vendredi 8 juillet 2011

Festival OFF d'Avignon : Si Siang Ki ou l'histoire de la Chambre de l'Ouest



Si Siang Ki ou l'histoire de la chambre de l'Ouest est une grande pièce classique du répertoire théâtral de la Chine. Elle a été écrite par un auteur, Wang Che Fou, dont la vie est peu connue, à la fin du XIII °ou au début du XIV siècle. La présentation pour la première fois de cette pièce au public français en mandarin moderne a été rendue possible par la collaboration du Shangaï Théâtre Academy et du Théâtre du Chêne Noir, compagnie permanente d'Avignon créée en 1967 par Gérard Gélas.
L'histoire de Si Siang Ki est celle d'un jeune lettré Tchang Sen qui se rend à la capitale pour terminer ses études et s'arrête en chemin dans un monastère. Là, il rencontre par hasard une jolie jeune femme de noble lignée, Ying Ying, dont il tombe follement amoureux. Le monastère est encerclé par le général Sun Fei Hoi qui veut arracher la jeune fille à sa famille pour l'épouser. Madame Tching, la mère de Ying Ying promet la main de sa fille à celui qui la sauvera. C'est ce que fait Tchang Sen avec l'aide d'un de ses amis d'enfance qui est général. Le danger écarté, madame Tching refuse de donner sa fille en mariage. Les deux jeunes gens, grâce à la complicité de la servante, se retrouvent et s'aiment. Madame Tching, vaincue, accepte alors le mariage à condition que le jeune lettré réussisse à ses diplômes.

L'avis de claudialucia 

Cette histoire d'amour célèbre en Chine représente si bien la culture chinoise qu'elle fait partie des dix ouvrages composés par les Tsai-Tseu autrement dit les écrivains de génie. La pièce présente un plaidoyer toujours vraie, en faveur de la liberté des jeunes gens à choisir l'époux ou l'épouse de leur choix.

Le premier tableau d'après une idée poétique du metteur en scène Gérard Gélas fait vivre les deux jeunes gens à notre époque. Le jeune homme est tué par des émissaires de la Mort mais un personnage mystérieux le rappelle à la vie dans une époque ancienne, très éloignée de la nôtre. Là, l'histoire d'amour recommence introduisant l'idée de l'éternel retour comme le prouvera le tableau du dénouement.
J'ai beaucoup aimé cette pièce parce qu'elle m'a ouvert les portes d'une oeuvre patrimoniale chinoise que je ne connaissais pas. Certes, de prime abord, elle surprend un peu. Le rythme est lent et semble parfois uniforme. Il n'y a pas de progression dramatique comme dans notre tragédie classique mais une succession de tableaux où la langue semble parfois primer sur l'action. De là pourrait naître une certaine monotonie mais il n'en est rien car le spectateur est bien vite sous l'emprise de ce spectacle qui le fait voyager dans le temps et dans l'espace. Les acteurs d'une grande prestance jouent selon les règles du théâtre chinois, avec un charme fou. La scénographie  est sobre et élégante grâce à l'utilisation minimale de décor solide; tout est dans la lumière qui crée l'illusion. Les costumes, les coiffures, les maquillages qui ressuscitent la Chine médiévale sont très réussis et mettent en valeur la beauté des acteurs.
Le texte est très poétique car, je cite Gérard Gélas : " Il y a dans la littérature chinoise de cette époque un constant va-et-vient entre la Terre et le Ciel via la nature. Le souffle du vent dans les feuillages de l'automne ou du printemps relaie les sentiments des protagonistes au moins autant que les actions qui font progresser l'intrigue." Evidemment, la dimension poétique de la langue échappe au spectateur français. Le spectacle est sur-titré pour notre compréhension mais la clarté de l'action permet d'écouter la musique de la langue surtout  au moment où les deux jeunes gens s'exercent à une joute poétique sous le regard de la lune. Un très beau spectacle!
Gelas nous offre l'opportunité de découvrir un théâtre jamais présenté en France, de nous ouvrir sur un autre monde, sur une autre culture. La structure de la pièce en 27 tableaux ne correspond pas aux critères de la dramaturgie classique occidentale. La narration est très linéaire sans scènes-clés, sans rebondissements, sans climax, et d'une scène à l'autre les acteurs reprennent  souvent des parties de dialogues. Mais il ne se dégage aucun d'ennui car la langue chante, et le texte-surtitré est d'une grande poésie servi par d'excellents acteurs. La sobre mise en scène de Gélas et la scénographie participent à cette réussite : un décor minimaliste, des jeux de lumière, une bande son discrète soulignant les sentiments. Les costumes splendides participent au plaisir visuel. Cette pièce écrite il y a environ 700 ans, montre qu'à travers le monde et le temps les rapports et les sentiments humains ne sont guère différents. Les puissants imposent leurs règles que parfois les domestiques dénoncent, les femmes de chambre chinoises ont la langue aussi bien pendue que celles de  Molière ou de Beaumarchais. Pour Gélas, l'amour contrarié  de Ying Ying et de Tchang Sen résonne comme un écho à Roméo et Juliette, et comme les amants de Vérone  Ying Ying et Tchang ne se retrouvent seulement que dans la mort. Un très beau spectacle.


2 commentaires:

  1. L'affiche est ravissante. Un spectacle auquel j'adorerais assister. J'aime beaucoup les films chinois. Mais l'idée du sur-titrage ne me semble pas bonne. Personnellement, je préférerais un résumé de l'action à lire avant le spectacle. Dans les films sous-titrés, je trouve que la lecture se fait au détriment de l'image. Pendant que l'œil lit, il se passe des choses qui ne sont plus perçues qu'en vision périphérique, c'est dommage. Enfin, c'est mon avis.
    Merci pour ce très bel article ClaudiaLucia.

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  2. @ Tilia : le surtitrage est parfois indispensable et est un moindre mal surtout quand on ne connaît rien à la pièce. D'autre part, au théâtre, c'est un riche invention qui permet aux mal-entendants d'assister à des spectacles. C'est bien que l'on est pensé à eux. Dans le cas de Si siang Ki il y avait un résumé de la pièce qui permettait de se détacher parfois du surtitrage.

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