mardi 26 avril 2016

Jon Fosse : La remise à bateaux





 Jon Fosse est un écrivain norvégien, né à Haugesund en 1959. Il a écrit des romans et aussi des livres pour la jeunesse.
Dramaturge, il est internationalement reconnu. Certaines de ses pièces ont été présentées au festival d'Avignon : 
En 2002 avec  Visites  mise en scène Marie-Louise Bischofberger
En 2011 avec  Je suis le vent mise en scène par Patrice Chéreau.
en 2015 avec  Matin et soir
 En 2010 sa pièce Quelqu'un va venir reçoit le prix international Henrik Ibsen


Je vous ai déjà présenté Jon Fosse, écrivain norvégien, avec le premier livre que j’ai lu de lui  : Insomnie. Je viens de finir ce roman intitulé La remise à bateaux.

Le narrateur, enfermé dans son grenier, écrit, gagné par l’inquiétude : « l’inquiétude est insupportable, c’est  pour ça que je dois écrire ». Ce sentiment qui le submerge, il le doit au retour dans le village natal de son ami d’enfance Knut qu’il n’avait pas revu depuis de longues années. Knut est professeur de musique, il a des enfants, une femme belle et visiblement insatisfaite qui va jouer un jeu trouble dans ses rapports avec le narrateur.  Ce dernier est resté au pays, il n’a pas fait d’étude, habite chez sa mère, vivote en se livrant à quelques petits travaux.  Peut-être est-il simple d'esprit comme semblent l'indiquer le manque de cohésion du récit, les répétitions incessantes, le vocabulaire simple? Peut-être au contraire est-il tellement replié sur lui-même, tellement persuadé de n'être rien qu'il ne peut plus communiquer? On sait qu'il se réfugie dans les livres. Peu à peu remontent à la surface les souvenirs d’enfance des deux garçons liés par l’amour de la musique, peu à peu reviennent les moments qui rassemblent et ceux blessent; cet instant irréparable, en apparence anodin, mais qui a une telle répercussion sur un adolescent fragile qu’il décide de son avenir. Ce qui les a séparés, qui a fait de chacun d’entre eux ce qu’il est devenu.

Récit douloureux, avec des retours vers l’enfance au milieu du présent. Le récit n’est pas linéaire et nous livre des bribes de souvenirs comme un flash de la mémoire qui ensuite disparaît pour réapparaître un peu plus loin davantage explicité. On a l’impression que l’on suit les méandres d’un esprit en proie au trouble, à la peur.
Et toujours la même surprise et la même difficulté pour entrer dans  un livre de Jon Fosse car le style -inimitable et étrange- est formé des phrases courtes qui reviennent, se répètent encore et encore, comme une antienne.  Comme si le narrateur était tellement choqué, bouleversé, qu’il était obligé de revenir sans cesse dans ses souvenirs, de les tourner et les retourner devant nous. Mais peu à peu comme pour Insomnie, j’entre dans le récit, je suis prise par ces phrases répétitives, obsédantes, empreintes de douleur. Elles ont un rythme lancinant et semblent répondre aux bruits incessants des vagues du Fjord qui s’écrasent contre le rivage. Elles peignent ce paysage sombre, fait de montagnes écrasantes et de masses d'eau impressionnantes, éloigné de tout, qui pèse sur les esprits. Elles peignent la solitude des personnages, la difficulté de vivre, le sentiment d’échec, la jalousie qui les ronge et  l’angoisse qui les accable!
Encore un très beau livre bien que déroutant!

Et nous marchons sur la route, le long du fjord, et les vagues frappent doucement, toujours et encore, elles frappent contre la grève, et le fjord est noir, il s'étend vers la mer, et je devine les montagnes qui bordent le fjord, les maisons sombres, et le fjord, toujours et encore le fjord et les vagues, et puis les montagnes.

4 commentaires:

  1. ma bibli possède toutes ses pièces et poèmes mais pas ce texte je vais le proposer car tu m'as fait envie

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    1. Tu as raison. C'est vraiment un beau texte.

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  2. Effectivement, l'extrait est très beau ! C'est très poétique. Je note... Même si je ne vais pas en Norvège ! tu parles surtout des personages mais découvre-t-on un peu le pays à travers ce texte ?

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  3. Dans les livres de Fosse,on découvre le pays par l'atmosphère qui y règne, le rôle de cette nature sauvage (fjord, montagne) qui pèse sur les personnages. Dans "Le livre de Dina"(déjà fait le billet)de Herbjord Wassmo, on découvre la Norvège du Nord, au-delà du cercle polaire, au XIX siècle; dans le policier-saga que je lis en ce moment "Le roman de Bergen", c'est la ville de Bergen qui est au centre du roman; et justement la troisième semaine de mon séjour, j'y serai. Les pièces d'Ibsen traitent de la psychologie et la mentalité des norvégiens du XIX siècle et la rigueur de la religion luthérienne qui les maintient dans un carcan social.
    Le livre de Linn Ullmann rejoint, en moins génial, peut-être, l'oeuvre de son père Bergman si marqué pour ne pas dire si éprouvé par la religion protestante ..

    Donc finalement, oui, tous les livres permettent de découvrir le pays.

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