rencontré dans les Cenci. C'est un personnage entier, terrible, calculateur et ambitieux mais qui ne pardonne pas et n'oublie jamais une offense. Il attend son heure! Un personnage comme les aime Stendhal mais à qui les Orsini ne le cèdent en rien. Là encore une femme va être la victime mais elle est moins intéressante que Beatrice Cenci. Dans quelle mesure est-elle coupable? a-t-elle voulu la mort de son mari? Pourtant son assassinat, barbare, fait frémir. Les ressorts littéraires de la crainte et de la compassion sont utilisés mais toujours maîtrisés par un Stendhal qui a le ton de l'historien, de l'observateur extérieur, refusant le pathos.
Vanina Vanini
Il s'agit peut-être de la chronique la plus connue du recueil. Le récit se déroule dans les années 1820. La princesse Vanina Vanini est d'une beauté si exceptionnelle qu'elle est courtisée par tous les plus beaux partis de Rome. Mais elle les dédaigne tous. C'est d'un Carbonaro, Pietro Missirilli, échappé de la forteresse Saint-Ange et que son père cache dans son palais, qu'elle va tomber amoureuse, un amour impétueux et fougueux qui va entraîner la trahison et la mort. Ce sentiment est réciproque et les deux jeunes gens deviennent amants. Cependant Piero Missirilli, s'il est follement épris, est partagé entre sa passion pour la jeune femme et son amour de la patrie. Son honneur lui commande de faire son devoir. Vanina, jalouse, orgueilleuse, ne supportant pas que son amant la délaisse, dénonce les Carbonari, amis de Pietro, à un moment où celui-ci est absent et peut échapper à la police. Sa trahison va avoir des conséquences terribles.
Vanina Vanini est publiée 1829, juste un an avant le Rouge et le Noir. Ils ont tous les deux des points communs, ils content l'histoire d'un amour passion et de personnages exaltés, éminemment romantiques. La princesse Vanina Vanini n'est pas sans rappeler Mathilde de la Mole. Comme elle, elle a la fierté de son rang et de sa beauté, comme elle, elle ne supporte pas la médiocrité, l'ennui et la platitude en amour. Elles aiment le danger et vont jusqu'au bout de leur passion. Toutes deux se donnent à leur amant en dépit des convenances de leur temps, toutes deux aiment en dessous de leur condition, pourvu que leur amant soit supérieur à leurs yeux sur le plan moral. Vanina Vanini à qui son soupirant éconduit demande qui pourrait lui plaire, répond:
Ce jeune carbonaro qui vient de s'échapper; au moins celui-là a fait quelque chose de plus que de se donner la peine de naître.
Mathilde que Julien Sorel a failli tuer parce qu'elle insultait son honneur, admire la fierté de son amant et s'exalte à l'idée d'avoir failli mourir de sa main.
Quant à Pietro Missirilli, il est comme Julien Sorel, un jeune homme du peuple qui s'élève au-dessus de sa condition par son sens de l'honneur, son audace, sa grandeur d'âme
Si Le Rouge et le Noir est un roman politique et social où Stendhal peint la société de 1830 en France, Vanina Vanini ne l'est pas moins mais dans un récit condensé. Il nous montre la société noble de 1820 en Italie, immensément riche, à travers le bal donné par M. le duc de B dans son magnifique palais romain. En fait, par rapport au récit du XVI siècle, le pouvoir n'est plus l'apanage d'une noblesse issue de la chevalerie et exerçant le métier des armes. Le duc est banquier mais il est aussi puissant, sinon plus qu'un roi, parce que plus libre. Ce sont les métiers d'argent qui font la loi, ce qui montre bien l'ascension bourgeoisie en ce début du XIX siècle. D'autre part, aux arts italiens qui ornent le somptueux palais du duc vient s'ajouter le luxe français et londonien. Quant à la politique, Stendhal n'a jamais caché sa sympathie pour les carbonari (ce qui lui a valu de devoir quitter son poste de consul à Milan). Cette société politique secrète qui avait pour but de réaliser l'unité de l'Italie et de doter le pays d'une constitution pouvait rallier certains nobles modérés et patriotes, ce qui est le cas du prince Vanini qui cache Pietro Missirilli dans son palais.
J'ai chargé gatuitement les chroniques italiennes sur mon Kindle : ici. j'ai ainsi appris que esl personnes qui traduisent et mettent en place ces livres sont bénévoles
Claudialucia est le pseudonyme que nous avions choisi, ma fille et moi, pour écrire sur notre séjour en Italie et plus particulièrement en Ombrie. Le voyage n'est plus qu'un beau souvenir mais le pseudo est resté!
































