mardi 7 juin 2011

Hamlet : en guise d'introduction (1)



Laurence Olivier interprète Hamlet

Lire et relire Hamlet! Voir et revoir la pièce! Et chaque fois être surpris de découvrir une autre interprétation, une autre manière de comprendre les personnages, un autre moyen de parvenir jusqu'à eux. Il n'est pas étonnant que cette pièce soit à l'heure actuelle la plus analysée de toutes les pièces de Shakespeare et que, depuis des siècles, penseurs, universitaires, critiques, écrivains, mouvements littéraires, médecins et psychiatres l'aient abordée selon un angle d'attaque différent.
Origine historique de l'intrigue
L'action de Hamlet (1601) se déroule au Danemark, dans le château d'Elseneur. William Shakespeare en a emprunté la trame  aux Histoires danicae de Saxo Grammaticus, auteur du XIIème siècle. Il s'agit de la vie d'un jeune prince danois Amleth qui simule la folie pour mieux venger son père tué par son propre frère. Le meurtrier a épousé ensuite sa belle-soeur, mère d'Amleth, et s'est emparé de la couronne.
William Shakespeare prend des libertés avec ce récit et crée une pièce complexe comptant un grand nombre de personnages et  de péripéties.
L'action
Dans la pièce de Shakespeare, il n'y a pas d'unité d'action comme dans le théâtre classique français mais une action principale :
Hamlet, fils du roi du Danemark et de la reine Gertrude, est abordé par le spectre de son père qui lui apprend qu'il n'est pas mort accidentellement comme tous le croient. C'est son frère, Claudius, qui l'a tué en lui versant du poison dans l'oreille et ceci pour lui prendre la couronne et épouser sa veuve Gertrude. Le spectre réclame vengeance et demande à son fils de tuer Claudius.
encadrée par deux intrigues secondaires :
Fortinbras, le neveu du roi de Norvège menace le Danemark et une guerre est prête à éclater. Claudius écrit au roi de Norvège pour entamer une négociation.
La fille de Polonius, le chambellan du roi, Ophélia, aime le prince Hamlet mais elle sombre dans la folie et se suicide quand Hamlet la repousse et tue son père.
Les principaux thèmes
La Vengeance  :
Hamlet est vu comme une tragédie de la vengeance, ce qui est, en effet, le principal mobile de l'action. Le spectre qui apparaît à Hamlet sous les traits de son père lui ordonne :  ( I 5)  :
Ecoute! Oh! écoute.. Si jamais tu as aimé ton père.. venge son horrible et monstrueux assassinat.
Mais alors comment expliquer les atermoiements de Hamlet? Pourquoi ne peut-il passer à l'acte? Pour quelles raisons simule-t-il la folie?
La quête de la vérité
Et si Hamlet plus qu'une tragédie de la Vengeance était d'abord une quête de la vérité? Une interrogation métaphysique sur la vie et la mort, sur la foi? Une quête aussi de soi-même?
Hamlet est en proie au doute : le spectre est-il  l'Esprit de son père? Que doit-il faire?
L'esprit que j'ai vu est peut-être le diable, et le diable a le pouvoir d'assumer une forme qui puisse plaire..( II, 3)
Il lui faut acquérir la certitude que son oncle est coupable d'où la mise en abyme de la pièce, le théâtre dans le théâtre.
L'illusion, le jeu de miroir
Hamlet avec l'aide des comédiens qui viennent d'arriver au château va mettre en scène le propre meurtre de son père. Les acteurs endosseront le rôle du roi mort, de son épouse Gertrude et de Claudius, l'assassin. Hamlet devient donc ici le double de Shakespeare comme dramaturge, metteur en scène et aussi comme acteur.
Cette mise en abyme de la pièce fonctionne comme un miroir qui permettrait d'accéder à la vérité dans un monde où tout n'est qu'apparence et où chacun emprunte un masque.
La folie : Hamlet simule la folie, Ophélie perd la raison. La folie semble être un moyen d'accéder à la vérité, de faire tomber les masques.
Quelques citations extraites de Hamlet :
Pour évoquer  l'impuissance des mots face au réel :
Des mots, des mots, des mots.
réponse à Polonius :   (II, 2 )

L'impuissance des mots face à la mort  :
Tout le reste est silence
(V 2)

La différence entre les mots et l'intention, entre le langage et la vérité :
Les mots sans les pensées ne vont jamais au ciel.
(III 3)
Cette phrase est prononcée chaque fois que l'on constate des iniquités, des injustices dans son propre pays ou partout  ailleurs :
Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark.
(I, 4)
«Nous savons ce que nous sommes, mais nous ne savons pas ce que nous pouvons être.» (IV;5)

«Qu'ils sont pauvres, ceux qui n'ont pas de patience !»
«Il n'est pas de vertu que la calomnie ne sache atteindre.» (I;3)

Le monologue de Hamlet pose la question pourquoi vivre? A quoi bon vivre?
- Etre, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de
noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune
outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter
par une révolte ?. Mourir... dormir, rien de plus ;... et dire que par ce
sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures
naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénouement qu'on doit
souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là
est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la
mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ? Voilà
qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité
d'une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les
flagellations, et les dédains du monde, l'injure de l'oppresseur,
l'humiliation de la pauvreté, les angoisses de l'amour méprisé, les
lenteurs de la loi, l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite
résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être quitte avec un
simple poinçon ? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous
une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette
région inexplorée, d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté,
et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous
lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait
de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution
blêmissent sous les pâles reflets de la pensée ; ainsi les entreprises les
plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à
cette idée, et perdent le nom d'action...

 III  2

 Demain : Suite de ce billet : Ophélie


Le challenge Shakespeare de Maggie et Claudialucia


2 commentaires:

  1. Je n'ai jamais étudié ni lu cette pièce. Ton billet me permet de comprendre le thème de cette histoire : la quête de la vérité. Je vais peut-être bien tenter de lire Hamlet cet été, je prépare ma liste de livres pour les vacances. je viendrais relire ton billet. Ton blog est très intéressant.

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  2. Merci Nina pour ton intérêt; je republie ici les articles de mon ancien blog. Ces billets ont été rédigés dans le cadre du challenge Shakespeare dont je m'occupe avec Maggie de 1001 classiques. Si tu veux nous rejoindre, il est toujours temps de s'inscrire!

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