lundi 30 mars 2020

Jack London : La peste écarlate


Dans La Peste écarlate, paru en 1912, Jack London,  imagine qu'une épidémie appelée la peste écarlate parce qu’elle colore en rouge le malade détruit l'espèce humaine en 2013. Parmi les rares survivants, un grand père raconte, soixante ans après, l'histoire de la terre à ses petits-enfants redevenus des êtres sauvages avant que celle-ci ne soit détruite par le fléau. Il explique comment le virus s’est attaqué à l’espèce humaine en n’épargnant personne à part quelques individus comme lui.

Evidemment, le texte est d’actualité ! C’est pourquoi il est intéressant de le lire en ce moment où nous sommes tous confinés, attaqués par un organisme vivant que nous ne pouvons même pas déceler. La particularité de la peste écarlate et qui diffère de notre situation c’est qu’elle tue avec rapidité et qu’il n’y a rien à faire contre elle, c’est pourquoi elle vient à bout (ou presque) de l’espèce humaine.

La pandémie et le comportement des humains


La description des réactions de la population pendant l’épidémie est plus vraie que nature et certaines réactions rappellent celles d’aujourd’hui, toutes proportions gardées, car nous restons dans une société régulée par des lois et protégée. Nous recevons des soins et pouvons en réchapper. Eux, non ! Mais Jack London connaît bien la nature humaine ! La panique s’empare des individus, tous fuient. Les riches partent en avion dans leur maison de campagne, la maladie les rattrape là-bas ou plutôt les accompagne.  Certains, dont notre narrateur, essaient de se confiner pour éviter le virus mais celui-ci pénètre dans les lieux obligeant à fuir encore. D’autres pillent les magasins, attaquent ceux qui ont encore à manger. Les gens sont sans pitié envers ceux qui ont contracté la maladie. Il y a pourtant des cas d’abnégation, de dévouement et d’amour comme ce mari qui reste près de son épouse mourante, se condamnant à une mort certaine.

 

Un monde injuste et inégalitaire

 

Les idées sociales de London ne sont pas abandonnées dans ce roman et c’est ainsi qu’il montre la déchéance de la femme d’un grand magnat de l’industrie, Van Warden, tombée entre les mains d’une brute, son chauffeur, après la mort de son mari. Elle est contrainte aux plus durs travaux, méprisée et battue, triste retour des choses, l’esclave d’hier devenant le tyran d’aujourd’hui. La situation sociale est inversée mais l’égalité n’est pas à l’ordre du jour dans une société ou le plus fort domine alors que jadis c’était le plus riche qui imposait sa loi.

 

La croyance aux bienfaits du progrès

 

Le monde dans lequel vit l’humanité en 2073 est bien triste. En bon socialiste, Jack London croit au progrès et à ses bienfaits.  Il n'adhère pas à l'image du bon sauvage de Rousseau et au retour idyllique à la nature, et ceci d’autant plus, qu’il a souffert de la pauvreté, de la faim et de toutes sortes de privations dans son enfance. Le monde d’après la pandémie est dangereux, frustre, rude. Les bêtes sauvages sont devenus un danger pour l’homme, ours, loups. On y a faim, se nourrir est une préoccupation constante, et l’on doit chasser pour survivre. On est à la merci de la famine. La culture et l’art sont perdus. Les rescapés, trop occupés à assurer leur survie, n’ont pas su transmettre la lecture et l’écriture à leurs descendants. Les êtres humains n’en sont pas meilleurs, au contraire. Le vieillard, narrateur de l’histoire, a perdu toute dignité. Il pleure après un peu de nourriture. Ses petits-enfants, à l’exception d’Edwin, beaucoup plus gentil que les autres, le méprisent et le raillent. On dirait qu’ils ignorent ce qu’est l’empathie. Ils ne cherchent pas à s’instruire auprès de leur grand père et se moquent de ses récits d’autrefois.

 

Pessimisme ?

 

On  pourrait dire que le roman de Jack London est pessimiste. Pourtant le roman se termine par une note optimiste : le vieillard a caché dans une grotte des documents qui permettront à l’espèce humaine de progresser plus rapidement lorsque le moment sera venu. Ainsi, il laisse une chance à l'humanité de reconquérir sa place privilégiée dans l'univers en espérant qu'il saura, cette fois, ne pas en abuser. (Mais cela, c'est moi qui l'ajoute!)

Un livre intéressant que je ne regrette pas d’avoir lu maintenant, en relation avec notre situation, car il permet une réflexion sur le présent!

Voir kathel : La peste écarlate

Voir Lilly : La peste écarlate




15 commentaires:

  1. Nous en avons fait la même lecture : http://lillyetseslivres.canalblog.com/archives/2020/03/30/38136704.html

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    1. Merci Lilly pour ce lien. Je vais faire une récapitulation des participations au challenge London dans deux jours.

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  2. Bien sûr je ne l'ai pas sous la main, ainsi que La peste... J'aurai de drôles de lectures 'après', on le sent ^_^

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    1. Oui, cela fait râler ! Je suis contente d'avoir une liseuse en ce moment car je peux avoir tous les livres que je veux en une minute. Bien sûr, ce n'est pas le même plaisir qu'avec le livre objet mais c'est pratique surtout pendant le confinement.

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  3. Oups il va jusqu'à quand ton challenge? J'ai deux Jack London chez moi, de vieux trucs, bientôt j'attaque la PAL ancienne...

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    1. Le challenge dure un an. Tu peux y participer quand tu veux soit par des LC, soit à ton choix.

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  4. Je viens de lire le billet de Kathel, ce livre a l'air très intéressant, surtout si l'on considère à quelle époque il a été écrit, mais j'en ai lu un récemment dans le même genre et je n'ai pas le courage de replonger dans un scénario catastrophe.

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    1. Je te comprends même si j'ai aimé lire ce livre maintenant avec cette résonance d'actualité qui lui donne encore plus d'intérêt.

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  5. Merci pour cette lecture commune très... instructive !

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    1. Oui, il nous amène à des réflexions sur notre époque !

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  6. Comme toujours une très belle analyse bien structurée. J ai trouvé le pessimisme de London plus prononcé que
    toi et plutôt un éternel recommencement.

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  7. Une belle note d'espoir que j'ai retenue après la lecture très récente de ce livre suite à tes messages sur "Jack London". On dit qu'il aurait pris l'idée du "dernier homme" de M. Shelley et du masque de la mort rouge" d'A. Poe.
    En tout cas l'ignorance fait bien des dégâts et la lecture reste une grande consolation.
    J'ai beaucoup aimé lire ton analyse et j'ose espérer que le monde après cette pandémie ne sera pas "dangereux, fruste et rude".
    Merci

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  8. Dans un récent magasine du Parisien que nous recevons tous les vendredi matin dans notre boîte aux lettres (difficile pour nous de trouver un kiosque à journaux encore ouvert) j'ai trouvé dans une chronique un commentaire sur "Voyage autour de ma chambre" de Xavier de Maistre. Je me suis demandé quel serait le livre que j'ai lu qui parlerait du confinement et de la façon de s'en sortir. J'ai pensé à "La Traversée de la nuit" de Geneviève de Gaulle Anthonioz. La barbarie nazie, comme la peste brune.

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  9. Je l'avais trouvé très intéressant aussi :-)

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  10. Tu n'as pas validé mon commentaire élogieux? Je vais mettre le lien sur mon billet. Où dois-je mettre le lien du mien sur le challenge?

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