jeudi 31 octobre 2013

Visite à Paris : Désir et volupté à l'époque victorienne au musée Jacquemart

La boule de cristal de  John W. Waterhouse : le moyen-âge est remis à l'honneur par les préraphaélites
Je suis à Paris depuis Mardi 29 octobre. Ma première exposition  a été pour les peintres de l'époque victorienne au musée Jacquemart, artistes préraphaélites ou leurs héritiers. Ces oeuvres de la fin du XIX siècle en Angleterre sous le règne de la reine Victoria est une réponse au puritanisme et à la rigidité des moeurs anglaises à cette époque. La femme y est peinte libérée du corset et des vêtements qui l'emprisonnent, le corps dénudé ou revêtu de tissu transparent, souple, offert au regard d'où le titre de l'exposition :  Désir et volupté à l'époque victorienne. Le peintres préraphaélites y figurent ainsi que ceux de l'Aesthetic Movement à partir des années 1870, mouvement influencé par le préraphaélisme et précurseur du symbolisme et même de certaines figures de l'Art nouveau.  Tous ces peintres célèbrent la beauté féminine dans une quête esthétique idéalisée.

Crenala, la muse de la rivière de Frederic  Lord Leighton

j'avoue que j'ai été un peu déçue de ne pas y voir les tableaux des préraphaélites que j'attendais (les héroïnes de Shakespeare) mais l'erreur vient de moi. En fait sont réunis pour cette exposition les oeuvres d'une collection privée Perez Simon offrant une rétrospective de l'art britannique depuis les années 1860.  je ne pouvais donc y trouver les peintures du début des péraphaélites des années 50. 
D'autre part j'ai parfois un peu de mal avec ce mouvement esthétisant, qui me paraît souvent trop gracieux, trop maniéré, trop peu naturel... Et un peu hypocrite aussi quand l'art exalte la femme alors qu'on lui refuse le statut d'être humain et qu'on la considère juridiquement comme une éternelle mineure!
Pourtant certains tableaux sont très représentatifs du genre et et certains peintres y affichent leur goût de l'Antique, la Grèce fantasmée, devenant une référence esthétique : 

Jeunes filles grecques ramassant des coquillages sur la plage de Frédéric Lord Leighton (1882) La Grèce

Sir Lawrence Alma-Tadema : les roses d'Héliogabale (1888) Rome

Sir Lawrence Alma-Tademaraconte ici un épisode de la Rome antique. Héliogabale, jeune empereur romain,  étouffe sous une pluie de fleurs les courtisans invités au banquet qui meurent étouffés.

Mes deux peintures préférées

Fatima de Sir Edward C. Burne-Jones

"Etant arrivée à la porte du cabinet, elle s’y arrêta quelques temps, songeant à la défense que son mari lui avait faite et considérant qu’il pourrait lui arriver malheur d’avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte qu’elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef et ouvrit en tremblant la porte du cabinet". C’est cet extrait de Barbe bleue, le fameux conte de Charles Perrault, que Burne-Jones choisit ici d’illustrer. À l’instar d’une adaptation théâtrale anglaise de 1798, l’histoire se trouve transportée en Turquie et l’héroïne, dernière femme du monstre, prend le nom de Fatima.

 
La mer enchantée de Henry A. Payne
1899

Quelle scène étrange et féérique, digne des "mille et une nuits"…! L’espace sans perspective, les couleurs et les personnages évoquent dans leurs traitements l’art du vitrail qu’affectionnait tout particulièrement Henry Arthur Payne. Impression renforcée par le contraste des roses, des oranges et des verts sombres. Une vision médiévale s’impose, à travers le paysage et les tissus précieux. La coiffe complexe de la jeune femme, appelée hennin, rappelle la mode gothique des Pays-Bas.

L’inspiration du peintre Henry Arthur Payne provient là encore d’une source littéraire : "The shaving of Shagpat", un conte de George Meredith. Deux héros y luttent contre l’hégémonie d’un tyran. Payne choisit le moment où une enchanteresse s’enfuit à l’approche d’un des deux héros. Elle s’installe dans une coque et se lance sur une mer enchantée, où des corps de femmes la suivent au gré des flots, et où des hommes ensorcelés l’observent de leur bateau. Le visage inquiet de la jeune femme trahit son anxiété à l’idée d’être poursuivie, alors qu’elle ne veut pas être vue des hommes... Un faucon se trouve à ses côtés. Il signale la présence invisible du héros, qui a réussi à s’accrocher à la frêle embarcation.


Présentation de l'exposition sur le site du musée : Les peintres Lawrence Alma Tadema, Edward Burne Jones, John William Godward, Frederick Goodall, Arthur Hughes, Talbot Hughes, Frederic Leighton, Edwin Long, John Everett Millais, Albert Moore, Henry Payne, Charles Edward Perugini, Edward John Poynter, Dante Gabriel Rossetti, Emma Sandys, Simeon Solomon, John Strudwick, John William Waterhouse et William Clarke Wontner, emblématiques de cette période victorienne, sont représentés à cette occasion.

Musée Jacquemart-André
du 13 septembre 2013 au 20 janvier 2014
Exposition "Désirs & Volupté à l'époque
Horaires
Le Musée est ouvert tous les jours de 10h à 18h.
Nocturnes tous les lundis et samedis jusqu'à 20h30.




12 commentaires:

  1. Je comprends tes réserves .. mais j'aime bien ce musée (et son salon de thé !). C'est toujours un plaisir d'y aller.

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  2. Moi aussi j'aime bien ce musée et j'y ai trouvé des peintures qui me plaisaient même si finalement ce n'était pas ma tasse de...thé!

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  3. je comprends tes réserves comme Aifelle, .Ce fut une découverte parce que je ne connaissais pas du tout!

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    1. Tu es arrivée à avoir internet?
      J'avais senti tes réserves quand j'ai lu ton billet; moi aussi j'en ai bien que les références au moyen-âge et à la renaissance me plaisent.

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  4. Tout de même, j'aurais été contente de pouvoir y aller ;0) Bises, bon week end Claudia Lucia (quelle étrange histoire que celle du tableau ou les personnages meurent étouffés sous les fleurs !!)

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    1. Oui, être étouffé par des fleurs, ce n'est pas banal!
      Je comprends que tu aies envie de la voir; Je pensais que c'était sur les préraphaélites mais en fait l'exposition commence quand le préraphaélisme a cessé d'exister ; bien sûr les peintres préraphaélites sont encore présents mais le mouvement pictural qui leur succède est parfois bien précieux.

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  5. J'espère que je pourrais aller voir cette expo ! De même, le côté très léché de la peinture préraphaélite me dérange parfois...Il y avait la soeur de Rosseti qui écrivait, je ne sais pas si ces artistes avaient une vision négative de la femme dans leur vie quotidienne...

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    1. La manière dont ils célèbrent la femme correspond à un culte de la beauté et c'est vrai que ces femmes sont magnifiques mais souvent trop maniérées. Cette vision ne correspond pasà une revendication sociale et féministe; plutôt à une manière de contourner la morale rigide de l'époque victorienne.

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  6. J'y vais samedi aprem ! mais avant... j'irai boire mon thé et manger un beau gâteau dans leur salon...

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  7. Comme toi ClaudiaLucia, je ne suis pas enthousiasmée par toutes les peintures de cette expo. C'est pourquoi je n'y suis pas encore allée, bien que la magie de Waterhouse me fascine et que je sois une inconditionnelle de Millais et, dans une moindre mesure, de Burne-Jones.
    Personnellement j'aurais tendance à classer Alma-Tadema parmi les peintres pompiers ;-) Par contre, la "Crenala" de Leighton est magnifique et je partage ton admiration pour "Fatima" et "La Mer enchantée".
    Grand merci, ClaudiaLucia, pour cette présentation éclairante.

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    1. Tout à fait d'accord avec toi mais je ne regrette pas de l'avoir vue et puis, comme dit Syl, c'est un lieu agréable.

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