lundi 15 janvier 2018

Miguel Bonnefoy : Sucre noir



 Le roman Sucre noir de Miguel Bonnefoy débute par une vision fantastique, celle d’un trois-mâts naufragé planté sur la cime des arbres au milieu de la forêt d'une île des Caraïbes. Ce premier chapitre a une force surréaliste tant par la description de la forêt « navirophage » qui va émietter le bateau, en disperser toutes les richesses, faire un sort à son équipage que par les personnages que campe Miguel Bonnefoy. 

Le capitaine Henry Morgan, en particulier, célèbre corsaire qui fut gouverneur de l’île de la Jamaïque au XVII siècle, apparaît ici, moribond, boursoufflé par l’alcool, accroché à son or qu’il va emporter dans la mort. Récit romanesque qui malmène un peu l’histoire puisque Henry Morgan est mort d’alcoolisme, certes, mais dans son lit. Peu importe, la légende est née. Et le trésor des pirates avalé par la forêt tropicale va devenir le rêve des chercheurs  de trésor. 

Trois siècles après, le premier d’entre eux est Severo Bracamonte qui devra déchanter dans sa quête mais épousera, par contre, Serena Otero. Celle-ci, héritière de la plantation de cannes à sucre de ses parents, braves gens qui avaient accueilli et encouragé le jeune homme, est une jeune femme singulière, altière, éprise de liberté. C’est aussi un personnage fort du roman.

Dès lors c’est à travers ce couple et leur fille adoptive Eva Fuego trouvée dans un champ de cannes en feu que nous allons suivre, les grandeurs et les décadences de la famille et leur île. Surtout après la découverte dans la plantation d’un puits de pétrole.

Migule Bonnefoy (source Babelio

Rien n'est aussi fort dans la suite du roman que ce remarquable premier chapitre mais j’ai aimé dans l'ensemble la plume de Miguel Bonnefoy, luxuriante comme les forêts qu’il décrit, riche et épicée comme les personnages qu’il peint. Et puis, il y a ce sentiment d’être ailleurs, non plus dans le réel mais dans un monde particulier, dans le réalisme magique des auteurs d'Amérique du Sud. Miguel Bonnefoy, rappelons-le est français, il est né à Paris, mais vénézuélien par sa mère, chilien par son père.

Tout de suite je me suis sentie en présence non d'un roman mais d'une fable, en train d’en chercher le sens caché, le secret de lecture.

Ainsi, lorsque Severo Bracamonte, personnage sympathique au demeurant, cherche le trésor, il déterre d’abord, au cours de ses fouilles, une statue de Diane. Puis, il découvre l’amour de Serena qui va remplir sa vie. Le seul vrai trésor de l’homme est donc l’amour; tout le reste n’est que faux-semblant comme la statue qui est porteuse de mort.

C’est au moment où le deuxième chercheur, l’Andalou, arrive dans le domaine, que Serena reçoit son second trésor : La petite fille Eva Fuego abandonnée dans le champ de cannes.

Enfin, quand Eva Fuego trouve un puits de pétrole dans son domaine et devient propriétaire d’une immense fortune, elle qui n’aime personne,  est précipitée dans le malheur et la ruine.
Une fable, donc, qui nous dit que la richesse n’est pas là où l'on croit la trouver mais dans l’amour et la nature.

Je suppose que ce n’est qu’une interprétation parmi d’autres. J’ai lu dans un article du journal l’Humanité une explication économique très intéressante. Voir ICI

Une interprétation de Sophie Jourbet dans l’Humanité
Roman. Le goût amer du sucre noir ICI

« Dans la veine du réalisme magique, le Franco-Vénézuélien Miguel Bonnefoy signe une épopée miniature qui se collette, sous une apparente légèreté, avec les problèmes économiques actuels du Venezuela. Ce pays, qui compte les réserves pétrolières les plus importantes du monde, a subi de plein fouet l’effondrement des cours de l’or noir. Comme Eva Fuego, brûlée et desséchée à force d’avoir trop cherché de l’or, le pays serait-il un vieillard qui meurt avec ses chimères, faute d’avoir su exploiter ses véritables richesses ? C’est la question que pose ce conte en Technicolor, qui dégage, à chaque page, une puissante odeur de sucre et de rhum.

Tant qu'il y aura des livres Ariane ICI

Dans le blog Les fanas du livre, Gambadou n'aime pas le roman ICI

15 commentaires:

  1. Un roman que j'ai vraiment aimé. Le fond n'est pas très original, mais c'est très bien raconté. Toutefois d'accord avec toi, le premier chapitre est ce qu'il y a de mieux !

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    1. C'est vrai, le reste n'est pas à égalité. J el'ai bien aimé aussi mais sans coup de coeur.

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  2. Mouais je ne sais pas trop ce qu'est le réalisme magique, mais je crains que ce ne soit pas trop ma tasse de thé.

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    1. Le réalisme magique, c'est Allende, Marquez...

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  3. Tu donnes envie! Un livre de corsaires pourquoi pas! Je vias voir si je le croise à la médiathèque

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    1. Contrairement à ce que tu crois, ce n'est pas un livre de corsaires même si ça commence comme si..

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  4. J'avais beaucoup aimé Le voyage d'Octavio, aussi une sorte de fable. Dans ce genre de roman, on peut se laisser porter ou chercher des significations, j'avoue préférer souvent la première option ! ;-)

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    1. Moi aussi ! Mais si j'ai trouvé le livre intéressant et bien écrit, je n'ai pas été emportée...

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  5. j'ai déjà pas mal lu sur le sujet pas certaine d'être tentée

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    1. Pourtant, c'est un livre qui a des qualités.

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  6. Je n'ai pas encore lu l'auteur, mais je l'ai rencontré ! il est adorable et extrêmement captivant à écouter. Tout l'auditoire était sous le charme.

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    1. S'il parle aussi bien qu'il écrit, je le comprends.

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  7. je l'avais noté dans ma liste, j'attends qu'il arrive à la bibliothèque!

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  8. Quelle beauté et quelle force dans ce premier chapitre !

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  9. Je l'ai lu en début d'année et beaucoup apprécié. Une belle fable.

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